Le campus, un concept dépassé ?

À l’occasion du Learning Show, qui s’est tenu à Rennes les jeudi 17 et vendredi 18 octobre, Martin Chesnay, directeur des Talents Sodexo France, et Pierre de Champsavin, responsable marketing produit de Talentsoft, ont débattu au sujet des universités d’entreprise. Un échange qui a montré deux visions très distinctes.

Par - Le 21 octobre 2019.

« Quel devenir pour les universités d’entreprises, avec quels partenaires externes et quelles compétences internes ? Dispositif du passé ou solution d’avenir ? » L’intitulé du débat fixait un cadre, dont les intervenants se sont emparés, montrant une incompatibilité de vues. D’emblée, Pierre de Champsavin, Product marketing manager chez Talentsoft l’affirme : « L’université d’entreprise est un concept suranné. »

Pour Martin Chesnay, directeur des Talents Sodexo France, difficile de ne pas tenir compte des réalités de Sodexo, entreprise de plus de 30 000 salariés, dispersés dans plus de 4 000 sites et dont 60 % ne sont pas joignables par Internet. Selon lui, si l’organisation de campus soulève des problèmes logistiques et personnels pour les employés, à cause des déplacements, il est favorable à rapprocher les campus des employés de l’entreprise : « La vision que je défends est celle de la proximité géographique ».

Campus virtuel

Pierre de Champsavin, à l’inverse, persiste : « Les campus sont un concept dépassé, peu agile, très coûteux, mobilisant des personnes sur un temps qui pourrait être mieux utilisé, ce qui freine l’innovation» Il privilégie le co-learning ou un « campus mobile, partagé entre plusieurs entreprises », méthodes plus familières à une « nouvelle génération porteuse de ces changements », dont il fait partie. Et de postuler que « les moyens de communication et de partage digitaux prendront le dessus sur le présentiel. Le campus doit principalement s’appuyer sur le numérique. »

En réaction, Martin Chesnay pointe les limites du principe de campus virtuel, qu’il n’estime pas « universalisable », notamment pour une question d’encadrement : « Il faut quelqu’un qui vérifie la qualité de l’exécution des gestes. » Une femme, dans le public, complète : pour elle, « le présentiel permet de faire du relationnel. C’est un autre enjeu que celui de la formation stricto sensu. En outre, le cas des Mooc [ 1 ]Massive online open course : cours en ligne ouvert à tous illustre les limites du numérique : passé le premier chapitre, tout le monde abandonne ! »

Le pari de l’individualisation

D’après Pierre de Champsavin, un point clé tient à l’individualisation : « Il faut passer de la massification… à la personnalisation de masse ! » Et, traçant un lien entre vie professionnelle et vie personnelle, d’inviter à penser autrement la formation et le travail : « Il n’y a pas de meilleur développement des compétences que l’épanouissement d’un individu. »

Cette individualisation, selon Martin Chesnay, passe par le présentiel : « On se réfugie derrière le digital mais il existe un manque d’empathie pour le salarié et l’adaptation au quotidien des gens, à leur vie quotidienne, n’est pas évident. Il faut un collaborateur qui prenne le temps de lui parler, de l’accompagner. »

Notes   [ + ]

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