« La compétence n’est pas un sujet de comité exécutif » (Jean-Pierre Willems, Université ouverte des compétences)

La gestion des compétences n’est qu’un sujet périphérique dans les comités exécutifs d’entreprise, a affirmé Jean-Pierre Willems, juriste et expert de la formation professionnelle, lors d’une allocution devant l’Université ouverte des compétences, mardi 14 janvier.

Par - Le 17 janvier 2020.

« La géopolitique, la technologie, la stratégie, l’organisation… sont des sujets de comités exécutifs d’entreprise. Pas les compétences. C’est quand même un paradoxe, alors qu’avoir des salariés compétents serait une des clés centrales du succès des entreprises et des organisations. En fait, la compétence ne devient un sujet pour les dirigeants que lorsqu’elle fait défaut. » C’est ainsi que Jean-Pierre Willems, juriste, a lancé un débat qui n’a pas manqué d’être animé, lors de la soirée de réflexion organisée l’UODC.

Sujet secondaire

« Au Forum de Davos, la compétence est presque toujours un sujet présent, mais toujours en second. Ce n’est qu’un moyen pour arriver aux finalités des sujets vraiment importants : la technologie, etc., a poursuivi Jean-Pierre Willems. Davos reconnaît que c’est un sujet de société, un facteur pour construire l’organisation, mais c’est pas leur sujet, ce n’est pas le rôle de l’entreprise ».

Selon lui, on retrouve les mêmes arguments chez nombre d’artisans, pour lesquels la politique compétences se réduit à « acquérir des micro-compétences, via l’usage de petits outils pédagogiques, n’augmentant pas le taux de rotation ».

Jean-Pierre Willems reconnaît cependant que certains dirigeants le font par conviction, portés par une vision où « l’intérêt de l’entreprise transcende l’intérêt propre de l’employeur ». Mais, analyse-t-il, « pour beaucoup, l’idée de capital humain est une  »foutaise », car elle n’a aucune traduction financière, et que la compétence n’est qu’un flux ».

« Oui, mais quid de la compétence collective, de la culture d’entreprise, de la compétence organisationnelle ? C’est important pour les entreprises », le questionne Philippe Debruyne, secrétaire confédéral CFDT en charge de la formation professionnelle et président de l’association paritaire Certif pro. « Certes, répond Jean-Pierre Willems, mais la compétence collective ne peut être matérialisée et ne fait pas l’objet d’une négociation, on en revient donc à travailler sur la compétence individuelle, voire l’aptitude personnelle. Négocier sur l’organisation est une ligne rouge pour l’employeur. »

Co-investissement

« La logique de co-investissement a du sens, et pas uniquement du fait du salarié », l’interpelle Bernard Masingue, consultant et expert de la formation. « La dernière réforme est faite par des économistes, répond Jean-Pierre Willems : ils estiment que les entreprises doivent se débrouiller. Pour le reste, le maigre CPF est laissé aux individus : à eux d’investir. De plus, à ce jour, le système de gestion des abondements CPF de la Caisse des dépôts n’est pas au point. »

Selon Jean-Pierre Willems, il aurait été préférable de rétablir un vrai système d’assurance formation avec mutualisation du coût car mutualisation de l’usage de la compétence, portée par une forte autonomie des partenaires sociaux. « Hélas, il y a un gros manque de culture formation chez les syndicats, en local comme en branche, et on constate l’échec du paritarisme sur l’assurance formation. »

 

 

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