« La crise sanitaire révèle le retard d’hybridation » de l’offre de formation (Carine Seiler)

Comment accompagner la digitalisation des organismes de formation ? Dans un entretien accordé au Quotidien de la formation, la haut-commissaire aux compétences préconise notamment « une meilleure intégration des opportunités offertes par les technologies digitales dans le cadre de stratégies pédagogiques hybrides ».

Par - Le 20 novembre 2020.

Le quotidien de la formation. Dans votre tribune « Face au contexte sanitaire, la nécessaire transformation de l’offre de formation », vous prônez « la bascule de toutes les formations à distance ».

Carine Seiler. Le haut-commissariat aux Compétences ne prône pas « la bascule de toutes les formations à distance » comme nouveau modèle de la formation.

Dans la tribune, je prends acte, comme tous les acteurs d’ailleurs, de la situation qu’impose à nouveau la crise sanitaire, tout en saluant le fait que l’accueil sur site reste possible lorsque la nature de l’activité l’exige ou pour prendre en compte le manque d’équipements ou le besoin d’accompagnement de certains publics.

Si le tout à distance s’est imposé, par la force des choses, lors du premier confinement pour assurer la continuité des parcours de formation engagés, il ne constitue pas le nouvel horizon de la formation.  Ce que je défends au contraire, c’est une meilleure intégration des opportunités offertes par les technologies digitales dans le cadre de stratégies pédagogiques hybrides, articulant une pluralité de formes de transmission de savoir et d’acquisition des apprentissages. Car, dès lors qu’il n’est pas considéré comme une fin en soi, le digital est porteur de formidables opportunités en termes d’accessibilité, de capacité de personnalisation et d’adaptation des formations, mais aussi de mobilisation de stagiaires en attente de plus d’interactivité. En apportant une dimension plus expérientielle aux apprentissages, la réalité virtuelle constitue un formidable outil pour atteindre ceux dont l’appétence pour la formation est faible et s’entrainer à l’acquisition de gestes professionnels.

QDF. Comment aider les organismes de formation à mieux intégrer le digital ? 

CS. À très court terme, dans un contexte de crise sanitaire qui se prolonge et afin de permettre aux organismes de formation d’assurer dans les meilleures conditions la continuité des parcours de formation de tous les stagiaires, nous avons lancé le 12 novembre dernier, avec Régions de France, un appel à contributions auprès des éditeurs de contenu et des organismes de formation désireux de mettre à disposition des contenus pédagogiques ou des solutions collaboratives. Au printemps dernier, le même appel à contributions avait donné lieu à un véritable élan de solidarité, avec plus de 200 contenus et outils mis à disposition, pour certains jusqu’à la fin de l’année 2020. Nous espérons ainsi susciter le même élan.

De façon plus générale, si la crise a mis en exergue la forte capacité d’adaptation des organismes de formation, elle a aussi révélé notre retard en matière d’hybridation de la formation. Le mouvement est enclenché mais il reste à consolider, y compris en s’assurant que les technologies digitales sont bien utilisées au service de nouvelles façons d’apprendre. Plusieurs principes guident ainsi notre action. Le digital ne constitue pas une fin en soi. Il doit être placé au service de nouvelles pédagogiques. L’intégration du digital dans des formations hybrides constitue un processus global et dynamique, qui interroge les modèles pédagogiques, économiques, organisationnels et RH. La diversité des besoins requiert des solutions digitales plurielles, dont la construction et la diffusion doivent être toujours favorisées. L’accompagnement des organismes de formation et des formateurs pour hybrider les formations constitue un enjeu clé.

QDF. Quel rôle doivent jouer les représentants des organismes de formation et les Opco? 

CS. Le changement est déjà entamé. La bascule de la formation à distance à marche forcée pendant le dernier confinement a révélé le formidable potentiel d’adaptation des organismes de formation et des CFA, et la forte mobilisation des formateurs. Et on assiste aujourd’hui à une multiplication des actions de soutien à la transformation et à la modernisation de l’offre de formation, portées au niveau régional ou national par les branches professionnelles ou les filières, ainsi que par les financeurs que sont les Régions, Pôle emploi, les Opco… Les programmes d’investissement d’avenir de troisième et quatrième génération en préparation portent également des appels à projets dédiés sur ce sujet. Des innovations nombreuses sont en outre développées par les EdTech, qui participent ainsi au processus de transformation de la formation, et cela bien avant la crise sanitaire.

Je suis convaincue que c’est par la diversité des approches et la multiplication des efforts de tous que l’on assistera au bond en avant souhaité en matière de modernisation de la formation. Dans ce cadre, les représentants des organismes de formation ont bien sûr un rôle à jouer pour embarquer, mais aussi accompagner leurs adhérents dans une dynamique de transformation de la formation, de même que l’Opco du secteur de la formation. Nous allons évidemment travailler avec eux et les impliquer fortement dans le projet.

Mais nous devrons raisonner au-delà. Ce projet peut dépasser le clivage traditionnel entre la formation initiale et la formation continue : au-delà des organismes de formation, ce sont les CFA, les établissements scolaires et universitaires, les entreprises… que nous devrons impliquer.

Lire la tribune de Carine Seiler.

Retrouvez la version intégrale de cette interview dans le numéro 1000 d’Inffo formation, à paraître le 15 décembre.

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