La réforme des certifications professionnelles exige encore des efforts de pédagogie (Jeudi de l’Afref)

Choisi comme thème pour le premier « Jeudi de l’Afref » de la rentrée, la refonte des certifications professionnelles se révèle dans les pratiques comme une véritable rupture. L’occasion pour France compétences et la commission certification de rappeler les enjeux et les points de vigilance.

Par - Le 21 septembre 2020.

Près de deux ans après la mise en œuvre de la refonte des certifications professionnelles, le bilan donne à réfléchir. En 2020, année de plein régime pour la nouvelle gouvernance, 1 415 dossiers ont été examinés par la commission. Le taux d’acceptation atteint 60% pour le RNCP (Répertoire national des certifications professionnelles) mais pas plus de 20% pour le RS (Répertoire spécifique, ex-Inventaire). Le premier « Jeudi de l’Afref » de la rentrée, le 17 septembre dernier, a choisi pour thème ce sésame à la plupart des dispositifs mobilisant des fonds publics et mutualisés, devenu ainsi un élément crucial dans les choix stratégiques des professionnels. Contrepoids au mouvement de désintermédiation et de libéralisation du marché de la formation initié par la réforme de 2018, le système de la certification professionnelle a été restructuré dans sa gouvernance et renforcé dans ses règles d’enregistrement. Des transformations dont on comprend mieux aujourd’hui la portée. Pilotée par France compétences au sein de sa direction des certifications professionnelles chargée de l’instruction en amont des dossiers et de la commission indépendante et quadripartite chargée de statuer, la refonte pousse à la professionnalisation des pratiques des certificateurs privés. « Nous disposons aujourd’hui de bases solides : une gouvernance efficace, des exigences renforcées et des critères précis », déclare Françoise Amat, présidente de la commission en charge de la certification professionnelle au sein de France compétences.

Une exigence forte d’adéquation au marché du travail

Outre le renforcement des compétences en ingénierie de certification, la présidente de la commission certification de France compétences insiste sur la nécessité de coller aux besoins de l’économie et du marché du travail. Au-delà de la qualité technique des dossiers, cette adéquation est bien au cœur des objectifs portés par le nouveau système. La légitimité des répertoires dépend de leur utilité en termes d’emploi et d’insertion professionnelle. Un point sur lequel est revenu Vincent Caputo, directeur adjoint de la certification de France compétences. « C’est la colonne vertébrale. Nous regardons de près les preuves de la valeur d’usage y compris, et surtout, pour le Répertoire spécifique ». Contrairement à celles du RNCP, les demandes d’enregistrement au RS n’exigent pas l’analyse de cohortes. C’est donc à travers d’autres informations que les instructeurs vont pouvoir juger de la pertinence de la certification au regard du marché du travail. Et c’est là, souvent, leur talon d’Achille.  Les certificateurs sont encouragés à travailler au plus près des entreprises et des branches dans leur mission d’identification des compétences et d’élaboration de leur référentiel.

Nouvel appel à contributions sur les métiers émergents

Dans un contexte de tension inédite sur l’emploi et alors que le plan de relance injecte de nouveaux moyens dédiés à la formation, ces exigences sont ainsi réaffirmées avec force. C’est dans cet esprit que l’instance de régulation a choisi de réserver son appel à contributions sur les métiers émergents lancé mi-octobre, au titre de 2021, aux branches et à leurs opérateurs de compétences. Avec des taux de refus de près de 80% sur le RS et de 30% sur le RNCP, beaucoup de candidats à la certification semblent avoir sous-estimé l’ampleur des transformations. Pour les guider dans leurs nouvelles pratiques, France compétences publie régulièrement sur son site des notes de doctrine sur les différentes thématiques de la construction des certifications professionnelles. Sans être normatives, elles permettent d’évaluer la marche à gravir. Mais cela ne suffit pas. « Nous avons besoin de faire davantage de pédagogie », admet Vincent Caputo. Le marché de la certification privée reste toutefois complexe et peu lisible pour les prestataires de formation désireux de rejoindre un réseau. Un levier sur lequel l’instance de régulation n’a pas la main.

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