Les rencontres formation compétences outre-mer rassemblent 95 acteurs ultra-marins (UHFP 2020)

La deuxième édition des rencontres formation-compétences des outre-mer, qui s’est tenue le 28 janvier à Biarritz, dans le cadre de l’Université d’hiver de la formation professionnelle, a rassemblé 95 participants. L’année précédente, ils étaient 63. Quelle stratégie formation dans les territoires ultra-marins? Premier volet d’une série de trois articles consacrés aux “RFCO”.

Par - Le 12 février 2020.

Élus, agents de collectivités, représentants de Carif-Oref et d’organismes de formation, ils sont venus de Guyane, Martinique, Guadeloupe, Saint-Martin, Mayotte et La Réunion, et se sont réunis dans le cadre de l’Université d’hiver de la formation professionnelle, organisée par Centre Inffo.

Juriste à Centre Inffo, Valérie Michelet a présenté l’architecture générale de la réforme de la formation professionnelle et de l’apprentissage, et surtout les adaptations réglementaires de la loi du 5 septembre 2018 aux territoires ultra-marins. Une ordonnance du 28 août 2019 fixe les modalités d’adaptation concernant les opérateurs de compétences, l’apprentissage et la mobilité en formation hors apprentissage.

Opérateurs interprofessionnels

La situation varie en fonction des territoires. En Guadeloupe, Guyane, Martinique et à la Réunion, Acto, l’opérateur des services à forte intensité de main d’œuvre, présent également à Mayotte, et Opco entreprises de proximité interviennent comme opérateurs interprofessionnels. “A partir du 1er janvier 2021, des opérateurs à compétence nationale professionnelle pourront intervenir s’ils sont autorisés par arrêté publié au Journal officiel. Pour ce faire, il leur faudra offrir des garanties de services de proximité suffisantes”, a décrypté Valérie Michelet, juriste à Centre Inffo.

Par ailleurs, des Opco non autorisés pourront être représentés à condition qu’ils conventionnent avec un opérateur de compétences qui a déjà été intronisé par décret.

Après cette introduction juridique, le monde de la formation des outre-mer a donc débattu des modalités de mise en œuvre de la loi avenir professionnel, un peu moins d’un an et demi après la promulgation de la loi avenir professionnel.

À Mayotte, service public de l’orientation et de la formation de qualité

A Mayotte, la collectivité unique (département et région) est principalement confrontée au défi du chômage, qui touche 30% de la population active. Des jeunes surtout, puisque les moins de 20 ans représentent 64% de la population totale de l’île. Une gageure d’autant que le niveau de création d’emplois se limite à 1000 par an, pour une population de chômeurs de 5000 personnes. “Dans ce contexte difficile, la collectivité a souhaité s’inscrire dans une démarche volontariste qui fait de la formation professionnelle un levier de développement économique. Avec comme priorité la mise en place d’un service public de l’orientation et de la formation professionnelle de qualité”, a souligné Enfanne Haffidou, directeur général adjoint du pôle développement économique, attractivité du territoire et formation de la collectivité de Mayotte. Jeune collectivité, Mayotte réclame un accompagnement des services de l’État doublé d’un appui financier.

À l’instar de Mayotte, Saint-Martin est une jeune collectivité, qui exerce les compétences du département et de la région depuis la loi du 21 février 2007. Lourdement percutée par l’ouragan Irma en 2017, l’île peine à se redresser. 85% des espaces publics et privés ont été détruits par le cataclysme, parmi lesquels les structures de formation.

Forts taux d’abandon à Saint-Martin

Malgré un contexte dégradé, la collectivité conserve son engagement d’adapter à la réforme les dispositifs professionnels existants. “Nous sommes depuis peu confrontés à un moindre engouement pour la formation professionnelle, les jeunes préférant travailler sur des chantiers pour faire vivre leurs familles, plutôt que de se former. Un fort taux d’abandon est régulièrement remonté par les centres de formation”, s’est néanmoins inquiétée Annick Petrus-Ferga, troisième vice-présidente en charge du social, de l’éducation et de la formation professionnelle à Saint-Martin.

Soutien à l’employabilité à la Martinique

Présidente de la commission formation professionnelle et apprentissage de la Martinique, Francine Carius fait valoir que “la formation professionnelle vise le soutien à l’employabilité de nos populations et de nos jeunes, la qualification étant indispensable pour accéder à l’emploi.”. À cet égard, elle précise qu’afin de faire coïncider la sécurisation des parcours individuels et les besoins des entreprises, l’IMFPA, nouvel organisme public de formation, gère la Plateforme d’accompagnement et de préparation à la performance individuelle (PA2PI), véritable innovation dans l’organisation pédagogique.

Diversification de l’offre à La Réunion

Eprouvée par le mouvement des gilets jaunes, La Réunion poursuit sa politique de diversification de son offre de formation dans une démarche prospective. “L’enjeu majeur en 2020 consistera à nous rapprocher des acteurs professionnels pour identifier leurs besoins et mieux les cibler, en associant toutes les autres parties prenantes du territoire, les branches professionnelles, les représentants des salariés, et les Opco”, a souligné Sylvaine Latchimy, responsable de département à la direction de la formation professionnelle et de l’apprentissage. L’observatoire prospectif des compétences sera le point de rencontre de tous ces acteurs.

Rénover les plateaux techniques en Guyane

Côté Guyane, le directeur de la formation professionnelle et de l’apprentissage, Richard Talbot a en préambule mis en exergue le taux de pauvreté du territoire, qui s’élève à 44% de la population. Dans cette région vaste et éclatée, les actifs sont confrontés à une problématique aiguë d’accès à la formation. Pour un habitant de l’Amazonie, une formation digitale peut se trouver à quatre jours de pirogue…

Au-delà de la problématique de l’enclavement, “il faut rénover les plateaux techniques et proposer une offre de formation plus élargie. Nous n’avons pas besoin de l’aide de l’État pour travailler contre illettrisme, nous disposons d’outils pour ce faire de longue date. Nous avons en revanche besoin de former des cadres”, a insisté Richard Talbot.

Formation des agents intermédiaires en Guadeloupe

En écho, Aurelio Amorin, directeur de la formation professionnelle de Guadeloupe, regrette la focalisation de l’État et de l’Union européenne sur les bas niveaux de qualification. “À chaque plan, l’État et Union européenne privilégient les publics défavorisés de niveau 5 ou infra, alors que notre économie a besoin d’agents intermédiaires. Ce sont plutôt ces publics qu’il faudrait favoriser”, a-t-il affirmé. Or le pacte d’investissement dans les compétences flèche les fonds vers les bas niveaux de qualification.

De quoi nourrir de jolis débats de fond entre collectivités ultra-marines et État…

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