Rumef : la gouvernance du champ de la formation à l’ordre du jour

Le Rumef (Réseau des universités préparant aux métiers de la formation) a organisé une série de conférences axées sur la gouvernance du champ de la formation. Au programme : la loi du 5 septembre 2018, le compte personnel de formation et l’expérimentation de la modularisation inter-diplômes pour la qualification des professionnels de la formation. 

Par - Le 24 mars 2021.

Fabrice Gutnik, maître de conférences à l’université de Picardie Jules Verne, envisage le compte personnel de formation (CPF) comme instrument de gouvernance des conduites des acteurs de la formation professionnelle. La responsabilisation des bénéficiaires, dans la mobilisation monétaire de leur CPF, légitimerait l’intervention de l’Etat en faveur d’une orientation politique flexisécuritaire. Et conduirait à « inculquer une disposition au calcul permanent dans l’acquisition des compétences ».

Des pratiques pouvant mener à un « changement civilisationnel », dixit Jean-Marie Luttringer, expert en droit de la formation. Un monde où il s’agirait de se former le plus souvent possible pour s’adapter à un monde de plus en plus complexe, où chacun est responsable de la sécurisation de son parcours professionnel.

Problème : les CSP à faible niveau de qualification utilisent moins le CPF, en opposition aux CSP supérieures, ce qui pourrait conduire à une bipolarisation du monde du travail. Les premiers seraient alors plus exposés aux métiers pénibles et aux risques psycho-sociaux.

La personnalisation des parcours avec la modulation inter-diplômes

L’UFR SHS Nancy (Unité de formation et de recherche sciences humaines et sociales) expérimente, depuis 2018, la modularisation inter-diplômes. « Le candidat s’inscrit dans un diplôme principal, puis a le choix de modules ou unités d’enseignement dans deux autres cursus en fonction de son projet professionnel », détaille Nathalie Gutnik, maître de conférences. Sont concernés la licence pro « Intervenir en formation, insertion, et accompagnement », le DU « Expert en gestion de parcours et de compétences », le M2 Sciences de l’éducation spécialité « Formation, travail et territoires en développement ». L’objectif est de créer un parcours de formation en cohérence avec le projet, les besoins et l’appétence du stagiaire.

Une expérimentation qui a permis de mettre en avant le rôle pivot des conseillères formation. « Le conseil est de plus en plus demandé par le candidat et l’employeur, explique Nathalie Gutnik, est-ce la résultante d’une plus forte responsabilisation des individus dans leur parcours ? Il faut accueillir, et écouter, pour évaluer si le projet de formation vient au bon moment. »

Certification : la loi du 5 septembre 2018 « a été une planche de salut »

Quel rôle a joué la loi Avenir professionnel du 5 septembre 2018 dans la création de certifications ? « Cette loi a été une planche de salut », déclare Viviane Touzet, responsable de la certification des compétences au sein de la branche Agirc-Arrco (retraite complémentaire et prévoyance). Elle poursuit : « La dynamique de certification de notre petite branche (32 000 salariés) a été boostée par un Edec (engagement de développement des compétences), qui nous a apporté un financement mais surtout un soutien politique. »

Hélas, la loi seule ne suffit à régler tous les problèmes de cette branche. « Au moment de créer notre premier CQP (certificat de qualification professionnelle), il y a eu un vrai engouement mais c’est très vite retombé. Nous les utilisons très peu… Or, une certification ne vit que si on l’utilise. »

 

Programme du colloque du Rumef.

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