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Le socle de compétences, première certification interprofessionnelle

Par - Le 18 février 2015.

Chargé de définir les modalités de délivrance de la certification “socle de connaissances et de compétences professionnelles”, le Copanef [ 1 ]Comité paritaire interprofessionnel national pour l’emploi et la formation. a présenté le 17 février le projet d’adaptation de son référentiel aux spécificités des secteurs et des régions, confié aux CPNE [ 2 ]Commission paritaire nationale de l’emploi et de la formation professionnelles. et Coparef [ 3 ]Comité paritaire interprofessionnel régional pour l’emploi et la formation..

Nous avons d’abord commencé par travailler sur l’élaboration d’un référentiel, pour le socle de connaissances et de compétences professionnelles, puis nous avons souhaité bâtir une certification sur le modèle d’un certificat de qualification professionnelle. C’est le projet final que nous avons présenté le 16 décembre devant le Cnefop et qui correspond globalement au décret publié le 15 janvier”, expliquait Christian Janin, président du Copanef, à l’occasion d’une conférence de presse organisée le 17 février, le surlendemain de la parution du décret.

“Savoir-être” et “savoir-faire”

Le socle de connaissances et compétences professionnelles est constitué de l’ensemble des “savoir-être” et “savoir-faire” qu’un individu doit maîtriser, pour favoriser son accès à la formation professionnelle et son insertion dans le monde du travail. “Nous avons défini sept grands domaines que chaque branche ou Région peut se réapproprier et dans lesquels elles peuvent intégrer les actions ou programmes déjà menés comme la lutte contre l’illettrisme, par exemple. Par ailleurs, nous avons voulu procéder sur un modèle proche de la VAE, où nous validons ce que le candidat connaît plutôt que de partir de ses lacunes”, a pour sa part expliqué Laurence Martin, conseillère technique nationale formation professionnelle de FO et membre du comité Observatoire et certification du Copanef.

Les “sept piliers” du socle de compétences

Ainsi l’article D. 6113-2 précise que le socle de connaissances et compétences professionnelles comprend :

  • la communication en français ;
  • l’utilisation des règles de base de calcul et du raisonnement mathématique ;
  • l’utilisation des techniques usuelles de l’information et de la communication numérique ;
  • l’aptitude à travailler dans le cadre de règles définies d’un travail en équipe ;
  • l’aptitude à travailler en autonomie et à réaliser un objectif individuel ;
  • la capacité d’apprendre à apprendre tout au long de la vie ;
  • la maîtrise des gestes et postures et le respect des règles d’hygiène, de sécurité et environnementales élémentaires.

Pour chacun de ces grands domaines, le comité Observatoire et certification du Copanef a listé des compétences clés à posséder sur les modèles des référentiels pour un CQPI [ 4 ]Certificat de qualification professionnelle interbranche.. Par exemple, il va s’agir d’être capable de reformuler des informations ou des consignes, ou encore de récupérer l’essentiel d’un message en prise de note pour “communiquer en français”. Dans le champ du calcul ou des mathématiques, il s’agira de savoir utiliser les unités de temps ou les pourcentages.

La maîtrise des outils numériques suppose pour sa part de savoir allumer un ordinateur, insérer une pièce jointe à un courriel ou se repérer dans une page web. “Notre ambition était de valoriser le capital préexistant pour lever les inhibitions à suivre une formation, comme d’identifier les compétences indispensables pour suivre un cursus”, poursuit Laurence Martin.

Une certification qui n’est pas adossée à un niveau de qualification

Nous n’avons pas voulu associer de niveau, type infra-V, contrairement aux diplômes, certifications et qualifications existants, pour éviter que ce soit stigmatisant, mais aussi laisser un maximum de souplesse pour que le socle soit adapté en fonction des besoins du terrain. En revanche, nous ne sommes pas sur une logique d’attestation, mais de certification. Pour obtenir ce socle, il faut avoir l’ensemble des compétences listées et non pas obtenir une moyenne. C’est la première certification totalement interprofessionnelle”, a précisé Alain Druelles, représentant le Medef. C’est pourquoi, contrairement aux nomenclatures européennes, le Copanef n’a pas retenu les langues étrangères, dont les rudiments ne sont pas nécessaires pour occuper tous les postes.

Ce socle est inscrit de facto à l’inventaire, mais les partenaires sociaux ont souhaité qu’il y ait d’autres outils que le compte personnel de formation comme, par exemple, le plan de formation, pour permettre sa prise en charge. Le processus de validation se fera en deux temps : une phase d’évaluation, pour déterminer les compétences acquises, et enfin, la formation pour acquérir celles qui sont indispensables pour obtenir la certification, et ces deux étapes ne pourront pas être réalisées par la même entité. “Deux services d’un même groupe pourront le faire, mais c’est indispensable de dissocier la phase d’évaluation de celle de formation”, a souligné Alain Druelles.

Le rôle des Régions

Le socle prévoit la possibilité d’ajouter des modules complémentaires pour lutter contre l’illettrisme ou pour favoriser la qualification, dont l’élaboration dépend du service public régional de la formation professionnelle. Dans cette perspective, c’est l’Association des Régions de France (ARF) qui est tenue de proposer au ministre en charge de la Formation professionnelle la liste des modules complémentaires, qui seront publiés par arrêté. “L’objectif est de tenir compte des besoins de chaque secteur d’activité et bassin d’emploi ; c’est pourquoi nous avons délégué aux CPNE et Coparef la réalisation des modules sur le modèle d’élaboration des CQPI. Nous leur fournissons un cadre, une méthodologie, mais aujourd’hui ils ont la main, c’est le gros à venir”, a expliqué Christian Janin, en précisant que ces derniers pourront également délivrer ces certifications, mais qu’elles seront cosignées par le Copanef.

Une mise en œuvre immédiate, mais un déploiement qui nécessitera du temps

L’adaptation du processus de certification aux demandeurs d’emploi est en cours, elle nécessitera encore quelques semaines pour harmoniser les référentiels existant déjà dans la majorité des régions. Pour les salariés, le dispositif est effectif depuis la publication des décrets, mais il suppose d’agréer des opérateurs pour le mettre en œuvre, comme de former les conseillers en évolution professionnelle à la diffusion de ce nouvel outil. Dans le courant du mois d’avril, la DGEFP va lancer une campagne d’information sur ce dispositif, dont l’accès se fera à partir du site du CPF Moncompteformation.gouv.fr].

“Il est primordial que chaque acteur se saisisse du socle”

Néanmoins, les premières entrées dans le cursus de certification sont attendues pour l’été ou l’automne prochain, et la montée en puissance prendra plusieurs mois. Le Copanef n’a pas souhaité faire d’estimation sur le nombre de certifications qui pourraient être délivrées dans les mois à venir.

“Il est primordial que chaque acteur se saisisse du socle de connaissances et de compétences professionnelles. Par exemple, les délégués syndicaux devront systématiquement aborder cette question dans les négociations sur le plan de formation. Un dispositif de ce type était en débat depuis l’Ani de 2009, nous avons souhaité qu’il soit mobilisable sans l’accord de l’employeur. La réussite de ce socle est un enjeu crucial pour rendre effectif l’accès à la formation pour tous, tout au long de la vie”, a insisté Christian Janin.

Notes   [ + ]

1. Comité paritaire interprofessionnel national pour l’emploi et la formation.
2. Commission paritaire nationale de l’emploi et de la formation professionnelles.
3. Comité paritaire interprofessionnel régional pour l’emploi et la formation.
4. Certificat de qualification professionnelle interbranche.

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