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Les programmes “apprentissage” des candidats aux régionales d’Île-de-France en débat

L’alternance et l’apprentissage étaient en débat, le 3 décembre au Campus IGS, à l’occasion d’une confrontation entre les représentants de trois des principales listes candidates pour le Conseil régional d’Île-de-France, organisée par l’Association des apprentis de France.

Par - Le 04 décembre 2015.

Dimanche, les français seront appelés aux urnes pour le premier tour des élections régionales. Avec la nouvelle donne territoriale née de l’“acte III” de la décentralisation et le nouveau fléchage de la taxe d’apprentissage qui en fait les principaux récipiendaires, les exécutifs régionaux se retrouveront, le 14 décembre, en position de pilote dans le domaine de la formation, de l’apprentissage et de l’alternance. Trois thèmes qui n’ont pas spécialement suscité l’enthousiasme des candidats au cours d’une campagne électorale qui fut tout sauf passionnante. Il aura fallu le 3 décembre et l’invitation de l’Anaf pour que trois représentants des principales équipes en campagne débattent du sujet.

Devant un parterre d’une centaine d’étudiants en alternance de l’IGS, Hella Kribi-Romdhane (PS), vice-présidente sortante de l’actuel exécutif régional en charge des dossiers formation ; Jérôme Chartier (Les Républicains), maire de Domont, député du Val d’Oise, et Dominique Bourse-Provence (FN), juge aux prud’hommes de Paris et ancien secrétaire-adjoint du Syndicat national des personnels des organismes de formation (Synafor CFDT) ont eu, une heure et demi durant, l’occasion d’exposer les programmes de leurs poulains. Invités, les Verts d’Emmanuel Cosse avaient choisi de décliner.

PS: la pro-activité régionale au cœur des politiques d’alternance

En Île-de-France, région qui consacre entre 7 et 10 % de son budget annuel (de 11 milliards d’euros) à l’apprentissage et l’alternance, le sujet est observé de près, particulièrement après deux années qui ont vu le nombre de contrats baisser nettement sur l’ensemble du territoire malgré une légère embellie début 2015. Dans la région-capitale, ils sont quelques 85 000 jeunes à être engagés dans un tel cursus, mais avec une particularité locale : les alternants et apprentis franciliens sont majoritairement inscrits dans des cycles d’études supérieures, de bac + 3 à bac + 5 plutôt que dans des formations de niveau infra. “L’apprentissage, c’est une voie royale vers l’emploi : sept jeunes sur dix trouvent un emploi six mois après leur formation. L’apprentissage favorise l’insertion en CDI des jeunes, c’est pourquoi nous y croyons” a avancé Hella Kribi Romdhane rappelant la politique “pro-active” de la Région en la matière sous la conduite de Jean-Paul Huchon. En 2015, le portefeuille du Conseil régional s’élargira en intégrant de nouvelles compétences liées à l’orientation, ce que l’actuel exécutif régional a déjà intégré en inaugurant son propre SPRO (service public régional de l’orientation) dès septembre 2014 pour favoriser l’accès à l’information sur la formation. Une initiative portée par la région qui, à en croire la porte-parole de Claude Bartolone “a mis tout le monde d’accord, de la FSU au Medef”.

Et demain ? Les projets de la liste socialiste prévoient un développement de l’accompagnement individuel pour les alternants et même de mesures de coaching personnalisé qui, selon la vice-présidente de région, serait de nature “à diviser par 4 le taux de rupture de contrats en apprentissage”. Mais dans un contexte où les places en CFA sont plus faciles à trouver que celles en entreprise, l’équipe Bartolone a prévu, dans son inventaire des mesures pro-alternance, l’adaptation des cursus (notamment pour les plus bas niveaux de formation) aux besoins de celles-ci et de leurs métiers. “C’est l’Île-de-France qui a inventé la notion de proactivité qui permet de faire coller la formation à la réalité de l’entreprise” a indiqué l’élue socialiste. Quant à l’implication des apprentis eux-mêmes dans les structures de décision – sur le modèle de ce qui existe déjà dans les facs pour les étudiants – elle pourrait passer par une participations des alternants aux conseils de perfectionnement de leurs CFA. Une revendication de l’Anaf à laquelle la vice-présidente de région n’est pas opposée.

Droite et Centre: un programme “100 000 stagiaires” dans les six mois

Du côté de la liste Pécresse, on veut aussi miser sur l’insertion professionnelle et sociale de la jeunesse. En témoigne le projet “100 000 stages” figurant au programme de la candidate. “Pour développer les stages, nous obligerons toutes les entreprises qui ont signé des contrats avec la région ou qui reçoivent des subventions à prendre au moins un stagiaire” a martelé Jérôme Chartier. La mesure, à ses yeux, pourrait être de nature à créer un “appel d’air” susceptible de favoriser les recrutements d’alternants par les employeurs franciliens. “Le stage permet aux jeunes de se faire connaître des entreprises au-delà de son seul CV” a plaidé le député-maire de Domont. Répondre aux besoins des employeurs et des territoires, quitte à “en finir” avec “les formations sans débouchés qui ne mènent pas à l’emploi”.

Quant à l’idée socialiste d’un suivi individuel des jeunes durant leur cursus, elle séduit aussi à droite qui verrait bien les décrocheurs scolaires bénéficier d’un tel dispositif. “Les moyens à déployer pour cela seront colossaux, mais c’est la seule façon pour que ça marche” a confessé celui pour qui le chiffre de 85 000 alternants et apprentis en Île-de-France est “insuffisant” pour résoudre le chômage des jeunes. Question timing, le représentant de Valérie Pécresse s’est engagé, si la liste LR devait sortir victorieuse le 13 décembre, a mettre en œuvre son programme au plus vite. “Si nous sommes élus, le programme “100 000 stages sera déployé dans les six mois” a-t-il assuré.

FN: impliquer les Chambres des métiers pour élargir l’offre d’apprentissage

Au Front National, en revanche, les projets se veulent moins tonitruants. Pour le porte-parole de la liste Wallerand de Saint-Just, la priorité pour l’apprentissage, c’est de le rendre accessible dès 14 ans et, au passage “en finir avec le collège unique”. Le programme exposé par Dominique Bourse-Provence implique davantage les Chambres des métiers de l’artisanat “afin d’élargir l’offre d’apprentissage”. Pas suffisant pour séduire le public d’alternants à en croire ses réactions mitigées.

Peut-être son homologue normand, Nicolas Bay, aura-t-il plus de chances mardi prochain, à Rouen, où l’Anaf proposera un second débat sur le même sujet en présence d’Hervé Morin (LR) et de Nicolas Mayer-Rossignol (PS). Les invitations ont été lancées. Quant à savoir qui y répondra après le premier tour du scrutin… c’est une autre histoire.

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