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Matinée sénatoriale : des solutions structurelles pour stimuler l’apprentissage

« 8,2 milliards d’euros sont dépensés chaque année pour l’apprentissage, pourtant le nombre de contrats ne cesse de baisser : – 2~% en deux ans. Pourquoi ces efforts ne sont-ils pas couronnés de succès ? » C’est par cette interrogation qu’Elisabeth Lamure, sénatrice du Rhône et présidente de la Délégation sénatoriale aux entreprises, a introduit la matinée consacrée à la relance de l’apprentissage au Sénat.

Par - Le 02 octobre 2015.

Premier constat, déjà établi dans une note du Conseil d’analyse économique (lire) : celui de la recrudescence de l’alternance du supérieur concomitante à une baisse du recours du dispositif pour les plus bas niveaux de qualification.

« Il ne s’agit pas de mettre en concurrence l’apprentissage dans l’enseignement supérieur avec celui en CAP », insiste Marc Ferracci, économiste et professeur à l’université Panthéon-Assas. « Néanmoins, nous devrions concentrer les efforts sur les plus bas niveaux de qualification. On remarque que les subventions sont trop peu modulées en fonction de la qualification alors qu’il faudrait accorder des moyens prioritairement sur ces populations. »

L’économiste pointe également un système « trop peu agile  » et des procédures d’ouverture de nouvelles formations assez lourdes face aux besoins des entreprises qui évoluent rapidement. « Les entreprises et les branches doivent devenir parties prenantes en matière d’ouverture et de contenu des formations en apprentissage afin de les adapter à leurs besoins. »

S’inspirer du modèle allemand

L’économiste, et ancien DGEFP, Bertrand Martinot a concentré ses recherches sur la comparaison du modèle français et allemand. Auteur d’une étude publiée par l’Institut Montaigne sur le sujet  L‘apprentissage, un vaccin contre le chômage des jeunes – Plan d’action pour la France tiré de la réussite allemande , il défend l’idée selon laquelle la France pourrait s’inspirer du modèle germanique pour sortir de l’impasse. « Il y a aujourd’hui trois fois moins d’apprentis en France alors que l’on dépense trois fois plus dans le système ! »

Si la baisse de l’apprentissage peut en partie s’expliquer par la situation économique des entreprises, Bertrand Martinot soutient néanmoins que tout n’est pas conjoncturel. « On note quatre différences majeures qui pourraient être corrigées : tout d’abord, l’apprentissage en Allemagne est la voie unique et obligatoire pour l’accès à plus de 300 métiers. Ensuite, si notre voisin germanique s’est construit sur un modèle fort de décentralisation, il n’en demeure pas moins que le pilotage central reste un pilier très fort. Les formations et les diplômes sont quant à eux centrés sur les métiers. Les jeunes passent d’ailleurs beaucoup plus de temps en entreprise, ce qui présente l’avantage d’être plus rentable pour les employeurs. Enfin, on note une implication des branches plus forte, notamment par rapport aux contenus de formation, et un tutorat beaucoup plus structuré et attaché à un statut spécifique d’où découle une reconnaissance forte dans le monde du travail. »

L’apprentissage dès 14 ans ?

La question de l’âge légal pour entrer en apprentissage a beaucoup été posée ces derniers temps. En 2011, une disposition avait autorisé l’apprentissage avant 15 ans, avant d’être abrogée par le Parlement en 2013. Plus récemment, une proposition de loi du groupe Les Républicains sur le point d’être déposée à l’Assemblée nationale (lire) propose d’y revenir.

Sur ce sujet, Bertrand Martinot reste sceptique. « En Allemagne, l’apprentissage peut commencer à partir de 16 ans. J’y suis plutôt hostile avant car les jeunes ne sont pas assez matures pour entrer dans ce dispositif. Cependant, il conviendrait de développer le pré-apprentissage en travaillant par exemple sur des stages de découverte ou même par la mise en place de filières spécifiques dès le collège pour insuffler aux plus jeunes la culture de l’apprentissage et de l’entreprise. »

Attention toutefois à ne pas faire l’impasse sur les compétences fondamentales au risque de ne pas assez outiller les jeunes pour le reste de leur parcours professionnel. « L’apprentissage revêt des aspects positifs sur l’insertion professionnelle mais peut aussi sur le plus long terme freiner des reconversions sur le tard », ajoute Marc Ferracci.

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