Philippe Huguenin-Génie, délégué général du Forco.

Philippe Huguenin-Génie, délégué général du Forco : « La crise est derrière nous »

Le Forco revient de loin. Près d’un an et demi après la crise (voir notre dossier « Forco, année zéro » dans L’Inffo Formation n° 878), l’Opca du commerce et de la distribution semble relever la tête. Le déficit de 35 millions d’euros qu’affichait l’Opca en 2015 semble en voie d’être résorbé via, notamment, des contributions exceptionnelles des branches adhérentes au Forco. Les 8 et 9 juillet derniers, un grand séminaire de travail – le premier depuis la crise – réunissait les administrateurs et les dirigeants de l’Opca pour faire le point sur la situation et préparer l’avenir. Rencontre avec Philippe Huguenin-Génie, délégué général du Forco.

Rédigé par . Publié le 18 juillet 2016. Mis à jour le 11 mars 2019.

Le Quotidien de la formation. Un an et demi après, peut-on dire que la crise est passée ?

Philippe Huguenin-Génie. En tous cas, elle est désormais en grande partie derrière nous. Pour rappel, l’origine de la crise venait d’un excès d’engagements du Forco par rapport à la collecte réalisée (317 millions à l’époque). Nous financions trop par rapport à ce que nous collections. Une situation qui s’explique notamment par la mise en place, suite à la réforme de 2009, de sections de collecte strictement séparées pour les entreprises de 10 à 49 salariés et pour celles de 50 et plus. La loi nous interdisant de mutualiser les reliquats de la collecte des « 10-49 » vers les « 50 et plus ». Sur plusieurs années, cette section est devenue déficitaire pour atteindre 35 millions fin 2014, puisque nous continuions à financer les actions de formation de ces entreprises. En parallèle, la réforme de 2014 est arrivée, qui a vu la suppression de la contribution plan de formation (le « 0,9% ») : là où le Forco collectait 150 millions en 2014 au titre du plan, il n’a collecté que 14 millions de contributions volontaires l’année suivante… La crise du Forco est aussi la conséquence de la réforme de la formation qui créé un nouveau monde dans lequel nous devons inventer un autre schéma de fonctionnement que celui qui a prévalu jusqu’à présent.

Q.F . Comment comptez-vous couvrir ce déficit de 35 millions, alors que les recettes fiscales de l’Opca sont moindres ?

Ph. H.-G. : Grâce à la mobilisation du Conseil d’administration du Forco, nous avons conçu un plan d’apurement, validé par la DGEFP et inscrit dans notre convention d’objectifs et de moyens 2015-2017 que nous avons signée l’an passé. Les branches professionnelles concernées par ce plan ont accepté de verser 21 millions à titre de contribution exceptionnelle. A ce jour, 14,6 millions ont déjà été reçus et le reste devra être recouvré d’ici la fin 2017. Par ailleurs, nous disposions de 6 millions d’euros de reliquat sur la section plan de formation « 10-49 salariés ». 7 autres millions proviennent d’une réduction des engagements à financer la formation sur l’année 2015. Enfin, les économies de frais de fonctionnement que nous avons réalisées en 2015 nous ont permis de dégager 1 million supplémentaire. Aujourd’hui, nous pouvons de nouveau envisager l’avenir avec sérénité.

Q.F. Justement, à ce sujet : la crise financière a-t-elle eu des conséquences sociales ?

Ph. H.-G. : Nous avons enregistré près de 70 départs qui ont fait passer les effectifs de l’Opca de 310 à 240 collaborateurs en moins d’un an. Pour la plupart, il s’agit de départs volontaires ou naturels : CDD non renouvelés (comme les développeurs de l’alternance), ruptures conventionnelles, démissions. Du coup, il n’a pas été question de plan de restructuration. Le Forco est même aujourd’hui un des rares Opca à recruter.


Q.F : Vous avez connu une crise financière, la réforme de la formation… et dans le même temps, le Forco a dû intégrer la réforme territoriale et les nouvelles missions dévolues aux Opca, comme le collecte de la taxe d’apprentissage…

Ph. H.-G. : Notre organisation territoriale a évolué pour s’adapter à la nouvelle géographie des régions françaises. Nous disposions déjà de 10 délégations régionales et une de mes premières décisions, en tant que délégué général, a été de porter ce nombre à 12, plus une antenne territoriale en Corse qui est rattachée à la délégation régionale PACA. Nous avons ainsi mis en place une délégation régionale à Toulouse et une autre à Nantes. Pour des raisons culturelles tenant à la présence des grandes enseignes dans le Nord, le Forco disposait déjà d’une délégation régionale unique Nord-Pas-de-Calais – Picardie. Aujourd’hui, nous sommes donc présents sur tout le territoire.

Sur le volet apprentissage, le Forco est habilité en tant qu’Octa depuis le 1er janvier 2016 et il a collecté 55 millions d’euros à ce titre. Là encore, cela change nos habitudes. Si le commerce est habituellement un gros consommateur de contrats de professionnalisation, il l’est beaucoup moins de contrats d’apprentissage. C’est une spécificité du secteur. En 2015, nous avons financé 25 000 contrats de professionnalisation pour 42 000 entreprises adhérentes, ce qui nous place en deuxième position des Opca. D’ailleurs, même au plus fort de la crise en 2015, nous avons enregistré une hausse de 1 000 contrats de professionnalisation supplémentaires. Le commerce a un rôle social à travers les embauches de jeunes, pas toujours les plus qualifiés, à qui les entreprises donnent leur chance. La promotion sociale est, elle aussi, une réalité dans le commerce. A titre d’exemple, il faut savoir que 30 % des directeurs de supermarché ont débuté leur carrière comme employé.


Q.F : Le Forco a-t-il contribué au plan « 500 000 formations d’urgence pour les demandeurs d’emploi » lancé par le gouvernement en début d’année ?

Ph. H.-G. : Le Forco n’a pas attendu le plan d’urgence pour se mobiliser en faveur de la formation des demandeurs d’emploi. En 2015, nous avons financé plus de 2 200 POEI (préparations opérationnelles à l’emploi individuelles) et POEC (préparations opérationnelles à l’emploi collectives). Dans le cadre du plan d’urgence du gouvernement, le dispositif va assurément monter en puissance. Au 30 juin 2016, nous en sommes à plus de 800 POEI et près de 1 300 POEC. Le Conseil d’administration du Forco est particulièrement vigilant sur les débouchés proposés aux demandeurs d’emploi à l’issue de ce dispositif.


Q.F : Le Compte personnel de formation (CPF) décolle-t-il dans le secteur du commerce ?

Ph. H.-G. : L’an dernier, nous avons pris en charge 1 600 CPF. Au 30 juin 2016, nous en sommes déjà à 3 200. Au total, la contribution collectée au titre du CPF (0,2 %) représente aujourd’hui 45 millions d’euros et, pour l’instant, peu d’entreprises adhérentes ont signé des accords pour gérer ce dispositif en interne. A suivre donc.

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