à 220 ans, le Cnam veut rester le meilleur “ascenseur de vie professionnelle”

Inffo formation n° 866 – 15-30 novembre 2014 – Knock Billy

Par - Le 15 novembre 2014.

Avec près de 150
centres d’enseignement
en France, et près de 100
000 élèves,
étudiants, salariés et demandeurs
d’emploi formés chaque année,
le Conservatoire national des arts et
métiers, qui a fêté ses 220 ans en
octobre, propose une articulation entre
savoirs académiques et compétences
professionnelles. Il forme à 450 métiers
couvrant une soixantaine de domaines,
qui vont de la chimie à la biologie, en
passant par le droit et la psychologie

Fondé en 1794 par
l’abbé Grégoire,
l’une des figures em
blématiques de la
Révolution française,
pour
“perfectionner l’indus
trie nationale”,
le Conservatoire
national des arts et métiers
(Cnam)
“s’est imposé au fil de son
existence comme un grand établis
sement d’enseignement supérieur
et de recherche dédié à la forma
tion continue des adultes. Aujourd’hui,
notre établissement occupe une place unique
dans le paysage éducatif français”
, se réjoui
Olivier Faron, administrateur général de
la
“Maison”
depuis juillet 2013.

Les intervenants professionnels

Une des particularités de l’établissement
est non seulement de
“proposer des forma
tions élaborées pour répondre aux besoins
des professionnels tout en respectant un
haut niveau académique”
, mais aussi de
faire
“cohabiter intervenants profession
nels et enseignants reconnus dans leurs
disciplines”.
Ancien auditeur en gestion
et finance, Pascal Personne,
directeur de l’aéroport de
Bordeaux, témoigne
:
“Le
Cnam, c’est, d’une part, la
chance d’avoir une palette
très large de formations.
Un des autres avantages de
l’établissement, c’est le grand
professionnalisme des pro
fesseurs. Presque tous mes
professeurs étaient des pro
fessionnels et connaissaient parfaitement
bien leur domaine. J’ai le souvenir d’une
formation très pratique et très concrète,
avec des professeurs précis et pédagogues,
ce qui, pour des matières arides comme la
comptabilité d’entreprise, était vraiment
une grande chance.”

Développement des
compétences individuelles


L’objectif assigné au Cnam par l’abbé
Grégoire était d’
“éclairer l’ignorance qui
ne connaît pas et la pauvreté qui n’a pas
le moyen de connaître”. “Ce rêve d’il y a
220 ans est permanent au Cnam. Il est
clair que la promotion sociale demeure
l’objectif social de notre établissement”
,
précise l’administrateur général. C’est,
notamment, l’ambition que porte la
création du “Réseau Vincent Merle” (lire
ci-contre). En accueillant des personnes
souhaitant acquérir de nouvelles compé
tences, prendre de nouvelles responsabili
tés ou faire évoluer leur carrière, le Cnam
“favorise le développement de la compétence
individuelle”.

La volonté de progresser

Peu importe que la formation débouche
sur un diplôme ou pas, l’essentiel
étant d’avoir la volonté de progresser.
C’est le cas de Jean-Claude Noël, au
jourd’hui consultant à New York, pro
fesseur à l’Insead, ex-CEO
[ 1 ] Chief executive officer
, directeur général

de Christie’s
International. Il n’avait pas validé son
diplôme d’économiste du Cnam car,
explique-t-il,
“ma carrière évoluant bien,
je suis allé à l’étranger et je n’ai pas pu
compléter les travaux dirigés où il faut
être présent. Mais je n’étais pas tant à la
recherche d’un diplôme que d’une forma
tion. Le Cnam permet aux gens qui n’ont
pas la possibilité, ou l’envie, de passer par
les accès classiques, de rentrer très vite dans
une phase active en disposant des éléments
complémentaires pour pouvoir évoluer
dans leurs métiers futurs. Le Cnam, c’est
donc une opportunité et pour
moi, ça a été ce qui me man
quait. Cela correspondait exac
tement à ce que je cherchais à
ce moment-là et sans le Cnam
je pense que je n’aurais pas fait
ce que j’ai fait par la suite”
, témoigne-t-il.
De quoi faire la fierté d’Olivier Faron,
qui affirme que
“si le Cnam est très claire
ment le plus important établissement public
de formation tout au long de la vie, il est et
restera le meilleur ascenseur de la vie profes
sionnelle et l’outil idéal de sécurisation des
parcours professionnels”.

LE
“RÉSEAU VINCENT MERLE”
, OUTIL DE PROMOTION SOCIALE DU CNAM


Créé le 3 juillet
2014, en hommage à ses
actions en faveur de l’insertion et de la pro
motion sociale par la formation, le “Réseau
Vincent Merle”
[ 2 ]Décédé le 23
avril
2013, Vincent Merle a été
professeur au Cnam, titulaire de la chaire Travail,
emploi et acquisitions professionnelles. Il est
l’initiateur de la VAE et de l’École Vaucanson

a pour mission
“de coordon
ner et d’impulser toutes les opérations d’ou
verture sociale au sein de tous les établisse
ments du Cnam”
, précise Thibaut Duchêne,
chargé de mission auprès d’Olivier Faron.
Concrètement, l’établissement d’enseigne
ment supérieur plus que bicentenaire souhaite
“promouvoir des personnes pour qui il n’y a
ni structures, ni formats de prise en charge
adéquates menant à la «
diplômation
» ou à la
certification”
. Trois types de publics sont pris
en charge dans le cadre de ce réseau.

Formation supérieure
par l’apprentissage


Accueillis dans le cadre de l’école Vaucanson,
créée en 2010 par Vincent Merle, hébergée
par le CFA du Cnam et soutenue par de grands
groupes (Air liquide, BNP, EDF, GDF, Lafarge,
Schneider, Vinci, etc.), les jeunes titulaires
d’un bac professionnel industriel ou d’un bac
tertiaire bénéficient d’
“une formation supé
rieure organisée par apprentissage exigeante
répondant à des enjeux sociaux”.
Basée sur
une pédagogie par projet,
“qui convient le
mieux à des jeunes qui souvent ont eu des
difficultés avec le système scolaire”,
soutient
Olivier Faron. La formation dure trois années
et mène à la licence, voire au master.
“C’est
une façon de montrer que les titulaires de
diplômes professionnels, souvent déconsidé
rés parce que manuels, lorsqu’ils bénéficient
de formations adaptées et suffisamment en
cadrées peuvent aussi bien réussir que les
autres”,
se réjouit l’administrateur général du
Cnam.

Le projet orientation-solidarité

Le deuxième type de public est constitué de
personnes en difficulté d’orientation
: des
décrochés de l’Éducation nationale ou de
l’enseignement supérieur.
“Pour ces derniers,
nous avons mis en place le projet orientation-
solidarité (POS) qui permet aux étudiants ba
cheliers en questionnement sur leur devenir,
ainsi qu’aux étudiants engagés dans un cursus
post-bac en quête de réorientation, de clarifier
leur voie, de mûrir un projet de formation pro
fessionnelle tout en évoluant dans un environ
nement pédagogique universitaire”
, précise
Thibaut Duchêne.

Concrètement, la première partie de cette
formation à l’accompagnement d’orientation
type bilan de compétences permet aux jeunes
de
“développer la confiance en soi”.
Leur sont
également proposés des cours consacrés à
l’acquisition des savoirs de base en mathé
matiques, français et informatique, ainsi
qu’à l’acquisition des compétences de base
nécessaires à la compréhension et à l’adap
tation au monde du travail. La seconde partie
de leur formation est consacrée à une immer
sion au sein d’une association, d’une collecti
vité territoriale ou d’un établissement public,
dans le cadre du service civique.
“Cela abou
tit à 100
% de réorientation à la sortie. Nous
sommes à la seconde promotion. L’objectif du
Réseau Vincent Merle est d’assurer un plus
large déploiement de ce projet”
, souligne
Thibaut Duchêne.

Formation des publics en milieu
carcéral


Le Réseau accompagne aussi la formation des
publics en milieu carcéral.
“Ces formations sont
proposées au cas par cas, en partenariat avec
l’école de formation en comptabilité, l’Intec,
ou en formation ouverte et à distance”
, pré
cise le chargé de mission auprès d’Olivier
Faron. Depuis 2007, dix-sept détenus se sont
inscrits dans cette démarche. Dix d’entre eux
ont obtenu un diplôme.
“Notre ambition est
de proposer ces formations à l’ensemble des
centres de détention et de multiplier par cinq
le nombre des demandes. L’objectif du Cnam
est de permettre à ces publics empêchés
d’avoir les meilleures chances de réinsertion
professionnelle”
, conclut-il

QUESTIONS À OLIVIER FARON,
ADMINISTRATEUR GÉNÉRAL DU CNAM


Affirmer davantage notre expertise”

Comment le Cnam se prépare-t-il à
adapter son offre à la réforme
?


Nous avons un horizon
: le 1
er
janvier
2015,
nous proposerons une offre adaptée au
compte personnel de formation. Nous
disposons des outils de communication pour
non seulement faire connaître le Cnam
à nos concitoyens, mais aussi les informer
de l’existence du CPF, des moyens pour
en bénéficier, et surtout de l’intérêt et des
avantages à réaliser leur projet de formation
au Cnam. La réforme en cours est, pour
le Cnam, une réforme essentielle. Elle est
une opportunité d’affirmer davantage son
positionnement de promoteur social.

La réforme met l’accent sur
l’individualisation et invite
les organismes de formation à
la modularisation. Vous le faisiez déjà…


Certes. Notre offre était modulaire et flexible.
Mais, elle n’était pas calibrée sur les blocs
de 150
heures. Notre objectif est d’être dans
les rails que propose la loi avec des modules
qui répondent au format CPF. Autre élément
important pour nous
: le développement de
la VAE. Alors qu’il a baissé de 10
% dans
l’ensemble du pays, le nombre de dossiers
évalués par les commissions a augmenté en
moyenne de 25
% par an depuis 2010. Nous
sommes convaincus que la VAE est un outil
fondamental de formation tout au long de la
vie et de reconnaissance des compétences de
nos concitoyens.

Pourquoi l’expertise Cnam reste-t-elle
peu visible
?


Bien que notre expertise soit reconnue,
nous avons cependant un souci de lisibilité.
Nous devons entretenir et développer
notre important réseau d’auditeurs et
de partenaires. Nous avons besoin de
communiquer davantage sur les opportunités
qu’offre notre établissement pour l’acquisition
des savoirs, le développement des
compétences, l’employabilité, la promotion
sociale, etc. Le souci de visibilité et de clarté
de nos missions est très important dans un
contexte de changement profond en matière
de formation tout au long de la vie.

A
l’international, nous pouvons nous
permettre de faire un “cocorico” national.
Comment ne pas être fier quand une
université technologique coréenne nous
associe aux programmes de formation
professionnelle technologique de ses
partenaires tels que Samsung. N’est-ce pas
aussi une fierté que d’être sollicité par des
entreprises libanaises, pour accompagner
la formation de leurs personnels dans le
cadre d’exploitations pétrolières, ou par le
gouvernement malgache, pour accompagner
le développement du pays, ou encore par des
constructeurs automobiles internationaux en
Chine
?

Et vos relations avec les entreprises
sur le plan national
?


Nous avons vocation à travailler en direct
avec les entreprises et à apporter plus de
visibilité à notre expertise auprès d’elles.
Elles sont demandeuses de notre savoir-faire.
Ainsi, par exemple, la SNCF vient de nous
confier la formation de 10
000
de ses cadres
aux problématiques de la qualité et de la
sécurité au travail. Ce n’est pas rien
! Notre
travail de visibilité passe notamment par une
innovation pédagogique. Je souhaite que
la maison où a longtemps travaillé Vincent
Merle reste pionnière sur ce plan. Nous nous
dotons de moyens pour cela.

Propos recueillis par Knock Billy

Notes   [ + ]

1. Chief executive officer
, directeur général
2. Décédé le 23
avril
2013, Vincent Merle a été
professeur au Cnam, titulaire de la chaire Travail,
emploi et acquisitions professionnelles. Il est
l’initiateur de la VAE et de l’École Vaucanson

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