L’Allemagne, numéro un de la formation aussi…

Inffo formation n° 867 – 1er-14 décembre 2014 – David Garcia

Par - Le 01 décembre 2014.

Le système “dual” allemand d’apprentissage,
chacun en vante les mérites.
voyage à la
rencontre de ces apprentis sur le terrain.
à Berlin.

Aux délices normands.”Sise le long
d’une avenue résidentielle arborée de
Zehlendorf, dans les quartiers sud de
Berlin, cette boulangerie-pâtisserie
française détonne quelque peu, au
pays de l’apfelstrudel [ 1 ]Gâteau aux
pommes
traditionnel
autrichien, très
populaire en
Allemagne.
… Le ren
dez-vous avait été donné à une délégation hexa
gonale de l’Association des journalistes de l’infor
mation sociale, un mardi grisâtre de la mi-novembre.
Direction l’arrière-boutique, où les attend le patron
de cette entreprise artisanale.Au programme de
l’
interview,
organisée sous l’égide du ministère alle
mand des Affaires étrangères et de l’Institut Goëthe :
la formation professionnelle des jeunes en alter
nance. Le fameux système “dual”, tant vanté au sud
du Rhin comme un modèle performant.

“Une aide appréciable”

“J’emploie et forme cinq apprentis, sur un effectif
de 90 salariés, répartis dans cinq magasins et deux
centres de production qui réalisent un chiffre d’af
faires de 3 millions d’euros par an”
, expose Didier
Canet, dans un français mâtiné d’un léger accent
germanique. Ce Dieppois de naissance, pâtissier
de formation, s’est installé en Allemagne à la
fin des années 80. Après avoir travaillé comme
salarié pour le grand magasin berlinois Kadewe,
il se met à son compte en 1995.
“Les apprentis
fournissent une aide appréciable et en échange
nous les formons”
, résume Didier Canet, la cin
quantaine fragile pour cause de crise cardiaque
dont les effets se font encore sentir.

À raison d’un jour par semaine, les élèves suivent
un enseignement théorique dans une école pro
fessionnelle − l’équivalent de nos CFA −, financée
intégralement par le Länd de Berlin. Le reste du
temps, les apprentis apprennent les rudiments
du métier sur le tas, encadrés par le personnel
de l’entreprise. Le tout pour une rémunération
moyenne de 600 euros bruts, 300 euros pen
dant la première année de formation, pris en
charge en totalité par l’entreprise.

La commission spécialisée de la chambre
des métiers


“On pourrait les entourer un peu mieux. Mais
depuis ma crise cardiaque, je ne dispose plus de
tuteur à 100 %”
, regrette Didier Canet. Allemand
d’adoption, cet artisan se dit dans l’ensemble
“satisfait”
de l’apport et du rendement de ses
jeunes en formation. Hormis peut-être cet
apprenti qu’il cite à plusieurs reprises.

“Je suis content en général, mais en ce moment,
j’en ai un qui travaille très mal, je ne sais vraiment
pas quoi en faire. Il va pourtant falloir le garder
jusqu’à la fin de sa formation, qui dure trois ans.
En Allemagne, il est très difficile de rompre un
contrat d’apprentissage, il faut passer devant une
commission spécialisée à la chambre des métiers”
,
explique-t-il. Tout en précisant, sous le regard
d’une représentante de la chambre des métiers
de Berlin présente lors de l’entretien :
“À part
sur l’hygiène, où nous sommes régulièrement
contrôlés, et à juste titre, les visites de la chambre
sont rares. On me laisse tranquille.”

Interrogée sur ce point, la responsable de la
chambre des métiers en question précise :
“13 000 apprentis sont formés sur le territoire du
Länd de Berlin. 8 contrôleurs de la chambre sont
chargés de superviser le respect par les entreprises
de la réglementation, notamment sur le temps de
travail et la rémunération. Cela fonctionne bien,
pas besoin d’y passer toutes les semaines.”

TROIS QUESTIONS A STEPHAN SCHNORR,
sous-directeur chargé
de la politique de formation
au ministère de l’Économie
et de l’Énergie


“L’apprentissage
concerne un jeune
Allemand sur deux”

Quelle est la
particularité du
modèle allemand de
formation ?


E
n
a
llemagne,
850 000 jeunes
quittent l’école
chaque année.
La moitié choisit
de se former en
entreprise − à partir
de 15 ans − et l’autre
moitié opte pour des
études universitaires.
Diplômés de
l’université ou en
alternance, les deux
voies sont aussi
indispensables l’une
que l’autre.
c
’est
grâce à ce système
propre à notre pays
que le niveau de
chômage des jeunes
est de seulement
7,5 %.

Comment s’articule
le système “dual” ?


D’une durée
de trois ans, les
formations dites
professionnelles
se déroulent en
alternance durant
trois à quatre jours
en entreprise, et un à
deux jours en école
professionnelle.
Le contenu des
formations en
alternance est
négocié par les
représentants des
employeurs et
des salariés.
c
es
référentiels sont
ensuite validés
par les ministères.
é
laborés de manière
consensuelle par les
partenaires sociaux,
ces contenus doivent
correspondre aux
besoins spécifiques
des entreprises
et être axés sur
la pratique.
e
n
complément
des écoles
professionnelles,
des ateliers
interentreprises
dispensent des
formations plus
pointues, dans
un esprit de
mutualisation des
moyens.

Selon quel mode de
financement ?


Les écoles
professionnelles
sont exclusivement
financées par les
16
Länder
(
é
tats) et
les ateliers inter-
entreprises par
le gouvernement
fédéral, les
Länder
et les chambres
des métiers et
de commerce,
émanation des
entreprises.
Les entreprises
prennent en charge
l’intégralité de
la rémunération
des apprentis,
qui se situe entre
400 euros par mois
la première année
et 1 000 euros
mensuels la dernière

Notes   [ + ]

1. Gâteau aux
pommes
traditionnel
autrichien, très
populaire en
Allemagne.

Centre Inffo vous conseille également

Afnor