Les CQP, un dispositif garant d’employabilité

Par - Le 15 avril 2014.

Initiés voici plus de vingt ans par la métallurgie, les certificats de qualification professionnelle
sont aujourd’hui des dispositifs reconnus et prisés par les entreprises, pour accompagner
l’évolution professionnelle des salariés et trouver les compétences qui leur font défaut.
Zoom sur ces outils de la formation professionnelle − dont la notoriété dépasse rarement
le cadre de leur branche.

Délivrés par les branches professionnelles
pour répondre à
un besoin spécifique de formation
sur des compétences techniques
très précises, les 1 100
certificats de qualification professionnelle,
développés dans 121 branches
différentes, restent souvent méconnus.
“Ces formations ont été créées pour
répondre à des besoins en compétences
non couvertes par les diplômes de l’Éducation
nationale”, rappelle Christine
Carbonnier, spécialiste des CQP à
Centre Inffo. Il peut s’agir de certificats
créés pour des métiers atypiques,
comme par exemple dameur de piste de
ski, qui suppose de savoir parfaitement
maîtriser des véhicules aussi dangereux
pour le conducteur que les skieurs, et
dont le coût prohibitif impose l’embauche
de professionnels aguerris. À
l’inverse, certains CQP, comme celui
de conducteur de ligne dans le secteur
des boissons, s’ils répondent à
un besoin très précis, font appel à des
compétences exportables dans d’autres
secteurs et peuvent donner lieu à des
certifications de qualification professionnelle
interbranches.

Imaginés par la métallurgie

Lancés par la branche de la métallurgie
en 1982, les CQP ont été très longtemps
peu nombreux, un dispositif
méconnu butant sur la culture française
du diplôme. “Cela fait vingt-deux
ans que la branche a initié les certificats
de qualification professionnelle, nous en
avons aujourd’hui 230, qui couvrent un
champ de 1,6 million de salariés. Nous
délivrons en moyenne 10 000 CQP par
an et un millier d’entreprises ont recours
à ces certifications. Elles sont de toutes
tailles, avec une augmentation nette des
petites et moyennes entreprises qui sont de
plus en plus nombreuses à découvrir ces
dispositifs, grâce à la promotion que nous
en faisons. Cela s’explique aussi par le
fait que les donneurs d’ordre, notamment
dans les secteurs aéronautique et naval,
exigent de plus en plus des compétences
précises et des profils de salariés très qualifiés”,
explique Serge Blain, chargé de
mission professionnalisation à l’UIMM
(Union des industries et métiers de la
métallurgie).

Être, ou ne pas être, au RNCP…

Il est très difficile d’avoir des données
globales et consolidées sur le déploie
ment des CQP, car la majorité ne sont
pas enregistrés au Répertoire de la certification
professionnelle − le RNCP −
en charge de les répertorier depuis
2009. “Il y a aujourd’hui 250 CQP
inscrits au RNCP, car toutes les branches
ne sollicitent pas leur enregistrement.
Notamment car toutes les certifications
créées n’entrent pas encore dans les critères
fixés par la loi de 2009, qui exigent des
référentiels d’activité et de certification.
C’est le cas, notamment, des CQP les plus
anciens, qui se contentent de décrire un
bloc de compétences ou dont la description
renvoie à un contenu de formation. Nous
observons toutefois une augmentation du
nombre de CQP référencés : de 34 en
2011 à 60 en 2012 et 52 en 2013”, explique
Renaud Eppstein, le rapporteur
général adjoint de la CNCP [ 1 ][Commission nationale de la certification
professionnelle->www.cncp.gouv.fr
] chargé
de l’enregistrement “sur demande” au
RNCP. Lequel concerne les CQP créés
par les commissions paritaires nationales
de l’emploi (CPNE) des branches.

Donner de la visibilité

La branche du médicament a signé un
accord sur les CQP en 1999 et dispose
aujourd’hui de 12 certifications dédiées
à la production, la maintenance industrielle,
la logistique ou la vente de
médicaments. Près de 800 salariés ont
été certifiés par ce biais avec un taux de
réussite de 80 %. “Nous n’avons pas sollicité
l’enregistrement dans le RNCP, car
il s’agit de répondre à des besoins spécifiques
et les contenus sont trop déconnectés
des diplômes de l’Éducation nationale”,
précise Élodie Sencier, chef de projet
au Leem, l’organisation des entreprises
du médicament. A contrario, pour donner
davantage de visibilité en dehors de
leur branche à ces cursus, les rendre accessibles
notamment aux chômeurs ou
salariés d’autres branches, certains secteurs
enregistrent systématiquement au
RNCP leurs CQP. à l’instar de l’automobile,
qui dispose de 91 CQP. “Mon
département conçoit un CQP sur la base
des besoins en compétences des entreprises.
Nous soumettons aux partenaires sociaux
son contenu, avec les compétences à acquérir
et les modalités de certification,
lors d’une réunion annuelle par filière.
Ensuite, nous les faisons systématiquement
enregistrer par la CNCP”, souligne
Florence Bay, la chef du département
compétence-ingénierie à l’Anfa, l’Opca
de branche.

Portes d’entrée dans
les secteurs…


Dans l’automobile, les CQP tiennent un
rôle fondamental dans le déploiement
des stratégies industrielles, notamment
pour s’adapter aux nouvelles contraintes
réglementaires ou technologiques, dans
un contexte de concurrence mondiale
accrue. Ces derniers couvrent tous les
niveaux de qualifications, toutes les
familles de métiers (production industrielle,
maintenance, vente, etc.) et
les différents secteurs de production
(véhicules particuliers, professionnels,
collectifs, industriels, etc.). De son
côté, le secteur de la chimie, comme de
nombreuses autres branches, s’est saisi
très tardivement de ces dispositifs. La
branche a lancé en 2011 six CQP axés
principalement sur les métiers de la production
(animateur d’équipe de production,
pilote d’installation de fabrication,
pilote de ligne de conditionnement,
etc.), qui ont profité à 204 salariés de
60 entreprises différentes. Ces CQP
sont dispensés sous la forme de contrat
de professionnalisation (88 %) ou de
période de professionnalisation (12 %),
ils sont donc majoritairement une porte
d’entrée dans le secteur.

… et de promotion interne

“Depuis 2012 nous avons près de 400 salariés
− pour un total de 400 000 dans la
branche − qui ont été inscrits dans ces démarches
certifiantes qui durent de douze à
dix-huit mois. Il s’agit principalement de
processus d’embauche qui leur permettent
d’acquérir les compétences techniques et
spécifiques qui complètent leurs formations
initiales. Ils s’adressent tout autant à
des salariés de la branche qu’à des jeunes
sortant de l’école, des demandeurs d’emploi,
des intérimaires. C’est aussi un outil
de promotion interne que nous voulons
ouvrir par le biais de la VAE. Un CQP
va permettre, par exemple, à un technicien
d’acquérir le savoir-faire managérial
pour investir totalement un poste d’encadrement”,
explique Catherine Beudon,
la responsable social, emploi, formation
à l’Union des industries chimiques.

Forts taux de réussite

La durée de ces formations alternées
peut être très variable. Dans le secteur
automobile le CQP d’attaché commercial
automobile s’étend sur treize à quatorze
mois, dont 567 heures de cours
dédiés aux cycles de vente, à la prospection
clientèle ou encore à l’estimation
de la valeur de véhicules d’occasion. Il
s’adresse à des jeunes de 18 à 25 ans
d’un niveau BTS, quand le CQP technicien
électricien, électronicien automobile
est destiné aux titulaires d’un
CAP maintenance des véhicules, avec
980 heures de cours sur vingt-quatre
mois. à l’inverse, certains CQP n’excèdent
pas 200 heures de formation
et sont accessibles dès le niveau V de
qualification. C’est le cas du CQP de
laveur de vitres, l’une des six certifications
du secteur de la propreté initiée
en 2006.

“Nous avons un taux de réussite de 83 %.
Nous avons des apprentis de la Maison de
la propreté qui, en plus de leur BEP ou
bac, suivent ces cursus”, explique Aurélie
Delcelier, la responsable du développement
de l’Observatoire des métiers
de la propreté. Près de 150 entreprises
du secteur ont embauché des jeunes
bénéficiant de ce double cursus, particulièrement
prisé. En huit ans, près de
14 000 salariés ont suivi un CQP dans
la branche de la propreté.

Ainsi, comme ailleurs, si les partenaires
sociaux ont mis du temps à se saisir
de ces dispositifs, ils se sont déployés
très vite, garantissant l’employabilité
des bénéficiaires et assurant à leurs
employeurs des compétences au plus
près de leurs besoins. Et ce, en complémentarité
des diplômes de l’Éducation
nationale.

LES CQP INTERBRANCHES

Apparus en 2006 dans quatre branches à
travers une charte, les certificats de qualification
professionnelle interbranches (CQPI),
visent tout autant à permettre la mobilité
professionnelle qu’à renforcer la visibilité du
dispositif. “Le premier CQPI créé a été celui
de conducteurs d’équipements industriels,
dont le socle de compétences correspond à
plusieurs branches. Aujourd’hui il existe 9
CQPI, qui associent 20 branches, mais ces
dispositifs ne sont pas reconnus par la RNCP.
Cependant si, par exemple, un CQP d’agent
logistique textile est déposé, il suffit d’ajouter
entre parenthèses « CQPI d’agent logistique »
pour qu’il soit reconnu de fait”, explique
Xavier Royer, co-animateur du Comité observatoire
et certifications.

“Nous figurons parmi les premiers signataires
de la charte CQPI. Depuis 2013, nous avons
établi des passerelles avec 5 CQP de la chimie,
avec un système de reconnaissance automatique”,
explique Élodie Sencier, chef de projet au
Leem. De fait, un tiers des CQPI sont attribués
directement via les dispositifs de validation des
acquis d’expérience. De même, un tiers des
bénéficiaires ont plus de 45 ans, et pour plus de
70 % d’entre eux c’est une première certification.
“Nous sommes en pourparler avec la métallurgie,
pour la création d’un CQPI commun”,
précise Olivier Coone, délégué à la formation de
Syntec Numérique. Les branches sont de plus
en plus nombreuses à investir les CQPI, qui ont
bénéficié à 3 000 salariés en 2009, 10 000 en
2012 et près de 15 000 aujourd’hui.

Notes   [ + ]

1. [Commission nationale de la certification
professionnelle->www.cncp.gouv.fr

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