Le “Knowledge Hub” d’Audencia. © P. Cauneau-Auden

Le nouveau pragmatisme de la formation : quand l'IA et les soft skills dictent le tempo

Une étude menée par Audencia et l'Ifop révèle une transformation profonde des attentes des cadres et des dirigeants en matière de formation continue. L'heure est aux formats courts, à l'impact mesurable et à l'équilibre entre compétences numériques et qualités humaines.

Par - Le 09 juin 2026.

La formation professionnelle des cadres et des dirigeants traverse une période marquée par une exigence de retour sur investissement. Les conclusions de la seconde vague de l'enquête Audencia - Ifop mettent en lumière un « changement de paradigme ». Longtemps habitués à des cursus théoriques ou de longue durée, les cadres s'alignent sur la vision pragmatique de leurs dirigeants. Confrontés à de fortes contraintes opérationnelles et au manque de temps, ils plébiscitent des formats resserrés, capables de s'intégrer dans leur quotidien sans perturber l'activité. Les sessions à la journée ou de quelques heures deviennent la norme, tandis que les parcours s'adaptent aux spécificités de chaque secteur d'activité.

Quand la technologie donne de l'importance aux compétences comportementales

Cette course à l'immédiateté est en grande partie dictée par l'émergence de nouveaux besoins technologiques, au premier rang desquels figurent la gestion des données et l'intelligence artificielle. Les cadres se montrent conscients de cette urgence, manifestant une forte volonté de monter en compétences sur ces sujets. Un décalage persiste avec les dirigeants, deux fois moins nombreux à identifier cette priorité à court terme. Pour autant, cette transition numérique ne se traduit pas par une déshumanisation du travail. Au contraire, la montée en puissance de la technologie renforce, par un effet de miroir, l'importance des compétences comportementales.

Les aptitudes managériales, la capacité à communiquer et l'accompagnement du changement restent ancrés dans les priorités. Ainsi, les recruteurs accordent une importance primordiale à l'aisance relationnelle et aux facultés d'adaptation, reléguant l'expertise purement technique au second plan.

Un attachement à la figure du formateur

Cette hybridation des savoirs redéfinit la manière dont les cadres envisagent leur apprentissage. Si la quête de flexibilité pousse une grande majorité à revendiquer de l'autonomie et à se sentir capables de s'autoformer sur des sujets précis, cette démarche trouve ses limites. Lorsqu'il s'agit d'aborder des problématiques complexes ou d'initier de réelles transformations, le besoin d'accompagnement humain réapparaît. Les cadres expriment un attachement à la figure du formateur, qui suscite le débat, partage des retours d'expérience et anime des mises en situation concrètes, que le travail isolé ne peut offrir.

La culture du résultat s'impose

Dans le même temps, la gestion des budgets de formation reflète la prudence économique du moment. La tendance est à la stabilité financière, ce qui oblige les directions des ressources humaines à faire preuve d'ingéniosité pour maximiser chaque investissement. Les entreprises misent sur des dispositifs sur-mesure, en s'appuyant sur les managers pour diffuser les savoirs ou en développant des programmes de mentorat et des communautés de pratique.

Surtout, la culture du résultat s'impose de façon quasi systématique. La quasi-totalité des dirigeants suit ou prévoit de suivre des indicateurs de performance précis, scrutant l'évolution du chiffre d'affaires, la productivité globale, la trajectoire des carrières ou l'évaluation concrète des nouvelles compétences acquises. La tension entre logique budgétaire et exigence pédagogique se cristallise dans le choix des prestataires. Alors que les cadres recherchent avant tout l'excellence opérationnelle et la légitimité des intervenants, les décideurs se focalisent sur le coût des prestations et la fidélité aux partenaires historiques. Pour répondre à ces exigences contradictoires, les entreprises diversifient leurs sources en se tournant vers des experts sectoriels pointus ou vers de nouvelles solutions digitales intégrant l'intelligence artificielle, confirmant que la valeur d'une formation se mesure désormais à sa capacité à transformer... immédiatement le quotidien professionnel.

Chiffres-clés

  • Les savoir-faire liés à la data et à l'intelligence artificielle s'imposent comme incontournables pour 66 % des sondés.
  • Les soft skills restent au cœur des priorités de formation : 46 % des cadres (61 % chez les moins de 40 ans) et 47 % des dirigeants citent d'abord les compétences managériales, tandis que 44 % et 45 % évoquent respectivement les compétences de communication et de transformation organisationnelle.
  • 40 % des cadres privilégient désormais des formations à la journée et 27 % des formats de quelques heures, tandis que les formats longs sont en net recul (de 12 points).
  • 76 % des cadres et 88 % des dirigeants privilégient des contenus spécifiquement adaptés à leur activité.
  • 77 % des cadres se sentent capables de se former en autonomie sur certains sujets.
  • 89 % déclarent apprécier les formations avec un formateur.