Entretien avec Jean-Pierre Trotignon, professeur à Arts et métiers ParisTech et directeur exécutif du réseau N + i

Par - Le 01 juillet 2013.

“Formations concurrentielles, pourquoi pas ? Mais aussi quant
aux frais d’inscription”

Vouloir attirer plus d’étudiants étrangers, par l’anglais notamment, n’est-ce pas une forme de clientélisme ?

Oui, c’en est une, car des
formations, notamment en master,
dans cette langue, il en existe
partout dans le monde. Il ne s’agit
pas d’être contre des formations en
anglais. L’anglais est aujourd’hui
une langue internationale, surtout
dans le domaine des sciences.
Aujourd’hui, il n’y a rien d’original
à être titulaire d’un diplôme de
master et à parler anglais.

Pour quel objectif souhaite-t-on
attirer davantage d’étudiants ou de
stagiaires étrangers ? Aujourd’hui,
la formation des 250 000 étudiants
étrangers coûte à la France entre
1,5 et 2 milliards d’euros par an.
En Australie, par exemple, l’accueil
et la formation d’étrangers…
rapportent entre 6 à 8 milliards
d’euros de bénéfices, par an, au pays.
Il y a là une différence de philosophie en matière de
formation supérieure : une opposition entre une approche
“humaniste” et une approche “comptable”.

Compte tenu de l’effort financier que cela représente pour
le contribuable français, il est légitime de mesurer
les enjeux pour notre société et de revenir à la question
fondamentale : quels ingénieurs étrangers voulons-nous
former chez nous, et à quel prix ?

Si notre objectif est d’accueillir davantage d’étrangers
en formation par l’anglais, comme dans les autres pays,
alors faisons-le dans une démarche concurrentielle
internationale : des tarifs allant de 10 000 euros à
15 000 euros. Et utilisons cette entrée d’argent pour
former, en français, des étudiants et stagiaires qui veulent
faire l’effort de découvrir
notre culture et notre langue,
la francophonie. Les étudiants
et stagiaires étrangers ne
doivent pas venir en France
parce que le coût des
formations y est moins
élevé ! Ils doivent venir
parce qu’ils y trouvent des
formations d’excellence.

Allier concurrence et francophonie, comment est-ce
possible ?


Nous ne sommes pas contre des formations en anglais.
Qu’elles soient concurrentielles aux offres des pays
anglo-saxons, pour produire des diplômés comparables en
profil, pourquoi pas ? Mais qu’elles le soient aussi en frais
réels d’inscription. Nous devons proposer des formations
d’ambassadeurs de notre formation supérieure et de notre
culture, plus exigeantes, largement à la charge de la
France, comme un investissement dans son avenir.

Clairement, nous ne devons pas réduire une formation
de haut niveau à l’international à un résultat matériel
immédiat et à ce qu’il est possible d’acquérir, c’est-à-dire
un master et la langue anglaise. Une formation de ce type
et de ce niveau doit surtout permettre de compléter une
formation initiale par la découverte d’une autre langue,
d’un environnement de hautes technologies et aussi d’une
autre culture. Il nous faut donc former des ingénieurs qui
savent communiquer et se comprendre, bâtir ensemble un
monde plus solidaire, ce qui va bien au-delà de la stricte
maîtrise d’une langue commune, fut-elle l’anglais.

Depuis une quinzaine d’années, notre réseau met en avant
la “francophonie active”. Il développe des programmes
d’intégration culturelle, linguistique et méthodologique
pour aider les étudiants des meilleures Universités
étrangères à venir se former dans nos écoles. Nous avons
la conviction que la formation de ces élites, francophones,
futurs ambassadeurs du savoir-faire technologique
français, représente, pour notre pays, un formidable
défi pour l’avenir.

Propos recueillis par K. B.

Le RÉSEAU N + i

Créé en 1998, il fédère
60 grandes écoles françaises,
près de 2 500 étudiants et
stagiaires formés,
de 73 nationalités différentes

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