Faut-il faire de la maîtrise du français un a priori ?

Par - Le 01 juillet 2013.

Pierre Tapie, directeur général de l’Essec et qui
était jusque récemment président de la Conférence
des grandes écoles (CGE), rejette les
critiques faites aux écoles de commerce et de
management d’enfreindre la loi Toubon en proposant
des formations en anglais. “Les grandes
écoles proposent depuis très longtemps des
formations en anglais à leurs étudiants non
francophones. Cela relève de la logique, il est
inutile de s’adresser en français à des étudiants
qui ne maîtrisent pas cette langue”, explique-t-il.
Selon le directeur général de la célèbre école de
management, le débat sur la place de l’anglais “est
stérile”, car dans un monde globalisé, “dispenser
des formations en anglais coule de source”.
Et de poursuivre : “Le débat sur la possibilité
de former en des langues autres que le français
n’embrouille pas le multilinguisme porté par
la francophonie, qui a toujours son sens dans
la mesure où les formations sont dispensées
dans un environnement francophone. Il s’agit
d’aider nos étudiants à devenir bilingues, voire
plus.” Selon lui, la question n’est pas de “faire de
la maîtrise du français un a priori, mais une
condition pour l’obtention du diplôme”.

Attirer davantage de futurs décideurs

Même si le constat est que “la langue anglaise
est aujourd’hui parlée par 25 à 30 fois plus
de personnes sur la planète que le français”,
l’attractivité du système de formation français
ne passe pas que par le fait de proposer des formations
dans une langue ou une autre. “L’enjeu
est de savoir comment nous pouvons contribuer
efficacement à la formation des futures
élites mondiales”, plaide l’ancien président de
la CGE. Il insiste : c’est, aujourd’hui, “un enjeu
stratégique pour l’influence intellectuelle, économique,
linguistique de la France”. Aux yeux
de Pierre Tapie, les pays émergents, asiatiques,
sud-américains ou africains, ont d’immenses
besoins en formation qu’ils ne pourront satisfaire
par leurs ressources propres. La France doit leur
proposer une offre de formation diversifiée et
cohérente. C’est pourquoi la CGE propose de
former chaque année 50 000 étudiants supplémentaires
non originaires de l’Union européenne,
soit trois fois plus qu’aujourd’hui.

Les francophiles deviennent francophones

Il s’agit d’accueillir “des jeunes qui ont une réelle
envie de France, des francophiles pour qu’ils
deviennent des francophones”. Les “retombées”
seront considérables. Ces étudiants et stagiaires
deviennent “des ambassadeurs de la France et
du français auprès de leurs pays respectifs. Ils
sont des vecteurs de notre culture classique et
technologique. Ils gardent ensuite des réflexes
favorables à leur pays de formation et à ses
entreprises”. Dans ces conditions, l’important est
d’offrir à ces étudiants étrangers un environnement
législatif et réglementaire qui leur garantisse
de bonnes conditions d’accueil et d’insertion.

Accueillir en formation autant de personnes a
donc un effet positif sur la visibilité internationale
du dispositif de formation supérieur français. Et
conduit à repenser totalement la pédagogie et la
relation entre les formateurs et les apprenants.

LES 40 ANS DE LA CGE

Créée en 1973, la Conférence des grandes écoles (CGE)
est une association qui regroupe des organismes de
formation supérieure et de recherche français et
étrangers. Ce sont actuellement 216 grandes écoles,
dont 14 établissements étrangers. L’association, qui a
fêté ses 40 ans en juin, entend “promouvoir le rayonnement
de ses membres”, aussi bien en France qu’à l’étranger,
et faire évoluer en ce sens leurs offres de formation.
La CGE était présidée depuis juin 2009 par Pierre Tapie,
le directeur général du groupe Essec, qui avait succédé à
Christian Margaria, directeur de Télécom & Management
Sud Paris. Le 11 juin dernier, elle a élu président Philippe
Jamet, directeur de l’École nationale supérieure des
mines de Saint-Étienne.

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