La proximité avec les jeunes, arme pour prémunir de toute rupture du contrat d’apprentissage

Par - Le 01 septembre 2013.

Même si l’apprentissage est une voie de formation dont les vertus en termes d’insertion professionnelle sont reconnues, le risque de décrochage est loin d’être faible pour les jeunes apprentis. Par exemple, en Île-de-France (IdF), un contrat d’apprentissage sur quatre est rompu et “c’est un vrai problème”, reconnaît Delphine Pelade, directrice Unité développement à la direction de l’apprentissage et de l’emploi du Conseil régional.

De manière générale, plus les contrats sont longs et plus ils connaissent une rupture, ce qui vaut également pour les bas niveaux de qualification. L’apprentissage connaît aussi “un processus de sélection, identique à celui du marché du travail (inégalité hommes-femmes, jeunes des quartiers sensibles…)”.

Delphine Pelade s’exprimait à ce sujet le 4 juin dernier lors des “Réussites de l’apprentissage”, organisées par l’AFT-Iftim dans l’un de ses 44 centres de formation d’apprentis transport-logistique (CFATL), celui du Tremblay-sur-Mauldre (78).

Un taux de rupture particulièrement faible dans le transport

Elle a d’ailleurs souligné que “le transport est une des branches qui permet d’aller du niveau V au niveau I”, avant d’ajouter : “En région Île-de-France, nous notons un taux de rupture de contrat de l’ordre de 25 %, ce qui visiblement n’est pas le cas pour votre branche, puisque vous annoncez un taux oscillant de 3 à 6 % après période d’essai, ce qui laisse rêveur !”

À noter que les deux premiers mois de l’apprentissage sont considérés comme période d’essai, et à ce titre, le contrat peut être rompu par l’employeur ou par l’apprenti. Au-delà de la période d’essai, le contrat se poursuit jusqu’à son terme, sauf dans certains cas (résiliation possible à la seule initiative de l’apprenti en cas d’obtention du diplôme ou du titre préparé avant la fin du contrat, résiliation expresse des deux cosignataires, jugement du conseil de prud’hommes en cas de faute grave ou de manquements répétés de l’une des parties à ses obligations, inaptitude de l’apprenti à exercer le métier choisi).
En outre, rompre un contrat ne signifie pas toujours abandonner l’apprentissage. Souvent, et grâce aux efforts des CFA qui accompagnent l’apprenti dans la recherche d’une nouvelle entreprise, la rupture est suivie de la signature d’un nouveau contrat.

Beaucoup de candidats, mais peu d’entreprises

Par ailleurs, dans certaines filières de formation qui peinent à recruter, formation scolaire et formation en alternance peuvent être en concurrence. “Certaines académies ont instauré un système mixte (apprenti et élève) de telle sorte qu’un jeune accueilli dans une entreprise peut, s’il vient à rompre son contrat, poursuivre sa scolarité”, précise Joseph Samama, directeur du CFATL du Tremblay-sur-Mauldre. Selon lui, l’apprentissage est une voie de formation qui permet une intégration dans l’entreprise. Mais cela dépend du secteur d’activité, puisque “en mécanique auto et moto, nombreux sont les jeunes au chômage”. La question du recrutement est donc primordiale, dans la mesure où le taux de rupture est impacté par l’état du marché du travail, la concurrence entre les différentes
filières de formation… “Nous avons signé un partenariat avec la Chambre syndicale de déménagement. Beaucoup d’entreprises de ce secteur recherchent des jeunes, mais les entrées en apprentissage sont faibles, car le métier de déménageur est difficile et peu connu. De plus, les ruptures sont nombreuses, le taux oscille entre 25 et 40 %. Dans le secteur routier, il y a beaucoup de candidats mais peu d’entreprises. En ce qui concerne l’enseignement supérieur, il y a très peu de ruptures”, expose Joseph Samama.

Toujours être à l’écoute

Au sujet des causes mêmes des ruptures, il n’est pas toujours facile de les déterminer : “Certains jeunes se trompent de voie, d’autres font preuve d’indiscipline ou révèlent une inadéquation. D’autres encore ne s’en sortent pas sur le plan financier et abandonnent pour trouver un emploi. L’enjeu consiste donc à jouer la proximité avec les jeunes et être à l’écoute de leurs difficultés.” Le CFATL peut être amené à intervenir, en cas de difficulté financière d’un jeune, en prenant en charge la restauration et l’hébergement, ou en organisant des cours du soir en mécanique pour les jeunes qui risquent le décrochage.

“Nous avons également travailler sur les addictions et toute personne suspectée n’accède pas aux véhicules. Il faut aussi comprendre qu’au sein du CFA, les jeunes se retrouvent dans un contexte scolaire et il est nécessaire de leur donner le goût de l’engagement et de l’effort. L’enseignement est dilué dans la
pratique pour éviter tout ras-le-bol. De plus, nous devons leur inculquer un savoir-être en l’absence de repères. Conclusion, plus on investit en amont, plus cela se passe bien”, observe Joseph Samama.

“Homéopathie” ?

Pour Emmanuel Plicque, directeur régional Île-de-France chez Geodis Ciblex (société de transport) et parrain du CFATL, “le point fort est le tutorat dans la mesure où le jeune n’a pas de vision du milieu professionnel et doit être accompagné tout au long de son parcours”. Ajoutant : “Notre partenariat avec le CFATL est sensiblement tourné vers le jeune. L’apprentissage, c’est faire de l’homéopathie dans l’intégration des jeunes. Les premières semaines au sein de l’entreprise sont dédiées à l’éducation générale (attitude à adopter avec les collègues, avec les clients…). L’intégration s’effectue ensuite via le CFA. Tous nos apprentis sont recrutés sur tous les postes d’exploitation, à l’exception du poste de chauffeur qui fait l’objet d’une sous-traitance.”

Taux de réussite

Bernard Prolongeau, président délégué général de l’AFT-Iftim, a rappelé que “nos effectifs d’apprentis, répartis sur les 44 CFATL, sont passés de 2 400 en 2003 à 3 820 en 2012, soit une augmentation de 60 %”. À la rentrée 2012, “nous avons noté une augmentation de 6 % de nos effectifs totaux, ainsi qu’une augmentation de 9 % des effectifs de première année. Derrière ces chiffres, il y a des entreprises et des jeunes. Ces derniers, dont certains ont connu l’échec scolaire, connaissent pourtant un taux de réussite de 85 % au bac pro et de 90 % au CAP”, a-t-il fait valoir. Il est vrai que le CFATL met tout en oeuvre pour attirer les jeunes en leur proposant notamment d’intégrer des entreprises non loin de leur secteur d’habitation, de préparer un diplôme selon leurs attentes… alors même que dans “les textes”, les entreprises doivent trouver et un
apprenti et un CFA.

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