La question de la formation en anglais ne se pose pas seulement en France

Par - Le 01 juillet 2013.

“La possibilité de dispenser des formations en
anglais, dans le cadre d’accords avec des Universités
étrangères ou des programmes financés
par l’Union européenne, a suscité de vifs débats.

Nous abordons souvent la problématique de
former en anglais avec une vision très francofrançaise.
Pourtant, la question se pose dans
presque tous les pays de l’Union européenne !”,
observe Antoine Godbert. Il est le directeur de
l’agence Europe éducation-formation France
(2E2F), dont la mission est de promouvoir des
projets européens innovants dans le secteur de
l’éducation et de la formation professionnelle.

De l’“ouverture” à la généralisation

Il donne l’exemple de la Finlande, où l’on s’interroge
sur l’opportunité d’ouvrir… entièrement le
système d’enseignement et de formation à l’anglais.
Alors que “les classements internationaux
des établissements de formation de ce pays sont
des plus satisfaisants”.

C’est également le cas de la Suède, où l’usage de
l’anglais en formation est de fait généralisé, allant
au bout de la logique : seulement une thèse universitaire
publiée sur dix est rédigée en suédois.

Au point d’inquiéter les plus hautes autorités. En
2009, il a été nécessaire d’adopter une loi pour
affirmer que le suédois reste “la langue principale”
dans ce pays de neuf millions d’habitants.
Aux côtés d’une langue anglaise, dont la maîtrise
est une évidence pour les Suédois.

Actuellement, former en anglais constitue un
attrait pour les programmes d’échange de jeunes
en Europe, indique Antoine Godbert. Dans le
cadre du programme Erasmus, par exemple,
certains jeunes, qui ne peuvent pas se payer des
formations au Royaume-Uni ou en Autriche,
choisissent d’aller en Pologne ou en Suède pour
se former parce que des actions en anglais y sont
proposées.

Le “multilinguisme” ne consiste pas à parler anglais

Dans une situation de mondialisation, l’usage de
l’anglais paraît à tous soit souhaitable, soit inévitable.
Cependant, rappelle le directeur de l’agence
2E2F, “le multilinguisme est une dimension
essentielle de la réussite de nos programmes”.

Car, de façon générale, “avoir la possibilité de
former dans plusieurs langues constitue un élément
d’attractivité, souligne-t-il. Plus nous
pourrons proposer des formations dans des langues
diversifiées, plus la création de nos réseaux
de recherche scientifique et d’échanges sera
facilitée”.

Pour Antoine Godbert, il aurait été souhaitable et
utile que la réflexion et les efforts en France soient
portés sur la question de l’usage du français dans
les Universités ou organismes étrangers. Comme
c’est le cas dans les pays de l’Europe orientale,
notamment en Roumanie, où “l’Institut français
fait un travail remarquable de rayonnement de
notre langue”.

Ainsi donc, “opposer l’anglais au français est
spécieux. L’enjeu est de défendre le français comme
langue de formation et de recherche dans les autres
pays”. Car de nombreux pays refusent précisément
de tomber dans le “tout en anglais”.

“À nous de faire en sorte qu’il existe
une offre en français”


Dans tous les cas, “il y a une vision archaïque
qui consiste à croire que le processus de Bologne
a harmonisé les systèmes d’enseignement et de
formation” en faveur de l’anglais. Le “processus
de Bologne” vise un rapprochement de ces
systèmes pour en améliorer la qualité. Il facilite
la mise en place de réseaux et la possibilité
d’échanges au sein de l’Europe de l’enseignement
et de la formation. “Il n’est pas dit que cet espace
commun de l’enseignement supérieur européen
doit être anglo-centré ! À nous de faire en sorte
qu’il existe une offre en français dans d’autres
pays. Ainsi, certains des jeunes, encouragés
par les effets positifs du processus de Bologne,
pourront suivre des formations aussi bien dans
leur langue vernaculaire qu’en anglais, en français
ou en allemand.” Quel que soit le pays, il
est donc important d’intéresser les jeunes aux
langues étrangères.

“La question de la place de l’anglais dans la formation
ne doit pas être traitée au simple niveau
franco-français. Elle doit être évoquée et analysée
au plan européen, en la mettant en lien avec
ce qui se passe dans les autres États européens.
Cela permettrait de s’inspirer des solutions mises
en place ici et là”, conseille Antoine Golbert.

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