Partir à la conquête des jeunes, tel est le credo du CFA Promotrans

Par - Le 01 septembre 2013.

Les jeunes en situation de décrochage ne constituent pas un groupe spécifique et homogène. Selon de nombreux acteurs, la prévention est une des clés de l’action. Une grande attention doit être portée très tôt aux symptômes de désengagement du jeune vis-à-vis de sa formation (absentéisme, présence dans l’établissement en évitant les cours, conduites d’échec, agressivité…). Directeur du CFA Promotrans Île-de-France (transports,
logistique et maintenance), Daniel Petit partage cette idée et cite, à ce titre, le dispositif d’accès à
l’apprentissage (DAA) de la Région IdF qui permet de réduire la rupture d’un contrat d’apprentissage, notamment pendant la période d’essai (de deux mois).

Un sas préparatoire

En Île-de-France, le groupe Promotrans compte quatre sites (Vitry-sur-Seine, Meaux, Gonesse, Saint-Denis) qui accueillent 300 apprentis. “Pour la période 2011-2012, le taux de rupture de notre CFA atteint, hors période d’essai, 11 % contre 12 % en 2010-2011 et 15 % en 2009-2010. En outre, le taux de rupture moyen en Île-de-France s’établit à 14 %”, souligne Daniel Petit. “Le DAA, mis en oeuvre en 1995 par la Région, poursuit-il, constitue une passerelle ou un sas préparatoire pour un jeune d’une durée de trois mois. Cela lui permet de découvrir, hors contrat d’apprentissage, le monde de l’entreprise et d’y être préparé au sein de notre CFA (entretien d’embauche simulé, entretien par téléphone, rédaction du CV, lettre de motivation technique de recherche d’emploi…). Chaque jeune y apprend à se vendre auprès d’une entreprise, particulièrement pour signer avec cette dernière son contrat d’apprentissage (en mettant en avant les avantages financiers liés à l’embauche d’un apprenti auprès des petites entreprises, par exemple). Dans ce cadre, les jeunes sont stagiaires de la formation professionnelle, avec la possibilité de signer leur contrat d’apprentissage pendant cette période.” La rupture d’un contrat d’apprentissage pendant la période d’essai peut en effet faire perdre une année à un jeune. Daniel Petit tient à préciser que “notre aide au pré-recrutement d’un apprenti pour le compte d’une entreprise s’effectue à titre gratuit”, montrant par là son total désaccord avec “la démarche de certaines agences d’intérim qui proposent ce service contre rémunération”.

Compenser l’orientation par l’échec scolaire

Toujours en amont du contrat lui-même, il faut
noter que le CFA doit partir à la conquête des jeunes “et aller les chercher avec l’aide des Missions locales, des développeurs territoriaux chargés de l’apprentissage, Pôle emploi, l’École de la deuxième chance…”.

“Nous participons également aux forums de l’emploi dans le cadre des Points information jeunesse, et nous sommes présents sur les plateformes de décrochage scolaire mises en place par l’Éducation nationale. L’apprentissage peut constituer une solution pour les jeunes qui attendent du concret”, expose Daniel Petit.

En cas d’échec scolaire de certains élèves d’un lycée professionnel par exemple, il n’est pas rare qu’un proviseur présente au CFA deux ou trois jeunes. “Nous leur expliquons en quoi consiste nos métiers. Récemment, un jeune du lycée d’Aubervilliers est entré en première année bac pro logistique à Gonesse. Lui aussi a bénéficié d’un sas préparatoire, mais de quinze jours, avant de signer son contrat d’apprentissage”, fait valoir le directeur du CFA. Certains jeunes en échec scolaire après la classe de troisième du collège ou âgés de 15 ans peuvent bénéficier du dispositif d’initiation aux métiers en alternance (Dima) de l’Éducation nationale. “Dans ce cas, le jeune conserve son statut scolaire et se présente au CFA pour confirmer son choix d’orientation. En ce moment, six jeunes sont à Gonesse pour connaître nos métiers. Les entrées ont généralement lieu en septembre/novembre, puis de janvier à mars, les jeunes doivent retenir deux métiers avant d’entrer en stage dans une entreprise d’accueil fin mars”, commente Daniel Petit.

Les “valeurs d’autorité”…

Par ailleurs, dans les premiers mois du contrat d’apprentissage, le CFA Promotrans se déplace au sein des entreprises pour vérifier si les conditions de bon déroulement des stages sont bien réunies, toujours pour éviter toute rupture. “Outre les facteurs familiaux et les différences culturelles qui entrent en jeu dans la rupture, il faut se rappeler que le jeune n’a pas forcément intégré tous les codes de l’entreprise. Dans l’apprentissage, le gros problème pour un jeune est d’intégrer les valeurs d’autorité. S’il refuse ou s’il ne peut pas le faire, alors l’apprentissage ne peut pas bien se dérouler”, soutient Daniel Petit.

En cas de rupture du contrat quelques mois avant l’examen d’obtention du diplôme, le jeune n’est pas “lâché dans la nature” mais dirigé vers le cycle aménagé d’apprentissage, autre dispositif de la Région IdF. “Cela lui permet de passer sous statut de stagiaire de la formation professionnelle, de rester au sein de notre CFA et d’effectuer des stages dans une ou plusieurs entreprises différentes, avec la possibilité de passer son examen final.”

Coordination avec l’Éducation nationale

Cependant, Daniel Petit déplore que l’orientation vers l’apprentissage, donc vers les CFA, pour les niveaux IV et V reste une “orientation par l’échec et par défaut”. En ligne de mire, le système Affelnet (affectation des élèves sur le net) de l’Éducation nationale, sur lequel “il n’y a aucune référence aux CFA, ce qui a pour conséquence au final de retrouver les décrocheurs dans nos CFA”, dénonce Daniel Petit.

Explication : “Chaque année, à la mi-mai, tous les élèves de troisième doivent lister par ordre de préférence le lycée − général, technologique ou professionnel − où ils veulent aller à la rentrée. Les collégiens qui ont demandé un lycée professionnel et qui n’ont pas obtenu satisfaction, faute de places par exemple, peuvent se retrouver dans un lycée et une section qu’ils n’ont pas choisis. C’est dommage, d’autant plus que nous pouvons les accueillir dans les CFA, mais l’Éducation nationale ne recherche pas les places disponibles chez nous et à proximité des établissements retenus dans un premier temps par les collégiens. Elle entend garder ses effectifs à temps plein et éviter l’alternance.”

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