Questions à Morgan Marietti, président de l’Anaf (Association nationale des apprentis de France)

Par - Le 01 septembre 2013.

“Il faut que les jeunes en apprentissage soient accompagnés avant et pendant leur formation”

Comment lutter contre les ruptures de contrats d’apprentissage ?

Plusieurs études montrent que les ruptures proviennent souvent d’un problème de posture du jeune en formation. En effet, nombre d’entre eux restent dans une attitude attentiste et ne vont pas au-delà de l’exigence de leur maître d’apprentissage, ce qui peut donner l’impression à celui-ci qu’ils ne sont pas intéressés. Le professionnel va alors cantonner son apprenti à des missions simples, ce qui nuira à sa motivation. Notre objectif est d’apprendre aux jeunes à être proactifs, à comprendre les besoins de leur employeur, à lui montrer qu’il peut évoluer !

Que fait l’Anaf pour atteindre cet objectif ?

Nous avons notamment mis en place une méthode, complémentaire du dispositif “Qualité de l’alternance” de la Région Île-de-France, qui consiste à travailler en amont avec un groupe de jeunes apprentis, dans le cadre d’ateliers. Dès le début de leur parcours, nous leur apprenons à contacter des professionnels par téléphone pour se renseigner sur leurs besoins. Cela leur permet notamment d’articuler dès leurs premières recherches d’entreprise, le contenu de leur formation avec les missions recherchées en entreprise.
Les bénéfices de ces ateliers sont multiples : le jeune découvre souvent avec étonnement que les professionnels acceptent de répondre à ses questions. Il apprend de nouvelles choses, et cela lui donne envie de poursuivre l’apprentissage. C’est une posture proactive qu’il garde par la suite et qui permet de réduire le nombre de ruptures de contrats. En cessant d’être passif, non seulement l’apprenti trouvera plus facilement une entreprise d’accueil, mais il y obtiendra plus facilement des missions formatrices, et donc plus motivantes. Nous travaillons actuellement avec le CFA Ima 95 (Val-d’Oise) [métiers de l’artisanat], le CFA Delépine (Paris) [électricité et électrotechnique] et le CFA du Cnam.

Comment ces ateliers sont-ils financés ?

Pour ce dispositif, 40 % du budget prévisionnel sur 2013 vient de la Région Île-de-France, 2 % de nos adhésions, le reste étant financé par le biais de prestations facturées par l’Anaf. Pour le moment, ces ateliers de l’Anaf ne se tiennent qu’en région Île-de-France. Nous aimerions l’étendre à d’autres régions.
Un accompagnement après le contrat d’apprentissage peut-il également constituer une piste de travail ?
De nombreuses grandes entreprises respectent leur quota de 5 % d’alternants parmi leurs effectifs, cependant, elles n’ont pas forcément la possibilité de tous les recruter à l’issue de leur contrat. C’est pourquoi l’Anaf est partenaire de plusieurs entreprises et organisations, notamment Air France, Sanofi, Thales, le Leem (Les entreprises du médicament)… L’idée est de travailler ensemble pour que les apprentis qui ne sont pas recrutés puissent être mis en rapport avec les PME sous-traitantes de ces entreprises. C’est quelque chose de motivant pour un jeune de savoir que son entreprise s’occupe de son avenir et peut l’aider à trouver un emploi !

Une réforme de la formation est en cours d’élaboration, que préconisez-vous pour limiter les ruptures ?

Il est urgent d’arrêter de mettre en place des mesures qui coûtent de l’argent à la collectivité et ne sont pas efficaces. Il faut que les jeunes en apprentissage soient accompagnés avant et pendant leur formation, ainsi que les maîtres d’apprentissage. Si cette question n’est pas traitée, on ne parviendra jamais à l’objectif de 500 000 apprentis souhaité par le gouvernement ! On peut citer aussi le problème de l’orientation, et de la tendance de notre système actuel à vouloir mettre le plus de jeunes possible au lycée, même lorsque c’est une solution qui ne convient pas. Il y a aussi la politique qui consiste à mettre les élèves en difficulté dans les formations en apprentissage où… il reste des places, sans tenir compte de leurs souhaits !

Une représentation accrue des apprentis dans les CFA, ou dans les collectivités territoriales peut-elle aider les apprentis à faire valoir leurs besoins et participer à résorber le taux de ruptures ?

En effet, de la même manière que des lycéens sont représentés dans les conseils de vie lycéenne, les apprentis doivent avoir le droit à une représentativité dans leur centre de formation. Dans les régions, c’est la même chose : certains Conseils régionaux convient des apprentis dans leurs différents conseils, mais cela reste sur la base du volontariat. Nous voulons des vrais élections institutionnalisées dans les régions… Sans parler d’une représentation dans les entreprises ou à l’échelle nationale !
On parle toujours beaucoup de nous, mais nous ne sommes jamais autour de la table ! Pour moi, ce serait impensable que l’Anaf ne soit pas représentée lors des discussions sur l’alternance qui vont démarrer en septembre dans le cadre de la future réforme !

Propos recueillis par A. G.

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