Former les conseillers chargés d’accompagner les bénéficiaires

Par - Le 01 août 2014.

La mise en place de prestations de conseil en
évolution professionnelle suppose de former
les conseillers chargés d’accompagner les bénéficiaires
dans la définition de leur stratégie
professionnelle. Les compétences à acquérir
sont multiples, notamment pour soutenir dans
toutes les phases d’élaboration de leurs projets
des publics très différents.

Il faut aussi connaître les ressources en débouchés
d’emplois d’un territoire, la carte de son
offre en formation… Si le développement de
ce nouveau service se fera sous l’égide du service
public régional de l’orientation, ce dernier
s’appuiera notamment sur le Carif-Oref pour la
photographie des besoins et ressources en formation
et emploi d’un territoire. Des données
qui permettront de former les conseillers en
évolution professionnelle.

Exemple en Pays de la Loire…

Dans de nombreux bassins d’emploi, il s’agit
de créer de fait un nouveau métier, tandis que
d’autres territoires ont initié des expérimentations
de CEP, à l’instar des Pays de la Loire, qui a généralisé
en 2013 une expérience débutée en 2010.
“Chaque année, 170 000 personnes changent de
métier et 35 000 d’entreprise. Les carrières linéaires
sont de plus en plus rares et la mobilité est subie
bien souvent, surtout pour les personnes faiblement
qualifiées. Par ailleurs, nos bassins d’emploi sont en
mutation profonde, avec des besoins qui émergent
sur de nouvelles compétences. C’est dans ce cadre
que nous avons initié une expérience de conseiller en
évolution professionnelle”, explique Jean-Philippe
Magnen, vice-président du Conseil régional
des Pays de la Loire, en charge de la formation
professionnelle.

Depuis 2010, cette collectivité y a consacré un
budget de 760 000 euros, tandis que le Fongecif
abonde de 10 % ce budget et assure l’animation
du réseau sur les 10 bassins d’emploi sélectionnés
(Grand Saumurois, Haute-Mayenne, Sud
Vendée, Angers, Pays du Mans, etc.). Près de
700 salariés ont bénéficié de cette opération qui
repose sur un entretien initial d’une quinzaine de
minutes, puis d’autres de 45 minutes pour faire
un état des lieux de ses compétences et de ses possibilités
d’évolution par la formation.

… et en Bourgogne

“Nous avons également mis en place une expérimentation
de ce type depuis quelques mois, explique
Fadila Khattabi, la vice-présidente du Conseil
régional de Bourgogne. Les prestations sont cantonnées
au conseil, tandis que la loi étend son champ
d’action jusqu’à la prescription de formation et aux
demandeurs d’emploi. En quelques mois, près de
800 personnes ont été accompagnées dans le cadre
de la sécurisation des parcours professionnels. Nous
avions axé cette opération sur le secteur privé, mais
nous avons eu beaucoup de demandes émanant de la
fonction publique, de gendarmes, de personnel hospitalier…”
L’expérimentation confiée au Carif-Oref
bourguignon visait à accompagner les opérateurs
de la VAE. Pour ce faire, les conseillers en évolution
professionnelle ont bénéficié de dix jours
d’analyse des pratiques, animés par un praticien
chercheur. “Un cursus qui a permis aux conseillers
d’acquérir la connaissance des partenaires, des ressources
et supports nécessaire à leurs missions”, poursuit
Fadila Khattabi.

Les contours de poste
des futurs conseillers


D’autres Régions ont initié des programmes de
formation de un à cinq jours pour les professionnels
de l’information et de l’orientation (Pôle emploi,
Missions locales, Cap emploi, etc.), afin qu’ils
développent une culture de travail commune, et
appréhendent l’offre et les besoins de leur territoire
en formation et compétences. Bien souvent, l’objet,
pour les structures de conseil et d’orientation,
est également de développer une approche de prise
en charge individuelle, plutôt qu’axée sur un statut.
Des expérimentations locales, mais dont les retours
d’expériences permettront d’ébaucher les contours
de poste des futurs conseillers en évolutions
professionnelle.

CARIF “À TOUS LES ÉTAGES”

Invitée aux rencontres interrégionales, Pascale Gérard, présidente de la commission formation de l’Association des Régions
de France (ARF), a rappelé “la nécessaire présence du réseau des Carif-Oref au plan institutionnel, celui du Cnefop (Conseil
national de l’emploi, de la formation et de l’orientation professionnelles). Cependant, un impératif reste à trouver : celui d’un
fonctionnement idoine au niveau du Crefop (Comité régional)”.

Pascale Gérard a également évoqué le CEP, qui “doit être au service de ce qui est nouveau, c’est-à-dire sortir d’une
perspective « médicale » − quand nous parlons de « prescrire » une formation à une personne, suite à un diagnostic − pour
arriver à une co-construction d’un projet”. Dans cette perspective, “les Carif-Oref sont à tous les étages de cette réforme”.

L’appui à l’évaluation assuré par les Oref “sera déterminant pour éviter une prédominance des observatoires des branches
professionnelles”. Le croisement branches-territoires est le défi à relever. “Nous aurons aussi besoin d’une expertise des Oref
pour éviter d’être coincés entre les listes des formations nationales et régionales (celles élaborées par les Comités paritaires
interprofessionnels régionaux pour l’emploi et la formation – Coparef) éligibles au CPF.”

Et de conclure : “Nos structures ont de beaux jours devant elles. La formation est un enjeu de promotion des personnes, de
développement humain, et un investissement pour la compétitivité des entreprises et des territoires. Même si nous n’avons
pas toute la visibilité sur la réforme, la période est exaltante.”

QUESTIONS À FADILA KHATTABI, VICE-PRÉSIDENTE
DU CONSEIL RÉGIONAL DE BOURGOGNE,

“La loi renforce le rôle des Carif-Oref,
mais ne modifie pas leurs missions”

Quel regard portez-vous sur la
réforme, pour l’élaboration des
politiques régionales ?


Il reste encore beaucoup d’interrogations,
dans la mesure où les décrets ne sont à ce
jour [le 4 juillet] pas publiés. C’est le cas
notamment pour l’implication des Carif-
Oref, qui vont tenir un rôle d’animateur et
de centre ressources pour toutes les actions
qui seront développées dans le champ de la
professionnalisation.

Quel sera leur rôle dans l’élaboration
d’actions de gestion prévisionnelle
des emplois et des compétences territoriales ?


Il faut dissocier les différentes politiques mises en oeuvre comme la GPEC territoriale
des Carif-Oref. Ces derniers sont des outils et la question qui se pose est celle de
leur place avec les évolutions induites par la réforme. Cette dernière les positionne
comme des centres de ressource à disposition des territoires et du dialogue social au
sein des quadripartites régionales, qui permettront à tous les acteurs de la formation
professionnelle d’élaborer une politique complémentaire et définie en fonction des
besoins spécifiques du territoire. La loi renforce ce rôle des Carif-Oref, mais ne modifie
pas leurs missions.

Comment travaillez-vous aujourd’hui avec le Carif-Oref ?

Nous avons développé le C2R [Centre régional de ressources], le Carif-Oref bourguignon,
voici quatorze ans, pour disposer d’indicateurs pour élaborer nos politiques en matière
d’emploi et de formation. C’est par exemple sur la base des ressources qu’ils nous
fournissent que nous élaborons les “contrats d’appui à la performance économique et à
l’évolution des compétences”, les Capecos. Cela donne lieu parfois à des tiraillements
avec la Direccte, mais ils permettent pour ces contrats élaborés avec l’État et les acteurs
du dialogue social d’une branche, d’avoir une vision précise de l’offre de formation et de
disposer d’éléments d’analyse sectorielle sur le territoire.

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