Isabelle Gaudron

Par - Le 01 février 2014.

C’est une discipline vivante, avec des évolutions
perpétuelles

Vice-présidente de Région, c’est
un “métier” ?


C’est une fonction élective mais qui exige
de nous d’avoir une compréhension et une
perception d’un domaine très complet, et
nous amène à être dans une logique proche
d’un métier. C’est une fonction à temps plein.
Il faut se former, apprendre, développer
des compétences. C’est nécessaire pour
appréhender dans de bonnes conditions ce
domaine très technique et être capable d’aller
dans le détail. Pour autant, si j’essaye de
comprendre les aspects techniques, je ne
suis pas une technicienne ! On ne fait jamais
rien en direct, on travaille avec de nombreux
partenaires, ce qui signifie que nous passons
beaucoup de temps en réunion et sur le
terrain pour voir ceux qui sont au bout de la
chaîne, directement concernés, c’est-à-dire
les stagiaires en formation. Je me nourris
beaucoup des rencontres que je fais, y compris
à partir de discussions informelles. J’ai
besoin de connaître précisément le contour
des dossiers pour être vraiment active. Je
pense qu’on est là pour proposer des choses,
bousculer des habitudes, pour faire mieux.

Comment devient-on vice-présidente en
charge de la FPC ?


J’ai une formation juridique mais j’ai abordé
le sujet de la formation professionnelle par de
nombreux biais. C’est un sujet qui m’intéresse,
très transversal, qui touche à la fois le
champ économique, culturel et social. J’avais
expressément demandé cette délégation au
président et je lui suis reconnaissante de me
l’avoir confiée. Lorsqu’un président est élu,
il doit faire un casting avec de nombreuses
contraintes, de savants dosages. Pour autant,
on ne peut pas être dans une simple posture
politique. Je n’ai pas forcément un avis
tranché sur tout. J’essaie de comprendre et de
déterminer ce qui est faisable et d’y placer nos
exigences politiques.

Quel est votre rôle sur le budget qui vous
est alloué et les actions que vous menez ?


Il y a une négociation annuelle du budget avec
une lettre de cadrage. Mon rôle est de voir
quelles actions on peut supprimer, baisser,
augmenter ou créer. C’est une discipline
vivante, avec des évolutions perpétuelles. Le
budget est au service d’une politique, ce qui
signifie que l’on doit faire des arbitrages et,
forcément, on ne satisfait pas tout le monde.
Il faut être dans l’évaluation de nos politiques
publiques par rapport aux sommes engagées.
Nous devons systématiquement nous interroger
sur le bénéfice des personnes concernées.
Lorsqu’on doit prendre une décision, il faut en
comprendre les enjeux financiers et humains.
Je suis convaincue que l’action publique doit
être comprise, partagée et faisable. Ce que je
recherche, c’est l’efficience. Est-ce pertinent ou
pas d’aller dans telle direction ?

Quel bilan tirez-vous des actions passées
et en cours ?


Nous avons fait un gros travail sur la formation
des formateurs, afin qu’ils puissent eux aussi
évoluer professionnellement. Je suis fière
des “Fonds réActifs” emploi-formation. Il faut
mettre le plus souvent possible en adéquation
les demandes des entreprises qui ont des
emplois et celles des demandeurs d’emploi. Il
faut aussi être à l’écoute des branches, c’est
indispensable. Une autre réussite : la politique
autour des “visas” qui connaît de nombreuses
déclinaisons. Plus de 200 000 personnes ont
suivi ce parcours. Elles ont retrouvé l’envie
par la remise en mouvement, par la création
d’une dynamique. Elles se projettent à nouveau
dans l’avenir, se mettent dans une perspective
positive. Je suis également fière des fonds
d’innovation pédagogique qui existent depuis
deux ans et dont l’objet est de faire de la R&D
en matière pédagogique. D’ores et déjà, nous
constatons de belles retombées. L’enjeu est
de former de mieux en mieux, en revisitant
les méthodes existantes. Aujourd’hui, la
formation professionnelle doit s’articuler autour
du numérique, de l’individualisation et de la
modularisation. C’est autour de ces thèmes que
l’on peut créer une belle dynamique. L’innovation
pédagogique et la modularisation permettent
de faire mieux avec les mêmes moyens. Nous
demandons aux uns et aux autres de revoir les
fonctionnements. L’argent public est précieux,
c’est une vraie responsabilité de le gérer, de
dépenser à bon escient. Par cette mission, je
ressens tout l’enjeu sociétal et économique.

La réforme de la formation professionnelle
est en discussion. Quel est votre sentiment
sur ses enjeux ?


Je suis assez confiante. Le compte personnel
de formation devrait tout bouleverser mais je
crois que les organismes de formation seront
vite prêts. Cette loi arrive après une année
de négociations. Il était très important de
valider par la loi tout ce qui était faisable. Il est
important que les partenaires sociaux, l’État et
les Régions continuent à travailler ensemble,
dans le même sens. Pour moi, l’un des enjeux
est de faire le lien avec les personnes les plus
éloignées de l’emploi. Un autre, non moins
important, est de permettre à des personnes qui
ne se forment pas, qui n’ont parfois eu aucune
heure de formation dans leur carrière, de se
mettre dans cette nouvelle dynamique. J’espère
surtout que l’on pourra faire bouger les lignes !

Propos recueillis par C. P.

Centre Inffo vous conseille également