« En Europe, la participation à la formation professionnelle doit faire de sérieux progrès » (Glenda Quintini, économiste à l’OCDE)

Rédigé par . Publié le 14 décembre 2018. Mis à jour le 14 décembre 2018.

Le Centre d’études de l’emploi et du travail (CEET) du Cnam organisait jeudi 13 décembre une conférence sur la formation professionnelle. Outre un focus sur les Opca et sur les enjeux de la formation dans la trajectoire professionnelle des actifs, le débat s’est porté sur une comparaison internationale entre les systèmes de formation professionnelle. Glenda Quintini, économiste spécialisée dans le marché du travail à la direction de l’emploi de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économique) confirmait que les demandes de compétences évoluaient, globalement, de la même façon au sein des 30 démocraties de marché membres de l’organisme.
Révolution numérique

« On note une forte demande des emplois très qualifiés dopée par la révolution numérique. Les métiers peu qualifiés progressent légèrement alors que la demande pour des emplois moyennement qualifiés décroche. Bref, une forte polarisation des emplois », analyse-t-elle soulignant, graphique à l’appui, les risques d’automatisation d’un grand nombre d’emplois dans les quinze prochaines années. « Au-delà de 70 % de risque, les gens doivent impérativement se former ». Selon l’économiste, les études de l’OCDE révèlent un déficit de compétences assez inquiétant parmi les adultes (écrit, calcul). « De nombreux adultes peinent à utiliser les nouvelles technologies. 16 % d’entre eux ne possèdent aucune compétence numérique. Ce déséquilibre est préjudiciable à la compétitivité des pays concernés », a-t-elle pointé.
Progrès

Bien entendu, la formation professionnelle continue à jouer un rôle majeur pour s’attaquer à ces déséquilibres. À condition d’optimiser les systèmes concernés. « En Europe, si la participation des gens à la formation professionnelle augmente, de sérieux progrès restent à effectuer. À côté des bons élèves que sont les Pays-Bas ou la Norvège, la France plafonne à un taux de 40 %. En outre, au sein des pays les inégalités demeurent importantes. Ce sont souvent ceux qui en bénéficient qui en ont le moins besoin : les jeunes, les gens en emploi, et ceux qui travaillent pour de grandes entreprises », explique la chercheuse qui souligne l’importance de bien communiquer à l’intention des publics faiblement formés (ce que réussit fort bien le Portugal) mais aussi de leur démontrer l’utilité de ce type de formation. « 80 % des gens qui ne se forment pas déclarent ne pas en avoir envie » souligne-t-elle.
Marché du travail

Selon Glenda Quintini, les États doivent mettre en place des politiques de formation professionnelle inclusives en ciblant des populations, à l’instar du gouvernement néerlandais auprès des plus de 45 ans ou du gouvernement thaïlandais à l’intention des femmes inactives pour les inciter à intégrer le secteur des hautes technologies. « Les politiques menées doivent se montrer davantage en adéquation avec les besoins des marchés du travail. Il faut donc récolter les informations pertinentes sur les besoins de compétences, orienter le choix de formation des adultes mais aussi limiter les options de formation lorsque c’est nécessaire. », analyse l’économiste.

Extraits : Le Quotidien de la Formation, 14 décembre 2018

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