Le Pic doit se traduire par 2 millions de « success stories » (Estelle Sauvat, haut-commissaire à la transformation des compétences)

Par - Le 08 juin 2018.

Estelle Sauvat, nommée en novembre 2017 haut-commissaire à la transformation des compétences auprès de Muriel Pénicaud, ministre du Travail, est chargée de la mise en œuvre du Plan d’investissement dans les compétences, un effort inédit de 15 milliards d’euros pour former deux millions de jeunes et demandeurs d’emploi sans diplôme, à travers des parcours personnalisés, adaptés à chacun. Elle a accordé une interview à Centre Inffo, dont nous publions de larges extraits dans le Quotidien de la formation. L’intégralité de cet entretien sera publié dans ’’Inffo Formation’’ daté du 15 juin 2018.

Centre Inffo – L’ambition du Plan d’investissement dans les compétences (Pic) est de financer la formation d’un million de demandeurs d’emploi peu qualifiés et d’un million de jeunes éloignés du marché du travail, d’ici 2022. Quelle est sa philosophie générale ?

Estelle Sauvat – Le Plan d’investissement dans les compétences doit se traduire par deux millions de success stories ! Ce plan d’une ampleur inédite, et d’un genre nouveau, encourage l’émergence de nouvelles façons d’agir et de se former. Dans un contexte d’embellie conjoncturelle, les entreprises sont en quête de compétences dans tous les secteurs. Ce Plan d’investissement est un moyen formidable d’offrir une perspective et un avenir à des millions de Français, en leur donnant l’opportunité de se former aux métiers d’aujourd’hui et de demain.

En formant un million de jeunes et un million de demandeurs d’emploi peu qualifiés en cinq ans, notre enjeu est de construire une société des compétences plus inclusive et plus compétitive pour les entreprises. Ne laisser personne au bord de la route. À l’heure où les transformations bouleversent à un rythme accéléré le monde du travail, transformations numériques et écologiques notamment, nous souhaitons encourager les expérimentations pour réinventer les modalités de montées en compétences et d’accès à l’emploi plus efficaces et plus rapides pour les personnes les plus vulnérables. Dans une logique de R&D sociale à grande échelle, ce plan permet de changer d’échelle !

Centre Inffo – À travers de nouvelles approches pédagogiques ?

Estelle Sauvat – De formations professionnelles permettant l’accès au numérique pour tous, à l’intégration systématique de modules de formations sur le développement des compétences relationnelles (soft skills) particulièrement recherchées par les entreprises, nous investissons également dans de nombreux programmes de formation proposant des approches pédagogiques plus adaptées aux personnes n’ayant pas envie spontanément de revenir sur les bancs de l’école.

Nous souhaitons renforcer les approches non scolaires, les apprentissages par le « faire », basées sur les compétences vocationnelles, intégrant chaque fois que nécessaire le digital. Ces nouvelles approches ont l’avantage de renforcer une intégration avec le monde du travail, en phase avec ses réalités en évolution rapide.

Toutes ces expérimentations seront évaluées et partagées pour faire progresser l’ensemble du système de formation professionnelle, tout en cherchant à déverrouiller certains freins ou complexités, pour rendre plus optimal la mise en œuvre de ce Plan d’investissement.

Centre Inffo – Un exemple de déverrouillage à venir ?

Estelle Sauvat – Qu’ils soient inscrits ou pas comme demandeurs d’emploi, les jeunes suivis par les Missions locales devront pouvoir accéder à une formation financée ou cofinancée par l’État. Ce n’est pas le cas aujourd’hui. Tous les marchés financés par le Plan d’investissement devront alléger ou lever les freins administratifs. Voici un exemple de « levée de verrous » nécessaire auquel le Haut-Commissariat à la transformation des compétences œuvre pour sécuriser et dynamiser l’accès en formation de tous les jeunes, et non exclusivement ceux inscrits à Pôle emploi.

Centre Inffo – Quelle est la finalité de l’appel à projets lancé par le ministère du Travail à destination des branches professionnelles, en avril ?

Estelle Sauvat : Ce programme fait partie des onze lancés depuis début janvier. L’objectif est d’accompagner les branches dans leurs études prospectives des compétences et des métiers, avec un focus sur les métiers du numérique et de la transition écologique.

Ce sera l’occasion d’investir sur des approches différentes, pouvant déboucher sur de nouveaux outillages. Inscrite dans une logique de transformation, cette démarche vise à faire émerger des approches plus agiles, s’appuyant sur la logique de blocs de compétences. Il s’agit de mieux répondre aux nouveaux besoins en compétences des entreprises. Sont attendues, entre autres, des approches opérationnelles susceptibles de contribuer au financement de la mobilité des personnes dans les métiers qui disparaissent.

Les réponses sont attendues pour la fin juin, il est donc encore trop tôt pour en dresser un bilan exhaustif. Mais, d’ores et déjà, un certain nombre de branches ont exprimé leur intérêt, tels que le secteur du recyclage ou du bâtiment, dans un contexte de recherche de compétences émergentes ou complémentaires, pour répondre aux nouvelles exigences environnementales en lien avec la transition écologique à l’œuvre.

Centre Inffo vous conseille également

Publicité
Keytoform