Ugo Douard, directeur du développement de l’Afpa.
Le contrat de professionnalisation est-il condamné à “mourir à petit feu" ?
La forte diminution du nombre de contrats de professionnalisation pose aujourd'hui la question de la pérennité de cette voie de l'alternance. Comment les acteurs de la formation et de l'emploi envisagent-ils son avenir ?
Par Raphaëlle Pienne - Le 05 juin 2026.
Le contrat de professionnalisation, ou “contrat de pro", poursuit sa décrue. Les chiffres de la Dares pour 2025 affichent une baisse de 5 % sur un an des signatures de nouveaux contrats. Au total, cette voie de l'alternance créée voici plus de vingt ans a vu son volume divisé par trois depuis 2018. Ceci autour de deux périodes de chute : entre 2018 et 2020, où le nombre d'entrées en contrats de professionnalisation a été divisé par deux, puis entre 2023 et 2024, quand il a baissé d'environ 25 %.
Une voie maltraitée face à l'apprentissage
La chute la plus récente du contrat de pro peut être reliée assez directement à la suppression de l'aide exceptionnelle à l'embauche, intervenue au 1er mai 2024. “À l'Afpa, le nombre de contrat de professionnalisation a diminué assez nettement à partir de 2024. Il nous semble qu'avec la baisse des aides, les entreprises ont eu tendance à le délaisser pour privilégier l'apprentissage", confirme Ugo Douard, directeur du développement de l'Afpa.
Du côté de l'Opcommerce, le dernier bilan de l'alternance fait état d'une baisse de 20 % des contrats de professionnalisation entre 2024 et 2025. “Et nous l'expliquons en priorité par la suppression de la prime", nous indique, là aussi, Véronique Allais, présidente de l'Opcommerce. Ce plongeon du nombre de contrats est à nuancer, précise à ses côtés le vice-président de l'opérateur de compétences, Philippe Banse. Mais le constat reste celui d'un contrat de pro maltraité par rapport à l'apprentissage. La réforme de la fiscalité à venir pour les Opco, qui va contraindre l'Opcommerce à mettre fin à la subrogation de paiement pour le contrat de pro, pourrait en outre à l'avenir lui porter un “nouveau coup".
Menaces de mort
L'horizon semble donc bien sombre. “On voudrait tuer le contrat de professionnalisation qu'on ne ferait pas autrement. Car on a du mal à imaginer que l'État veuille le sauver vu les décisions prises depuis deux ou trois ans", observe Véronique Allais.
Pour autant, tout le monde n'en est pas forcément désolé. “La France est définitivement conservatrice, il n'est pas facile de faire évoluer les choses", réagit Éric Chevée, vice-président de la CPME en charge des affaires sociales, face à l'évocation d'une disparition du contrat de pro. Une raison à cela : la période de reconversion, issue de l'accord conclu par les partenaires sociaux du 25 juin 2025, apporterait selon lui une solution unique et financée. “Le contrat de professionnalisation n'est pas supprimé. Mais l'enjeu est que l'outil mis en place par les partenaires sociaux soit suffisamment simple et intéressant pour que tout le monde se l'approprie. Et que, naturellement, le contrat de professionnalisation meure de sa belle mort", explique-t-il.
Un outil pertinent pour les publics seniors…
Le contrat de pro se verrait donc définitivement condamné avec l'arrivée de la période de reconversion ? Le vice-président de l'Opcommerce Philippe Banse ne partage pas cette analyse. Celui-ci voit plutôt deux solutions complémentaires, tant en termes de publics que de financements. “Aujourd'hui nous avons ces deux dispositifs qui pourraient vivre ensemble. C'est en tout cas ce que nous portons, notamment à travers l'Edec senior signé avec l'État par les 20 branches constitutives de l'Opcommerce", indique-t-il. L'opérateur de compétences fait ainsi le pari de s'appuyer, en partie, sur le contrat de professionnalisation pour la formation et l'emploi des seniors. Et il n'est pas le seul. Car sur ce terrain, le contrat de pro trouve un avantage sur l'apprentissage. “Il répond à des catégories de population différentes, notamment en âge", acquiesce Ugo Douard.
… et les plus éloignés de l'emploi
À l'instar de l'Afpa, qui le mobilise dans le cadre de son dispositif Hope, ou des Geiq, qui l'utilisent au sein de leurs parcours, le contrat de professionnalisation s'adapte également très bien à un public en insertion. “Pour des publics sans qualification ni diplôme, sortis assez rapidement de l'école, le contrat de professionnalisation a toute sa logique. Il permet une formation plutôt ''métier'' qui se fait sur la pratique", explique Nadia Ghanai, directrice formation et métiers chez Humando.
Dans un contexte de pénurie de main-d'œuvre sur certains métiers, le contrat de pro mérite sans doute amplement d'être préservé. “Le constat est qu'à ce jour le contrat de professionnalisation sert en particulier à cela : aller capter d'autres publics et les former", souligne Laurent Serain, directeur des activités formation chez Humando, qui ajoute : “Sa disparition créerait un vide de compétences pour les entreprises."


