Repenser l’offre de formation pour répondre aux défis de la reprise post-Covid

Alors que le gouvernement place la formation au cœur de la reprise post-Covid, les professionnels seront très attendus sur la qualité de leur offre. Seules de fortes exigences en matière d’ingénierie de formation répondront à ces enjeux. Selon Leïla Ben Salem, consultante senior ingenierie et politiques de formation à Centre Inffo, des leçons doivent également être tirées de la récente expérience de digitalisation à marche forcée.

Par - Le 11 juin 2020.

Avec la crise du Covid-19, le développement des compétences a pris une nouvelle dimension. Levier d’engagement des salariés, mesure complémentaire à l’activité partielle et solution aux problématiques d’emploi, la formation représente une carte maîtresse du plan de relance. Après avoir mis sur la table 1 milliard d’euros de soutien à l’apprentissage, le gouvernement lance des concertations pour aménager les mesures de chômage partiel et prolonger le dispositif du FNE (Fonds national de l’emploi). Les Régions, de leur côté, renforcent leur enveloppe dédiée à la formation des demandeurs d’emploi. Dans ce contexte, les prestataires de formation auront un rôle central à jouer pour développer une offre adaptée aux nouveaux enjeux de la reprise post-Covid et à d’éventuelles réorientations de notre stratégie industrielle. Ils devront se montrer innovants en matière d’ingénierie pédagogique et articuler les différentes modalités de formation en fonction du public et d’objectifs en lien avec les besoins des entreprises.

Le marché qui s’ouvre exigera des outils pédagogiques et technologiques, de l’agilité et des méthodes de construction des parcours. La crise du Covid-19 et ses conséquences ne font qu’accélérer les profondes transformations à l’œuvre dans le secteur de la formation ces dernières années. Parmi elles, la digitalisation de l’offre a été précipitée par les mesures de confinement. En quelques semaines, des CFA et des écoles, soucieuses de garantir la continuité pédagogique, s’y sont engagés dans l’urgence, soutenus par les initiatives solidaires de nombreuses start-up. Un apprentissage à marche forcée qui a durablement changé les esprits mais dont on doit aujourd’hui tirer les leçons.

Maîtriser les modalités pédagogiques du distanciel

« Sur le terrain, les prestataires ont fait de cette contrainte une opportunité. Cette séquence a clairement levé de nombreux freins et développé une culture du numérique », affirme Leïla Ben Salem. Mais la consultante en ingénierie de formation au sein de Centre Inffo prévient : « Cela a aussi révélé l’importance de maîtriser de nouvelles modalités pédagogiques spécifiques au distanciel. Ce serait une erreur de penser qu’il suffit de transposer une session présentielle. » Les outils et les plateformes technologiques ne font pas tout, loin de là. En distanciel, le formateur ne disparaît pas. En effet, il est plus que jamais essentiel de créer des liens avec le stagiaire, de l’accompagner dans la progression de ses apprentissages et de maintenir son engagement. Pour cela on peut s’appuyer sur des méthodes  plus ou moins en interaction avec le formateur – séquences synchrone ou asynchrone –. Mais, la transformation est aussi culturelle. « L’activité d’apprentissage change profondément. Moins descendante, elle est centrée sur l’apprenant. Le rôle du formateur est toujours crucial mais différent. Il met à disposition des ressources, crée des activités pédagogiques, donne des travaux à réaliser, restitue les enseignements de l’expérience et individualise les parcours en s’adaptant au niveau de l’apprenant », précise Leïla Ben Salem.

Articuler les différentes modalités de formation

La digitalisation de l’offre, tendance forte du marché, passera donc aussi par la formation des formateurs aux modalités pédagogiques du distanciel. Reste que le digital ne pourra pas répondre, à lui seul, aux enjeux forts de la crise économique et de l’emploi née de la pandémie de Covid-19.  Les professionnels devront également s’interroger sur leurs process et sur leurs approches. « Il faut se poser, en amont, la question des objectifs de la formation, tenir compte du profil des publics et profiter de la réforme qui donne un nouveau cadre aux trois grandes modalités de formation », confirme Leïla Ben Salem. La loi du 5 septembre 2018 réaffirme le distanciel en clarifiant les éléments de preuve et formalise l’action en situation de travail (Afest). Cet élargissement de la définition de l’action de formation encourage l’innovation en matière d’ingénierie.

A partir des besoins en compétences identifiés par les branches professionnelles et les entreprises, le prestataire de formation travaille le référentiel pour le transformer en un parcours le plus individualisé possible autour des savoirs, des savoir-faire et des savoirs comportementaux. A chacun de ces apprentissages, on peut ainsi articuler différentes modalités de formation. Cette ingénierie implique un lien plus fort avec l’ensemble de l’écosystème et une veille structurée. « On retrouve ces exigences dans l’acte 2 de la démarche qualité », ajoute Leïla Ben Salem. Si la réforme en cours de déploiement s’inscrit désormais dans un contexte nouveau de crise économique impliquant sans doute des aménagements, elle reste, dans son esprit, un aiguillon pour la transformation des pratiques.

 

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