« Apprendre en simulant, c’est possible et c’est efficace » – Morgan Jaffrelot

D’abord intéressé par la pédagogie, puis fortement investi dans l’enseignement des sciences de la santé, Morgan Jaffrelot (Médecin urgentiste, professeur associé à l’université Laval, à Québec, Canada) a été à l’initiative de l’un des tout premiers centres de simulation universitaires, en 2009. Ce pionnier veut mettre cet outil au service de la formation

Par - Le 20 mai 2019.

Qu’est-ce que la formation par simulation et d’où vient cette pratique ?

Apprendre en simulant est une méthode ancienne. D’après Pierre Pastré, psychologue et didacticien, « depuis que l’enseignement existe, l’individu cherche à reproduire pour apprendre ». Aujourd’hui, de nombreuses professions y recourent dans leurs programmes de formation initiale et continue, voire de certification. Par exemple, le milieu de l’aéronautique forme les pilotes régulièrement sur simulateur de vol. Personne n’imaginerait qu’un commandant de bord n’ait pas été entraîné et certifié sur simulateur avant de prendre en charge ses passagers.

Pour quelles professions et comment s’applique cette méthode ?

Les techniques utilisées peuvent viser le développement d’habiletés techniques, procédurales, voire d’automatismes. Elles peuvent aussi participer au développement de compétences lorsque plusieurs dimensions sont convoquées lors d’une mise en situation.

Dans le domaine de la santé, par exemple, un environnement assez rudimentaire peut suffire s’il s’agit d’enseigner des gestes techniques. Mais si nous souhaitons entraîner une équipe à la prise en charge d’une situation critique, l’environnement complet est indispensable : toutes les professions concernées sont présentes, les participants sont en tenue de travail et mettent en œuvre leurs procédures habituelles. Nous remplaçons un patient par un mannequin de haute technologie que les formateurs pilotent. Ce simulateur de patient peut ouvrir et fermer les yeux, mimer des mouvements respiratoires, des troubles du rythme cardiaque, etc.

Nous avons la possibilité de filmer la scène et d’utiliser des séquences pour en reparler lors du débriefing, systématique, lors d’une séance formative. Parfois, des acteurs sont utilisés pour des situations professionnelles qui relèvent de la relation de soins. Ils sont formés pour jouer le rôle de patients pour enseigner l’éducation thérapeutique ou l’annonce de diagnostics.

Quelles sont les principales raisons de recourir à la simulation dans le champ des métiers de la santé ?

La première, c’est l’éthique de la formation, qui exige de sécuriser les expériences d’enseignement d’apprentissage, selon le principe “Jamais la première fois sur le patient”. Réaliser un geste technique dans de bonnes conditions, c’est s’assurer que l’opérateur l’ait déjà réalisé au préalable en simulation, avec une rétroaction de la part des enseignants. Il existera toujours une première fois, mais l’entraînement aura sécurisé l’étudiant et le patient.

La deuxième, c’est la ressource didactique. Certaines situations sont peu accessibles pour réaliser une supervision directe : entraîner un capitaine de marine marchande à dévier sa trajectoire devant un péril imminent sans risque, laisser un jeune pilote résoudre seul un feu de moteur, annoncer un licenciement… La simulation permet de calibrer la mise en situation en fonction des objectifs d’apprentissage et d’accompagner le stagiaire dans sa progression.

La dernière, c’est la valeur ajoutée pédagogique. Par exemple, elle peut être mise en œuvre dans une perspective comportementaliste, à des fins d’acquisition d’automatismes. Elle peut aussi participer au développement de compétences sous réserve d’adapter le dispositif en ce sens : scénarios complexes, importance de l’exploration des processus de décisions et des connaissances préalables lors du débriefing.

Qui finance ce type de formation ?  Quels centres de formation ou organismes publics s’en sont déjà emparés ?

Dans le domaine de la santé, le ministère recommande l’utilisation de la simulation dans les programmes de formation initiale. De même, en 2012, la Haute Autorité de santé a validé la méthode pour la formation continue des professionnels de santé. Des financements sont donc possibles pour les professionnels libéraux et pour la formation continue des professionnels salariés.

En réalité, peu d’organismes proposent de la simulation, car la méthode est exigeante et coûteuse. Par ailleurs, l’investissement des stagiaires est important lors des séances de simulation. Nous nous mettons d’accord au début des séances sur une sorte de contrat pédagogique : en échange de leur effort à s’engager à “faire comme si”, les enseignants s’engagent à la bienveillance des échangent, à choisir des scénarios pertinents en lien avec leur activité professionnelle et à être formés à la méthode pédagogique.

La place de la simulation paraît incontournable à ceux qui l’ont expérimentée. La question n’est plus de savoir s’il faut utiliser la simulation pour former les professionnels, mais comment la rendre possible.

La place de la simulation  en santé en France

Après la publication d’un livre blanc, la Haute Autorité de santé (HAS) publiait en décembre 2012 un Guide de bonnes pratiques pour utiliser la simulation dans la formation en santé. Dans les années qui ont suivi, les ministères de l’Enseignement supérieur et de la Santé ont encouragé la création de centres de simulation pour la formation initiale des professionnels  de santé. Quelques rares organismes proposent aussi de la simulation déportée au sein des établissements de santé (formation in situ).

Morgan Jaffrelot – Parcours

2009
Création du Centre de simulation à la faculté de médecine de Brest (29), pour la formation intiale

2014
Dix-huit mois au Centre de simulation à l’Université d’Ottawa (Canada)

2016
Création d’Immer’Sim, pôle simulation du Collège des hautes études en médecine, pour la formation continue, à Brest (29).

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