Photo d'Audrey Pérocheau, Pôle emploi

Audrey Pérocheau (Pôle emploi) : pour la création d’une “agence de cotation de l’attractivité des métiers”

La formation des chercheurs d’emploi est un système complexe, peu lisible et probablement améliorable. C’est Audrey Pérocheau, de la direction générale de Pôle emploi, qui le dit dans un ouvrage récent. Elle propose un regard décalé, organisationnel, pour faire évoluer un système inadapté au monde hybride d’aujourd’hui.

Par - Le 25 novembre 2021.

Elle a le débit rapide des passionnés, mais la parole réfléchie, au point d’avoir réécrit son livre cinq fois, pour intégrer la “disruption étatique” que représente le compte personnel de formation… Avec La formation des chercheurs d’emploi : fonctionnement et perspectives d’évolution[ 1 ]L’Harmattan, coll. Perspectives organisationnelles, juin 2021, 234 p. Le livre aborde la formation des chercheurs d’emploi (actifs sans emploi non-inscrits sur les listes de Pôle emploi, comme les jeunes suivis par une Mission locale, au RSA, etc.) et les inscrits sur les listes de Pôle emploi., Audrey Pérocheau, directrice du développement des compétences dans les territoires à la direction générale de Pôle emploi, mais aussi ingénieure en sciences des organisations, apporte un regard “organisationnel” sur la formation des chercheurs d’emploi.

“Aller plus loin dans l’information sur la formation, la pédagogie, la rémunération, les modalités”

Ce n’est pas le moindre intérêt de cet ouvrage hybride, qui offre tout à la fois une description et une analyse de l’écosystème de la formation des chercheurs d’emploi, un mode d’emploi à destination des DRH, chefs d’entreprise, organismes de formation, mais aussi des pistes d’amélioration que chacun, partenaires sociaux ou institutions, pourra regarder, à l’heure de l’évaluation de la loi de 2018. Audrey Pérocheau dit le faire “en toute modestie”, à sa place : “Ce sont des évolutions opérationnelles qui restent à la maille concrète. À dessein, je suis restée sur ce champ ; les politiques publiques relevant d’autres acteurs.”

Une “ré-étatisation” qui ne veut pas dire simplification

Jusqu’en 2016, moins d’un chercheur d’emploi sur dix avait accès à la formation financée par les fonds publics ou mutualisés, selon l’auteure. Les plans “500 000 formations supplémentaires” en 2016, puis “250 000” en 2017, et le Pic (plan d’investissement dans les compétences) à partir de 2018, ont permis de multiplier les effectifs, pour atteindre 1 million d’actions de formation financées par les pouvoirs publics en 2019. Ce qui suggère “une ré-étatisation partielle d’une compétence décentralisée”.

Mais “la transformation quantitative forte et rapide ne s’accompagne pas d’une refonte et d’une simplification du fonctionnement des dispositifs”, écrit sans détour Audrey Pérocheau, et crée des tensions opérationnelles pour tous les acteurs.

Un consensus récent s’est créé autour de l’utilité de la formation en période de recherche d’emploi, de son caractère particulièrement nécessaire pour les personnes peu qualifiées, de la légitimité de mobiliser des fonds publics en ce sens et de rémunérer les chercheurs d’emploi en formation, mais la logique du système reste trop bureaucratique, et pas assez “user centric” (centrée sur l’usager). “La caractéristique d’un système bureaucratique, c’est qu’il fonctionne par rapport à ses critères internes propres et qu’il décharge ses contraintes sur l’utilisateur. Je pense qu’on y est encore.”

Mieux informer

Pôle emploi s’emploie au quotidien à améliorer les dispositifs. Audrey Pérocheau préconise “globalement de débureaucratiser”. Premier enjeu : l’information : “On doit sans doute aller plus loin dans l’information qu’on donne aux chercheurs d’emploi, aux entreprises, sur la formation, la pédagogie, la rémunération, les modalités, etc.” Pas avare de schémas, elle propose un modèle “CPRF” (contenu-pédagogie-réputation-financement) pour aider au choix et un algorithme, construit autour de huit questions, pour avancer dans la construction d’une solution. Elle appelle à s’en saisir pour offrir un simulateur simple. Voire que l’on crée une “agence de cotation de l’attractivité des métiers”, à l’instar des agences extra-financières, pour débloquer certains nœuds.

“Les territoires ont des histoires économiques et des spécialisations, industrielles ou autres, différentes. Prenons un exemple : on crée des formations pour douze soudeurs, mais on n’en trouve que six.” Pourquoi ? “On a tendance à dire que l’écosystème n’a pas fonctionné : les conseillers, les financeurs, l’organisme de formation. Or, la problématique est en amont. La formation ne va pas régler le problème de l’attractivité, c’est un outil et un levier, mais il faut regarder comment mieux agir”. Il faut “penser l’attractivité des métiers et aborder autrement la manière de traiter les tensions de recrutement.”

Casser les silos

Autre enjeu : “Les silos, qui ne font plus sens. Pour avoir une formation financée sur le budget des chercheurs d’emploi ou des demandeurs d’emploi, il faut être chercheur d’emploi quand on démarre une formation et aussi quand on la termine. On n’a pas le temps, tempête Audrey Pérocheau. L’économie, la société ne peuvent pas subir ce goulet d’étranglement ! Il faut réfléchir, embarquer l’innovation pédagogique, hybrider les situations.” Elle suggère ainsi que l’on permette à Pôle emploi de déléguer aux organismes de formation attributaires du marché la capacité de valider les formations. Pour “mettre de la fluidité.”

AGILITÉ EN INTERNE
Pôle emploi a expérimenté un dispositif de formations 100 % à distance dans le cadre du Pic, dont ont bénéficié 13 700 personnes en 2020 (voir). De nouveaux financements accordés par l’État permettront d’ouvrir 30 000 places pour l’année 2021, dont 10 000 créées fin août par l’opérateur. Agiles, levant des contraintes de mobilité, ces formations à distance intègrent différentes méthodes d’apprentissage (vidéos, serious games, classes inversées) et un accompagnement pédagogique renforcé, du mentorat et des classes virtuelles.

“La logique du fonctionnement de la formation des chercheurs d’emploi, c’est d’abord une logique institutionnelle avant d’être une logique économique ou servicielle”, estime-t-elle. Avec ses 16 pistes d’amélioration, elle propose donc de lever des blocages, de simplifier le système pour correspondre à une société “plus horizontale” et fondée sur la confiance.

Notes   [ + ]

1. L’Harmattan, coll. Perspectives organisationnelles, juin 2021, 234 p. Le livre aborde la formation des chercheurs d’emploi (actifs sans emploi non-inscrits sur les listes de Pôle emploi, comme les jeunes suivis par une Mission locale, au RSA, etc.) et les inscrits sur les listes de Pôle emploi.

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