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Denis Cristol, fabricant de démocratie

Par - Le 14 mai 2018.

« La formation, c’est le message »

Il y a chez Denis Cristol, 50 ans, une absence de posture qui le prévient de se figer. Incarnation de l’innovation en formation au Centre national de la fonction publique territoriale (voir Inffo Formation n° 934), mais certainement pas à la mode. Des convictions, liées à son intérêt pour l’apprenance, mais une réelle absence de certitudes, qui semble le rendre étanche à la notion de point final. À la manière de l’explorateur, Denis Cristol ne défriche que pour continuer d’avancer. Arrivé dans la vie professionnelle avec un bac+5 en organisation des ressources humaines, il s’intéresse aussitôt à la question de la formation et des compétences au travers de missions de reclassement et d’insertion professionnelle. Initié aux approches d’éducation populaire lors de son passage au Cesi, il y construit une pensée orientée vers l’action. Et, surtout, se passionne pour les sciences de l’éducation, jusqu’à reprendre des études aux côtés de Philippe Carré à l’université de Paris-Nanterre et y boucler une thèse sous la direction de Bernard Blandin.

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Intrigué par la montée en puissance des « sociodidactes », ces héritiers de l’autodidaxie percutés par les réseaux sociaux, il cherche, se renseigne, restitue, partage et met en œuvre. Cette quête sans fin, il la mène dans les livres, qu’il lit autant qu’il écrit (17 à ce jour), mais tout autant dans des rencontres plus directes. Par exemple, lors d’événements qu’il contribue souvent à organiser, avec une prédilection pour les rassemblements où la participation de tous au service d’une production commune est encouragée. Mais aussi lors de ses multiples voyages, véritables expéditions apprenantes conçues comme autant d’occasions de découvrir d’autres façons de penser et de faire. « Être dans le climat, la nourriture, ça apprend… »

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Pépites

En mission ou en vacances, il prospecte le monde à la recherche de pépites pédagogiques. Le trésor de l’éducation popularisé par Jacques Delors[ 1 ]L’éducation, un trésor est caché dedans, Rapport à l’Unesco, Jacques Delors, 1996. n’est pas loin : « je pense qu’il a complètement raison, on fabrique de la démocratie à partir de l’éducation et de la formation. À chaque fois que l’on développe des approches vivantes et collaboratives, qui se soucient d’altérité et qui font que l’autre n’est pas simplement là pour écouter et reproduire, on dynamise les liens sociaux ». Celui qui se définit comme un « praticien réflexif » en est convaincu : « la formation, c’est le message ; la façon dont j’enseigne, c’est la façon dont la société se construit, si vous développez de la formation collaborative, il y a plus de chance que le collaboratif prenne place dans le travail ». Ainsi se dessine l’ambition de la formation défendue par Denis Cristol : « développer les compétences individuelles et collectives, mais aussi veiller sur le vivre ensemble ».

Culture formation

Alors que s’esquisse la dernière réforme, Denis Cristol appelle à retrouver une certaine forme de militantisme : « la formation participe pleinement à l’édification et à la construction de notre pays, il ne faut pas la réduire à un système de gestion, elle ne peut être qu’un marché, ce n’est pas une prestation de service comme les autres. » Jugeant la mutualisation et la médiation indispensables, il souligne l’existence d’un « capitalisme de projet ou d’identité », où ceux qui n’ont ni l’un ni l’autre sont les perdants. D’où son respect des Opca et sa conviction que le système français n’est pas à détruire mais à améliorer : « rendre les formations plus organiques et plus proches des problèmes, donner des marges de manœuvre, passer moins de temps à du contrôle et plus de temps à de l’inspiration et de l’expérimentation ». Et s’il estime que « la grande plomberie des réformes ne change pas fondamentalement les choses », il n’en espère pas moins l’émergence d’une « culture de la formation et de l’apprentissage ».

Compulsif…

Pour l’heure, il se désole de constater que pour améliorer leur futur, les Français préfèrent parier – 46 milliards d’euros selon les chiffres 2013 -, plutôt qu’investir sur leur propre formation – 1,3 milliard dépensé par les ménages en 2013 selon le jaune budgétaire. Lui, qui a rédigé sa thèse en trois ans tout en travaillant à plein temps, s’astreint à une à deux heures de veille quotidienne avant de partir travailler, trouve le temps de rédiger des articles pour la revue Thot Cursus, de présider l’association Apprendre ensemble, d’enseigner dans des masters et de participer à des hackatons le week-end.

Pas parieur mais au moins beau joueur, il se reconnaît « monomaniaque obsessionnel compulsif… » Son dernier forfait ? Le Dictionnaire de la formation, apprendre à l’ère du numérique (ESF, 2018).

Notes   [ + ]

1. L’éducation, un trésor est caché dedans, Rapport à l’Unesco, Jacques Delors, 1996.

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