De la professionnalisation à la reconversion : comment répondre aux besoins des travailleurs de plateformes ?

En présence de profils et de parcours très variés, quels types de formations proposer à ceux qui collaborent avec les plateformes numériques ? Cette activité, effectuée pendant quelques mois ou plusieurs années, peut-elle être un tremplin vers un emploi plus pérenne ? Des initiatives, encore rares, ont commencé à émerger.

Par - Le 20 mai 2019.

« Gig economy », ou économie de petits boulots : l’anglicisme est souvent utilisé pour qualifier l’activité proposée par les plateformes. Ces emplois faiblement qualifiés et n’offrant pas de perspective d’évolution professionnelle représentent une solution pour des publics qui peuvent être très différents (étudiants, travailleurs précaires ou en insertion…). Peuvent-ils être considérés comme une opportunité d’acquisition de compétences, ou comme un tremplin vers des emplois plus durables ?

Livreurs Stuart : des passerelles  vers les métiers de La Poste

La réflexion actuellement menée au sein du groupe La Poste laisse envisager des possibilités de reconversion pour les travailleurs de plateformes. En 2017, le groupe a racheté Stuart, une plateforme de livraison urbaine à vélo proposant la mise en relation de travailleurs indépendants avec les commerçants. Aujourd’hui, la Poste souhaiterait favoriser l’accès de ces coursiers aux emplois du groupe. Mais le projet n’est pas si simple.

« Nous avons d’abord envisagé de faire du sourcing, pour recruter directement des travailleurs de la plateforme sur nos métiers tel celui de facteur, mais pas seulement », explique Ivan Béraud, chef de projet RH du groupe La Poste.

À la difficulté de capter des candidats dans un contexte de turn-over important s’ajoute celle de trouver des profils adaptés. « Nous nous heurtons à deux obstacles : le fait que certains travailleurs n’aient pas le permis de conduire et celui qu’ils ne passent pas la barre de la méthode de recrutement par simulation (MRS) par Pôle emploi », explique-t-il. Ajoutant : « Les plateformes sont souvent un refuge ou une solution pour des personnes qui ne trouvent pas de travail ailleurs. Il faut combler le trou qui les a fait tomber dans la précarité, ce qui passe nécessairement par la formation. »

Face à ce constat, la Poste envisage désormais aussi des recrutements en alternance via son réseau de centres de formation en apprentissage Formaposte. Une solution qui pourrait passer par la mise en place de parcours adaptés : « En faisant passer le permis dans le cadre du certificat CLVUL (conducteur livreur sur véhicules utilitaires légers), ou en organisant une pré-professionnalisation en amont de l’alternance pour les plus précaires », expose Ivan Béraud.

Une “école des indépendants”  avec OpenClassrooms

Certains s’interrogent aussi sur la nécessité de développer une offre de formation spécifiquement dédiée aux travailleurs des plateformes. Fin 2018, la start-up de formation OpenClassrooms a franchi le pas en lançant le programme de formation Level Up, destiné aux travailleurs indépendants et en particulier, à ceux collaborant avec des plateformes numériques.

Le projet, qui a bénéficié d’un financement d’1 million de dollars (887 000 euros) de la fondation Google.org, se décline en bourses d’études et en cours en ligne auxquels les travailleurs des plateformes peuvent accéder gratuitement. « Pour définir le contenu des cours nous avons effectué une étude centrée sur l’utilisateur final, dans le but d’analyser les besoins en termes de formation plutôt que de métier », explique Marine Plossu, responsable du programme chez OpenClassrooms.

Les douze cours actuellement proposés abordent les compétences nécessaires à l’exercice d’une activité d’indépendant (comptabilité, statut juridique, etc.) et les softskills (compétences telles que prendre la parole en public, ou travailler en équipe). Mais aussi des informations et conseils pour l’accès à l’emploi (techniques de recherche d’emploi, découverte des métiers du digital, etc.).

Un “campus” pour les chauffeurs Uber

Dernière initiative notable : le « campus VTC », proposé par Uber aux chauffeurs collaborant avec sa plateforme. Ce portail offrant différents services de formation en ligne a été lancé en 2017, dans la lignée de la loi Grandguillaume[ 1 ]Loi n° 2016-1920 du 29 décembre 2016 relative la régulation, à la responsabilisation et à la simplification dans le secteur du transport public particulier de personnes. qui a imposé de nouvelles conditions à l’exercice de la profession de chauffeur VTC.

« Au début, expose Mayya Layt, directrice des opérations chez Uber, la plateforme a été pensée pour aider à préparer l’examen VTC et réduire la barrière d’entrée à la profession. Nous avons d’abord proposé une offre e-learning gratuite, complétée par une offre de formation en classe avec des organismes partenaires afin de répondre aux différents besoins des candidats. »

À ces premiers services se sont ensuite ajoutés d’autres, comme des cours de langue en ligne en partenariat avec Babbel, ou l’accès gratuit au catalogue de formations d’OpenClassrooms. En novembre 2018, Uber a également lancé un « Prix campus VTC » offrant dix bourses de 10 000 euros pour des projets personnels ou professionnels incluant un besoin de formation.

« Nous tenons beaucoup à la logique de parcours, avant, pendant et après l’activité de chauffeur VTC, et à celle de développement des compétences », indique Mayya Layt. Qui précise qu’Uber a déjà investi 2,5 millions d’euros dans le projet campus VTC. « L’enjeu est double : aider à pérenniser l’activité (par la qualité du service, la bonne gestion de l’entreprise…). Et, plus largement, jouer notre rôle, en tant que plateforme, sur les problématiques liées à la transformation du travail ».

Notes   [ + ]

1. Loi n° 2016-1920 du 29 décembre 2016 relative la régulation, à la responsabilisation et à la simplification dans le secteur du transport public particulier de personnes.

Centre Inffo vous conseille également

Pack Bimédia