Yves Hinnekint, président de Walt.

Yves Hinnekint, président de Walt, lors de la sortie de la 6e édition du Guide du Routard de l’alternant.

Apprentissage : après l'essor, le temps du recul

Après plusieurs années de croissance, l'apprentissage entre dans une zone de turbulences. En 2025, le nombre de contrats recule pour la première fois depuis la réforme de 2018, tandis que 2026 pourrait marquer une véritable rupture, avec des jeunes en difficulté pour trouver un employeur et des CFA fragilisés financièrement. Le point avec Yves Hinnekint, président de Walt.

Par - Le 06 janvier 2026.

« Pour la première fois depuis la réforme de la formation professionnelle de 2018, nous pourrions voir, dès 2026, des jeunes ne pas trouver d'employeur à l'issue des trois mois de recherche autorisés au sein de leur centre de formation d'apprentis (CFA) », alerte Yves Hinnekint, président de l'association Walt. Si l'année 2025 a constitué « une année de bascule » pour l'alternance, 2026 s'annonce comme « une année de rupture », selon Walt et le cabinet Quintet, qui publient la 5e édition du Tableau de bord de l'Observatoire de l'alternance.

Après l'essor spectaculaire de l'apprentissage depuis 2019, celui-ci connaît en 2025 sa première inflexion. La baisse estimée à 3,35% à fin septembre 2025, pourrait atteindre entre 5 et 10% sur l'ensemble de l'année selon les scénarios – « plutôt entre 6 et 7% » précise Yves Hinnekint. Désormais, l'apprentissage porte presque à lui seul l'alternance. Le contrat de professionnalisation, après une chute historique à 86.545 contrats en 2024, poursuit en effet son recul en 2025, avec une baisse de 7% à fin août.

L'effet cumulé des réformes successives…

Ce ralentissement était anticipé de longue date par l'ensemble des acteurs du secteur – de Walt aux Acteurs de la Compétence, en passant par la Fnadir (Fédération nationale des directeurs de CFA). Tous pointent l'effet cumulé des réformes successives : baisse des niveaux de prise en charge (NPEC) et des aides aux employeurs d'apprentis, instauration d'un reste à charge pour les entreprises versé aux CFA... « La diminution des entrées en apprentissage marque le coup d'arrêt porté à la dynamique de cette filière », analyse le président de Walt. A ces évolutions s'ajoutent les incertitudes liées aux débats budgétaires pour 2026 : « Pas moins d'une quinzaine de mesures directes ou indirectes pourraient encore venir enrayer la machine. »

… Avec des conséquences sur les entreprises…

Sur le terrain, la complexité croissante du dispositif commence à décourager les employeurs, notamment les TPE/PME. « De plus en plus d'entreprises nous disent que l'apprentissage est devenu difficile à appréhender. Beaucoup ne comprennent pas, par exemple, le double niveau de reste à charge : celui, obligatoire, de 750€ pour un apprenti préparant une certification de niveau 6 ou plus, auquel peut s'ajouter un reste à charge fixé par le CFA lorsque le NPEC déterminé par France compétences est insuffisant. » Dans un contexte économique déjà tendu, certaines entreprises préfèrent alors se tourner vers des stagiaires plutôt que recruter des apprentis.

… Les jeunes…

Du côté des jeunes, Yves Hinnekint observe « un début de frustration ». « Nous risquons de perdre ceux qui ne trouvent pas d'employeurs. Certains se tourneront vers des petits boulots, d'autres viendront grossir les rangs des NEET, ni en emploi, ni en formation. »

 

… Et les CFA

Les perspectives pour les CFA ne sont guère plus encourageantes en 2026. « Les données de France compétences montrent qu'un nombre croissant de centres connaissent des déficits d'exploitation, sous l'effet combiné de la hausse des charges et de la baisse des NPEC », soulignent Quintet et Walt. Les écarts entre les NPEC et les coûts réellement constatés se sont fortement réduits, notamment pour les formations de niveaux supérieurs. Résultat : les fonds propres diminuent, fragilisant les CFA, tant sur leur fonctionnement que sur leur capacité d'investissement.

Or, selon France compétences, les fonds propres représentaient encore 66% du financement des investissements des CFA en 2023. Le projet de loi de finances prévoit pourtant de diviser par deux, ou presque, l'enveloppe des Régions dédiée à l'investissement, tout en limitant la capacité des Opco à financer ces dépenses. « Réduire aussi considérablement la capacité d'investissement, c'est dégrader l'outil de formation durablement avec des effets mesurables d'ici cinq ans environ », préviennent les auteurs du tableau de bord.

Vers une contraction inévitable des CFA

Parmi les conséquences attendues figure « une contraction inévitable du marché des OFA/CFA », après la forte hausse de leur nombre observée depuis 2019. « Il faudra accompagner la restructuration de ces organismes », estime Yves Hinnekint.

« Tous ces signaux négatifs, conclut-il, sont le résultat de calculs budgétaires et de décisions économiques de court terme. A aucun moment, la question de l'investissement dans les compétences n'est réellement posée. L'apprentissage est devenu une variable d'ajustement, alors même que le tableau de bord démontre, une nouvelle fois encore, combien cette voie favorise l'insertion professionnelle, améliore la rémunération en début de carrière et joue un rôle d'ascenseur social, en particulier pour les jeunes issus des milieux les moins favorisés. »

 

Consulter le tableau de bord de l'alternance 2025 : https://www.walt-asso.fr/tableau-de-bord-alternance-en-france-par-lobservatoire-de-lalternance/