Jean-Philippe Audrain, président de la Fnadir.
Apprentissage : les CFA sur le fil, la Fnadir sonne l'alarme
Dans un écosystème fragilisé et face à l'effacement progressif des politiques publiques, la Fnadir tire le signal d'alarme. Dans un manifeste publié le 12 janvier, la fédération des directeurs de CFA décrit un scénario sombre : disparition progressive des centres et affaiblissement du modèle d'apprentissage d'ici 2027 si le cap n'est pas rapidement redéfini.
Par Catherine Trocquemé - Le 14 janvier 2026.
Le moment est critique. « Nous craignons que le dispositif créé en 2018 ne soit pas pérenne », alerte Jean-Philippe Audrain lors d'une conférence de presse le 12 janvier. Pour le président de la Fnadir, les effets du désengagement public engagé depuis trois ans deviendront pleinement visibles dès cette année. Le même jour, la fédération a publié un manifeste aux accents dystopiques. Rédigé à l'issue de son congrès national qui s'est tenu mi-décembre, le texte se projette en 2027 et décrit, étape par étape, la fermeture d'un CFA et ses conséquences directes pour les apprentis comme pour les entreprises. En creux, c'est un appel politique qui est lancé. La Fnadir réclame un moratoire des baisses de financement en 2026, une concertation nationale, une étude d'impact de la réforme de 2018 et la reconstruction d'un cadre stable. Faute de réponse du ministère du Travail depuis le printemps dernier, une rencontre avec la DGEFP (Délégation générale à l'emploi et à la formation professionnelle) est toutefois attendue dans les prochaines semaines.
Des CFA à bout de souffle
Pris en étau entre la baisse des contrats et les coups de rabot successifs sur les financements publics, les CFA luttent pour leur survie. « Les marges s'érodent. Des sections ferment. Les centres cherchent l'équilibre au plus juste », résume Jean-Philippe Audrain. La situation est d'autant plus fragile que le marché atteint un plateau après plusieurs années de croissance exceptionnelle. Surtout, la régulation d'un système devenu incontrôlable s'est construite sans cohérence d'ensemble. Depuis 2022, les mesures s'empilent : lutte contre la fraude, exigences qualité, restrictions budgétaires. Sans vision globale. Résultat : les CFA naviguent à vue. « Alors que nous devrions travailler sur les enjeux de long terme – transformations technologiques, économiques, sociétales – les centres s'interrogent chaque jour sur leur propre avenir », déplore le président de la Fnadir.
Un modèle en perte de boussole
Pour la Fnadir, une page est en train de se tourner. Sans engagement public fort, l'apprentissage peut-il tenir dans la durée ? « On ne finance plus l'investissement », alerte Jean-Philippe Audrain. Dernier exemple en date : la proratisation du financement des contrats, qui aurait amputé de 3 à 5 % le chiffre d'affaires des CFA du réseau. D'autres mesures évoquées dans le cadre du prochain budget pourraient encore fragiliser le modèle. Mais l'inquiétude majeure porte sur l'évolution annoncée des niveaux de prise en charge (NPEC). Pilier du financement de l'apprentissage, ils structurent l'équilibre économique des CFA. Or, depuis plusieurs années, les baisses successives se multiplient. Dernière décision en date : la minoration de la prise en charge pour les formations dispensées à distance.Une réforme d'ampleur des modalités de fixation des NPEC est désormais annoncée, avec un rôle accru des branches. Un projet jugé flou par la Fnadir, qui regrette de ne pas avoir été associée aux travaux et redoute un nouveau choc financier.
Un appel politique
Le manifeste paraît dans un contexte d'enlisement budgétaire et d'horizon politique brouillé. À l'approche de 2027, la question de la place de l'apprentissage dans le système éducatif s'imposera nécessairement dans le débat public : quel niveau d'engagement de l'État ? quelle gouvernance ? quel équilibre entre régulation et autonomie des acteurs ? Mais pour les CFA, l'échéance est bien plus proche. Selon la Fnadir, sans inflexion rapide, 2026 pourrait marquer les premières fermetures de centres. D'où l'appel à un moratoire et à l'ouverture urgente d'une concertation nationale, pour éviter que le temps politique ne se heurte au temps économique.
Le manifeste : Manifeste FNADIR - dystopie 2027 (1)

