Marcel Jaeger, professeur émérite du Cnam, président de l’Unaforis.
En 2025, l'Unaforis a mis l'accent sur la réingénierie des certifications
L'Unaforis (Union nationale des acteurs de formation et de recherche en intervention sociale) mobilise son réseau pour adapter l'apprentissage des professionnels du travail social aux réalités du terrain, malgré de fortes tensions budgétaires. Elle vient de rendre public son rapport d'activité 2025. Tour d'horizon.
Par François Boltz - Le 10 juillet 2026.
À lire le rapport d'activité de l'Unaforis (Union nationale des acteurs de formation et de recherche en intervention sociale), qui vient d'être rendu public[ 1 ]Adopté lors de l'assemblée générale du 17 juin 2026., 2025 a été dominée par la réingénierie des diplômes d'État de niveau 6 (“gradés licence"). L'Union a activement participé aux groupes de travail de la DGCS (Direction générale de la cohésion sociale) et de la DGesip (Direction générale de l'enseignement supérieur et de l'insertion professionnelle). Elle a défendu les spécificités du travail social et l'articulation de la formation initiale et continue. Le réseau a déployé 20 webinaires et ateliers d'appropriation pédagogique. L'augmentation des effectifs pédagogiques permanents entre 2022 et 2024 a facilité cet investissement.
L'Unaforis s'est aussi fortement impliquée au sein du Haut conseil du travail social (HCTS), où elle a coanimé le groupe dédié à la formation. Ses travaux ont défini les priorités de l'apprentissage tout au long de la vie grâce à une enquête sectorielle ayant recueilli plus de 1 900 réponses. L'enjeu actuel pour le groupe de travail consiste à s'appuyer sur ce diagnostic pour identifier et lever les “verrous opérationnels" (qu'ils soient financiers, organisationnels ou réglementaires) qui freinent l'accès effectif à la formation continue et à l'évolution professionnelle des travailleurs sociaux.
Parallèlement, l'Union s'est investie dans le Comité de filière petite enfance (CFPE) pour anticiper la réforme du CAP Accompagnant éducatif petite enfance et assurer le succès du titre d'Intervenant éducatif petite enfance, renforçant la cohérence entre certifications et métiers.
Outiller les travailleurs sociaux face à la dématérialisation
Le développement des compétences s'est aussi concrétisé par des projets “technologiques et inclusifs". Pour outiller les travailleurs sociaux face à la dématérialisation croissante des démarches administratives et des services publics, l'Unaforis s'est rapproché de la Caisse des dépôts, et, notamment, de Croix-Rouge Compétences et d'Emmaüs Connect, à travers les programmes Modal'IS et Numetis. Des dispositifs dédiés aux “habiletés numériques", alors que cette dématérialisation s'est imposée à une très large majorité des professionnels du secteur (91 %), au quotidien. Plutôt que d'être un choix ou un simple outil de travail, l'obligation d'effectuer l'“accompagnement numérique" des usagers (pour surmonter l'illettrisme numérique ou l'illectronisme) est vécue comme une contrainte ou une charge subie au jour le jour.
Sur le chantier de l'inclusion, le projet Oasiss (Orientation, accompagnement, secteur intervention sociale et du soin) a élargi en 2025 son périmètre aux formations sanitaires sous l'impulsion de l'association OETH (Obligation d'emploi des travailleurs handicapés), facilitant l'accès des apprenants en situation de handicap. De plus, un partenariat avec la Banque de France a abouti à un module d'éducation financière destiné, notamment, aux formateurs.
La soutenabilité financière de l'appareil de formation apparaît précaire
Les travaux de l'Unaforis sont menés par un réseau de 101 adhérents, implantés dans plus de 120 localités, s'appuyant sur 17 plateformes régionales et 4 commissions spécialisées. Les groupes de travail ont totalisé plus de 4 000 heures de volontariat pour “nourrir la réflexion prospective".
Cependant, le rapport d'activité pointe que la soutenabilité financière de l'appareil de formation demeure précaire. Il confirme une dépendance majeure aux financements publics, qui représentent 75 % des revenus des structures, dont la moitié provient des Conseils régionaux. Le document n'indique pas de montant global précis sur la totalité des revenus du réseau, mais les premiers résultats du recueil national d'indicateurs économiques confirment son poids, avec “plusieurs dizaines de millions d'euros de masse financière annuelle".
Au titre des difficultés, le rapport d'activité évoque les surcoûts de la “prime Ségur" (revalorisation salariale mise en place suite au Ségur de la santé de 2020) : nécessaire pour fidéliser les professionnels, elle crée des tensions budgétaires pour les structures associatives et les établissements de formation.
Notes
| 1. | ↑ | Adopté lors de l'assemblée générale du 17 juin 2026. |


