Philippe Aghion, prix Nobel d’économie, titulaire de la chaire Kurt Björklund en innovation et croissance à l’Insead, et Francesco Veloso doyen de l’Insead, le 16 janvier 2026.

Philippe Aghion, prix Nobel d’économie, titulaire de la chaire Kurt Björklund en innovation et croissance à l’Insead, et Francesco Veloso doyen de l’Insead, le 16 janvier 2026.

IA : penser la formation des dirigeants d'entreprises de demain

Comment former les dirigeants de demain face aux bouleversements qu'impliquent l'intelligence artificielle sur le marché du travail ? Esquisses de réponses avec Philippe Aghion, prix Nobel d'économie, titulaire de la chaire Kurt Björklund en innovation et croissance à l'INSEAD (Institut européen d'administration des affaires), lors d'une conférence de presse organisée  vendredi 16 janvier à Paris.

Par - Le 20 janvier 2026.

L'intelligence artificielle représente un fort potentiel de croissance mais impliquera aussi la disparition de certains métiers et l'émergence de nouvelles compétences.

L'économiste Philippe Aghion prévoit une « croissante très forte » grâce à l'IA. En effet, l'automatisation des tâches liées aux biens et aux services représenterait 0,7 point de croissance en plus pendant 10 ans, « et cela ne prend pas en compte l'automatisation des tâches qui aura également lieu dans la production d'idées, ce qui pourra aider à l'innovation ». Et si des métiers sont voués à disparaitre ou à très fortement évoluer au vu des possibilités offertes par l'IA, les entreprises innovantes utilisant l'intelligence artificielle seraient également celles qui recruteraient davantage, justement parce l'IA leur permet de gagner en productivité.

Les pouvoirs publics doivent intervenir

Toutefois l'économiste remarque que cette révolution va nécessiter l'intervention des pouvoirs publics, afin de favoriser la concurrence, réaliser l'open source ou encore obliger au partage des données. Il sera nécessaire également « d'organiser le marché du travail », juge-t-il en citant l'exemple de la flexisécurité danoise, où la perte d'un emploi ne crée pas de problèmes de santé, et où, pendant deux ans, le chômeur conserve 90% de ses revenus tout en étant formé. « Cela fonctionne avec un bon système éducatif », constate-t-il, car l'apprentissage des compétences de base est indispensable pour « simplifier le passage entre les métiers devenus obsolètes et les autres ».

Former des entrepreneurs « progressistes »

Dans ce nouvel écosystème, le rôle des dirigeants d'entreprises formés notamment par l'INSEAD est crucial. Ils doivent accompagner ces transformations tout en créant des entreprises qui gardent l'humain au cœur de leurs préoccupations. Il faut former des entrepreneurs « progressistes », selon Philippe Aghion afin que les gens soient « plus heureux au travail ».

Repenser entièrement la pédagogie

Mais comment les former à accompagner ces transformations de compétences ? Pour Francesco Veloso, doyen de l'INSEAD, cela passe notamment par l'intégration de l'IA dans la formation, et nécessite donc de repenser entièrement la pédagogie. Il cite l'exemple de travail d'équipe intégrant des agents IA, « comme cela se fait désormais dans le domaine du conseil ». Ou encore d'études de cas qui seront travaillées avec une IA simulant un échange avec un entrepreneur pour comprendre ses besoins. « La façon d'organiser les entreprises va changer avec l'IA. De nouvelles entreprises vont entrer sur le marché, comment créer ces entreprises « AI natives » ? quelles seront les différences avec les autres ? ». Pour anticiper ces questions et celles à venir, l'INSEAD a créé l'Institut Human and Machine Intelligence (HUMII) en 2025. Cet institut de recherche et d'enseignement vise à explorer la complémentarité entre l'intelligence humaine et artificielle et vient de bénéficier d'un don de 15 millions d'euros de la part d'un ancien élève.

 

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