« Il est indispensable de travailler à la fois son modèle économique et son offre » (Claire Pascal, Acteurs de la Compétence)

Alors que les Acteurs de la Compétence viennent de renouveler son conseil d'administration et de porter à leur présidence Yves Hinnekint, Claire Pascal, administratrice de la fédération et directrice générale de Comundi revient, lors d'une interview au Quotidien de la formation, sur les lignes de fracture du marché de la formation sur fond de rigueur budgétaire et de conjoncture incertaine.

Par - Le 24 avril 2026.

Le Quotidien de la formation. Quels sont aujourd'hui les principaux enjeux du marché de la formation ?

Claire Pascal. En pleine mutation, le marché de la formation est traversé par des dynamiques structurelles fortes. On se focalise beaucoup sur l'apprentissage ou les politiques publiques, mais on oublie trop souvent le segment de la formation continue, qui concerne pourtant plus de 25 millions de salariés. Or, les entreprises entrent dans une nouvelle phase. Après avoir longtemps vu la formation comme un sujet administratif, puis de gestion des ressources humaines, elles en font désormais un enjeu stratégique. Confrontées à un véritable risque sur les compétences, lié à la fois au départ massif des baby-boomers et à la transformation accélérée des métiers, elles doivent également repenser leur organisation du travail et leur management. Dans ce contexte, les attentes des entreprises en matière de formation évoluent en profondeur.

QDF. Quelles tensions pèsent aujourd'hui sur les modèles économiques du secteur ?

CP. Les modèles économiques de la filière font face à plusieurs défis. Les marges, déjà faibles, sont plus que jamais sous pression, alors même que les organismes de formation doivent investir pour intégrer les nouvelles technologies, à la fois dans leurs process internes et dans leur offre. Sur un marché de plus en plus concurrentiel, ils doivent aussi renforcer leur développement commercial et leur marketing digital. Les coûts augmentent, les revenus stagnent. Fragilisés, ces modèles doivent composer avec un environnement instable : des politiques publiques en “stop and go", un cadre réglementaire plus contraignant et un durcissement des contrôles. Et toute une génération de formateurs, aujourd'hui proche de la retraite, a créé son activité sans toujours structurer leur modèle économique.

QDF. Comment faire évoluer son modèle économique dans ce contexte ?

CP. Dans cette période de transformation, il est indispensable de travailler à la fois son modèle économique et son offre. On évolue vers un modèle plus capitalistique et plus industriel.

Au sein de la fédération Les Acteurs de la compétence, nous menons, en régions, des actions de sensibilisation pour aider les acteurs à définir une stratégie : veille et analyse du marché, structure des coûts, indicateurs de pilotage, digitalisation…. Dans un environnement concurrentiel et en constante évolution, la collecte et la gestion des données deviennent des leviers incontournables dans le process de décision. Une des premières tâches consiste à clarifier sa proposition de valeur pour se positionner sur le marché.

La formation élargit aujourd'hui son périmètre. L'offre ne peut plus se limiter à combler des manques de compétences : elle s'inscrit dans l'organisation du travail, avec un objectif plus large de collaboration et de productivité.