Le contrat de professionnalisation s'est recentré sur les publics les plus éloignés de l'emploi
Sous l'effet conjugué d'une conjoncture économique moins porteuse et de la suppression progressive des aides financières à l'embauche, le contrat de professionnalisation a subi un net coup de frein. Les dernières données publiées par la Dares confirment la transformation du profil des bénéficiaires et de la nature des parcours, recentrés sur les demandeurs d'emploi.
Par François Boltz - Le 19 juin 2026.
L'année 2024 a été marquée par l'effondrement des contrats de professionnalisation “expérimentaux" initiés dans le cadre de la loi pour la liberté de choisir son avenir professionnel. Ces contrats flexibles, axés sur l'acquisition de compétences avec ou sans certification, ont reculé de 84 % pour ne plus représenter que 1 % des entrées. Un désamour massif qui s'explique par une décision de prolongation tardive en juin 2024 et la suppression des aides financières associées dès la fin de l'année 2023.
À l'inverse, souligne l'étude signée du statisticien de la Dares [ 1 ]Direction de l'animation de la recherche, des études et des statistiques. Cyrille Van Puymbroeck, les parcours visant une qualification stable ou reconnue ont fait preuve de résilience. La part des entrants préparant un diplôme ou une certification enregistrée au Répertoire national des certifications professionnelles (RNCP) s'est maintenue à 51 %. Plus significatif encore, les qualifications reconnues par une convention nationale de branche n'ont fléchi que de 3 %, s'établissant à 26 % de l'ensemble des entrées. En parallèle, les certifications de qualification professionnelle (CQP) ont progressé légèrement pour atteindre 22 % du total.
L'âge moyen à l'entrée a atteint 31 ans
Ces mutations de l'offre ont redessiné le profil des bénéficiaires. L'âge moyen à l'entrée a atteint 31 ans. La suppression au 1er mai 2024 des aides financières de 6 000 euros ciblées sur les moins de 30 ans a lourdement pesé. Les entrées se sont effondrées de 30 % pour cette catégorie d'âge, tandis que les baisses sont restées amorties pour les tranches supérieures, s'établissant à - 19% pour les 30-44 ans et - 17% pour les 45 ans et plus.
Le niveau d'études initial a également influé sur cette dynamique. Les titulaires d'un CAP ont subi la baisse la plus lourde, avec un recul de 31 %, faisant tomber leur part à 17 % des effectifs. Les extrêmes ont mieux résisté : les personnes sans aucun diplôme ou brevet, d'une part, et les diplômés de niveau bac + 3 et plus, d'autre part, ont augmenté leur représentativité d'un point chacune, pour s'établir respectivement à 19 % et 21 % des entrants.
Six entrants sur dix étaient en recherche d'emploi
Le contrat de professionnalisation a réaffirmé sa vocation première d'insertion face au chômage. La part des personnes en recherche d'emploi avant leur signature a poursuivi sa hausse, pour atteindre 58 % des flux en 2024, alors qu'elle ne s'élevait qu'à 30 % en 2018. Les baisses d'entrées se sont d'ailleurs révélées plus rudes pour les personnes qui étaient déjà en emploi, en études ou en alternance, les reléguant à des proportions plus faibles du public accueilli. Les plus de 30 ans étaient entre 74 % et 80 % à être demandeurs d'emploi avant leur entrée dans le dispositif. Les hommes sont demeurés majoritaires, à 54 %.
L'analyse quantitative confirme le repli d'un dispositif qui a comptabilisé 86 400 entrées sur l'année, soit une chute drastique de 25 % qui a prolongé le léger fléchissement de l'exercice précédent. Le “stock" global de contrats actifs au 31 décembre s'est établi à 69 600 unités, accusant une baisse de 23 % par rapport aux 91 000 recensés fin 2023.
Les secteurs d'activité traditionnellement preneurs, au premier rang desquels le tertiaire, qui a toujours concentré 80 % des engagements, sont responsables de ce repli. Les services aux entreprises et le commerce ont accusé le coup réglementaire et conjoncturel. Les chutes apparaissent spectaculaires dans la coiffure et les soins de beauté, ou dans l'information et la communication. Si la baisse a affecté l'ensemble du tissu économique, les structures de moins de 5 salariés et les très grands groupes de 1 000 collaborateurs et plus ont concentré à elles seules la moitié du volume total de contrats perdus.
Notes
| 1. | ↑ | Direction de l'animation de la recherche, des études et des statistiques. |


