Le Contrat d'engagement jeune à l'épreuve de sa mise en œuvre
À l'heure où l'État engage des arbitrages budgétaires serrés, l'évaluation des politiques publiques prend tout son sens. Dans ce contexte, une étude du Cereq publiée fin novembre éclaire les forces et les fragilités du Contrat d'engagement jeune (CEJ), pierre angulaire de l'insertion des 16-25 ans sans emploi ni formation.
Par Catherine Trocquemé - Le 07 janvier 2026.
Lancé en 2022, le CEJ vise à intensifier l'accompagnement des jeunes éloignés de l'emploi. En échange d'une allocation mensuelle, ils bénéficient d'un suivi personnalisé par les conseillers de France Travail ou des missions locales et doivent réaliser chaque semaine 15 à 20 heures d'activités en lien avec leur projet professionnel. Cette obligation, qui le distingue du dispositif antérieur de la Garantie jeunes, ambitionne de structurer un rythme, soutenir la motivation et accélérer l'entrée dans l'emploi. Une récente étude du Cereq analyse sa mise en œuvre et son impact sur les pratiques et le parcours des jeunes.
Une mise en œuvre marquée par de fortes disparités territoriales
Sur le terrain, l'étude révèle une application loin d'être uniforme. L'hétérogénéité de l'offre locale, l'organisation des opérateurs et la marge d'interprétation laissée aux conseillères produisent des pratiques très contrastées. Plus de la moitié des heures comptabilisées relèvent de démarches personnelles (candidatures, recherche de formation), le reste d'entretiens, ateliers ou immersions professionnelles. Les conseillers oscillent entre une lecture stricte du texte — focalisée sur les actions directement orientées vers l'emploi — et une approche plus large intégrant des démarches jugées utiles à la stabilisation du jeune. Cette plasticité, souvent nécessaire pour tenir compte des situations, complexifie néanmoins la cohérence du dispositif et brouille les finalités affichées.
Accompagnement un équilibre difficile à trouver
Sur le terrain, l'« intensité » prévue par le CEJ se heurte à des contraintes fortes. L'obligation de rendez-vous réguliers, pensée pour maintenir la dynamique des jeunes, devient parfois contre-productive lorsque les conseillers ne disposent ni du temps ni des ressources nécessaires pour en assurer la qualité. Résultat : certains suivis se transforment en séquences formelles, déconnectées des besoins réels, tandis que d'autres jeunes – aux situations plus complexes – échappent à une prise en charge adaptée. L'étude souligne également que cette intensité imposée ne tient pas toujours compte du rythme de progression de chacun, ce qui fragilise l'engagement, déjà difficile à maintenir dans la durée. Plus largement, l'écart entre l'ambition du dispositif et la réalité des partenariats locaux, notamment en matière d'immersion professionnelle, limite la capacité à transformer l'accompagnement en opportunités concrètes.
Au final, l'évaluation du Céreq rappelle la pertinence du CEJ tout en soulignant ses fragilités structurelles. À l'heure où chaque euro public doit démontrer son utilité, la consolidation de l'accompagnement, l'adaptation aux profils et la cohérence des moyens alloués apparaissent plus que jamais déterminantes pour garantir l'efficacité du dispositif.

