Carine Seiler, ancienne haut-commissaire aux compétences.

Carine Seiler, ancienne haut-commissaire aux compétences.

Le Plan d'investissement dans les compétences, mal compris ?

Menacé de suppression par le Sénat, le Plan d'investissement dans les compétences fait face à une crise de compréhension. Carine Seiler, ex Haut-commissaire, défend un dispositif innovant dont les réussites peinent à être reconnues.

 

Par - Le 15 décembre 2025.

La Conférence permanente des organismes de formation (CPOF) organisait son premier débat en ligne, le 11 décembre, autour de l'avenir du Plan d'investissement dans les compétences (Pic). Attaqué par la Cour des comptes (lire notre article), menacé de mort par un amendement du Sénat le 6 décembre (lire notre article), il a été ardemment défendu par Carine Seiler, ex Haut-commissaire aux compétences.

Modules additionnels, une innovation

C'est ainsi qu'elle détaille les innovations permises par le Pic, notamment les modules additionnels, qui permettaient de « faire, pas simplement plus, mais mieux et différemment » : pour répondre aux besoins de compétences spécifiques exprimées par les entreprises, des modules ont pu s'ajouter aux titres et diplômes sans attendre les évolutions des référentiels de certification. Par exemple, explique Carine Seiler, « les régions pouvaient, en complément d'un CAP couvreur, financer un module additionnel spécifique, comme conduite de drone pour voir ce qui se passe sur le toit… ».

En Normandie, la filière lin industriel a motivé la Région à créer une nouvelle certification ad hoc, « en s'appuyant sur les référentiels et les titres de la métallurgie, en intégrant des modules additionnels liés à cette culture du lin ». À l'heure de l'adaptation permanente aux technologies ou aux impératifs écologiques, ces modules fluidifient le système dans un « gagnant-gagnant » : « Les entreprises ont des professionnels mieux formés, ceux-ci sont garantis d'avoir une certification reconnue sur le marché du travail, et les certificateurs nationaux s'enrichissent de l'ensemble de ce matériau nouveau pour adapter les certifications ».

« C'est pour moi un des changements majeurs dans l'approche, y compris de l'achat de formation, qui permettait de sortir du débat un peu vain opposant les besoins de court terme et les besoins de long terme », ajoute-t-elle.

Innover avec les organismes de formation

Carine Seiler défend le rôle de vigie des OF, aptes à capter les évolutions des besoins sur le terrain. Elle souhaiterait, comme les organisateurs de ce débat, qu'ils puissent interpeler les financeurs sur ces « signaux faibles des transformations ». Pascale Gérard, présidente de la CPOF, estime quant à elle qu'il « en va de la nécessité d'une relation différente et d'un réel service public régional de la formation ».

Selon Carine Seiler, la DGEFP et le réseau des Carif Oref effectuent un travail de recension pour capitaliser l'expérience de ces modules additionnels. Car les évaluations, si elles sont mal conduites, conduisent à des contresens. Ainsi, elle rappelle que le Pic n'avait pas pour objectif de former plus de demandeurs d'emploi, mais mieux, différemment. Comme « il est plus compliqué de former des personnes très vulnérables », le Pic prévoyait 7% de son budget de financer l'innovation pédagogique, pour hybrider et s'adapter aux besoins d'accompagnement. De la même manière, pour éviter les ruptures de parcours, le Pic a pu cofinancer en Bretagne, les « interstices » entre les formations préqualifiantes et les formations qualifiantes. Du sans-couture et du sur-mesure qui n'a pas été forcément compris, ou évalué à sa juste mesure.