La mobilité internationale : un levier contre les décrochages et l’exclusion ?

Par - Le 25 novembre 2010.

Vaste question qu’a décidé de poser l’Agence Europe Education Formation France lors de la conférence de valorisation de l’année européenne de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale qui s’est déroulée les 18 et 19 novembre dernier à Paris.

120 millions de personnes souffrent de pauvreté en Europe. La lutte contre l’exclusion et la pauvreté signifie lutter contre l’illettrisme, lutter pour l’égalité des chances, contre les discriminations à l’égard des personnes souffrant de handicap, ou de problèmes sociaux. La lutte contre l’exclusion et les décrochages (l’école augmentant les chances d’une personne d’être intégrée socialement) est un travail titanesque. Pourtant, des expériences telle que la mobilité internationale, qui peut sembler superflue quand on parle de pauvreté et d’exclusion, a des bénéfices essentiels pour les personnes concernées.

Tout d’abord parce qu’une mobilité permet d’évoluer et apporte des nouvelles compétences – reconnues – aux personnes qui sont parties telle que l’adaptation à un milieu, l’apprentissage d’une culture, l’apprentissage d’une langue parfois, et surtout, une mobilité apporte une confiance en soi grâce à cette capacité à vivre seul.

Pour Dominique Besnard, directeur national en charge des politiques sociales, européennes et internationales des CEMEA (Centre d’entraînement aux méthodes d’éducation active), « le bien grandir passe par une séparation, être mobile est donc nécessaire pour se développer. Mais cette mobilité ne se décrète pas, elle nécessite plusieurs conditions : elle doit être possible, choisie, partagée et une préparation est primordiale ». La mobilité internationale est déjà effective pour les CEMEA. Ils sont ainsi associés à l’Ofaj (Office franco-allemand pour la jeunesse), ce qui a par exemple permis à dix animateurs du CEMEA Nord-pas-de-Calais de travailler avec dix animateurs sociaux professionnels allemands.

Pour Jean Vanoye, président de la Freref[ 1 ]Fondation des Régions Européennes pour la Recherche en Éducation et en Formation , une chose est sûre, « des gens qui ont vécu une mobilité ont vécu une expérience positive, ce qui peut parfois permettre aux jeunes décrocheurs de raccrocher ». Et dans un parcours souvent plus difficile que les autres, une expérience positive peut tout changer.

La preuve. Frédéric Lefret, secrétaire général de l’Office Franco-Québécois pour la jeunesse, organise la mobilité de jeunes de Missions locales, qui partent entre trois et six semaines. L’expérience est positive puisqu’il obtient un taux de retour à l’emploi de 71 %. Pourquoi ça fonctionne ? Dépaysement, environnement anglo-saxon dans un contexte francophone qui permet de ne pas savoir parler anglais, et surtout mise en place d’outils d’évaluation des compétences. Mais Frédéric Lefret ne croit pas aux mobilités de courte durée : « l’échange ne fonctionne que sur la durée, les stages d’une semaine ne servent pas à grand-chose. Le minimum c’est trois ou quatre mois afin que cette mobilité soit une immersion et non une visite ».

Le « maquis des dispositifs »

Mais le secrétaire général de l’Office Franco-Québécois pour la jeunesse rappelle aussi que 250 millions d’euros ont été consacrés à la mobilité en 2008 en France, 50 % étant financés par les Régions et l’Etat, l’autre moitié par l’Union Européenne. En outre, il existe 70 dispositifs d’aide à la mobilité. « C’est un fantastique maquis. Les moyens sont là mais il faut les identifier », affirme-t-il.

Pour Samuel Le Floch, chargé de mission affaires européennes à la FNARS[ 2 ]Fédération nationale des associations d’accueil et de réinsertion sociale, « il faut pousser les travailleurs sociaux à utiliser l’Europe pour la mobilité alors qu’ils perçoivent l’Europe comme une contrainte, notamment en raison du FSE. Car eux-mêmes n’ont pas accès à l’information et n’ont pas le réflexe de la mobilité internationale. Il évoque ainsi le refus d’un directeur de Mission locale pour une mobilité, parce qu’il estimait que la mobilité n’était pas pour les jeunes accueillis dans sa Mission locale ». « Toutes les associations qui ont développé des projets de mobilité sont revenues ravies ! Le plus dur, c’est de lancer la machine », conclut Samuel le Floch.

Notes   [ + ]

1. Fondation des Régions Européennes pour la Recherche en Éducation et en Formation
2. Fédération nationale des associations d’accueil et de réinsertion sociale

Centre Inffo vous conseille également

Découvrez nos newsletters