Technologies : la généralisation n’efface pas les inégalités d’accès

Par - Le 16 juin 2011.

Invité lors des 1ères rencontres des acteurs de l’orientation[ 1 ]1ères rencontres des acteurs de l’orientation – L’accompagnement numérique : quelles perspectives pour l’orientation ?, Paris, 14 et 15 juin 2011 à présenter les « usages différenciés des technologies selon les âges », Christian Bensi, consultant en technologies de l’information, a tout particulièrement intéressé décideurs et opérateurs. Produisant une avalanche de chiffres, Christian Bensi a permis de mettre en regard les données témoignant d’un taux de pénétration extraordinairement important des TIC en France, à des réalités de nature à modérer les ardeurs des partisans du tout-numérique.

Christian BensiD’un côté des chiffres au service de l’injonction : « 78 % des français connectés à internet », « 65,5 millions de téléphones mobiles », « 39 % de la population disposant d’un abonnement téléphonique mobile permettant de se connecter à internet », etc. De l’autre, des inégalités d’équipement et d’usages qui questionnent les politiques publiques. Exemple ? « 10 % des étudiants n’ont pas accès à internet en 2010, alors qu’ils étaient seulement 7 % en 2009 », souligne le consultant. Réaction de Francis Danvers, professeur à Lille 3 : « de telles données m’intéressent, vous ouvrez la boîte noire des usages ! » De fait, « les chiffres cachent des disparités », commente Christian Bensi. Exemple, « la fracture numérique touche grandement les non-diplômés : alors que 71 % en moyenne nationale disposent d’une connexion internet à domicile, on en trouve seulement 39 % chez les non-diplômés ; de même, 49 % des non-internautes sont non-diplômés alors qu’ils ne représentent que 19 % de la population française ».

Autre exemple de disparité avec l’usage des SMS : avec 182 messages envoyés en moyenne chaque semaine, les 12-17 ans communiquent 5 fois plus que les 25-39 ans et 12 fois plus que les 40-59 ans. Autre enseignement de ce recours massif aux SMS, -« 34 milliards de SMS envoyés chaque trimestre, + 52% en 1 an »-, le fait que le téléphone devient un média de l’écrit, « l’appel vocal étant de plus en plus considéré comme intrusif ». Privilégiant l’écriture dans leurs rapports amicaux, les jeunes la plébiscitent aussi dans leurs recherches d’informations, comme en témoigne les chiffres de consultation de l’Onisep : « sur Monorientationenligne.fr, le site des plateformes de l’Onisep destinées à l’orientation scolaire, on constate 65 % de contacts par chat, 23 % par mail et 12 % par téléphone ». Précision, « 75 % des appels téléphoniques viennent des parents, les jeunes recourant eux massivement au chat et au mail ».

Répondant à une question sur la distinction entre digital natives[ 2 ]Les populations ayant grandi dans un environnement numérique et, donc, nées à partir de la fin des années 1980. et digital migrants[ 3 ]Les populations nées avant le développement grand public des TIC, qui doivent fournir un effort d’acculturation aux outils numériques., Christian Bensi n’est pas loin de ramener le clivage générationnel à une idée reçue : « d’abord, certains jeunes n’ont pas connu internet à domicile ; ensuite, s’ils sont bons pour bricoler un ordi et remarquables pour s’emparer d’un jeu, le problème vient qu’ils se concentrent surtout sur les usages ludiques. En tant qu’enseignant, je suis effaré de voir comment les jeunes recherchent l’information », à majorité via Google (et uniquement via Google). Et de souligner à l’adresse des « professionnels de l’orientation : vous pouvez les rencontrer sur ces terminaux, mais leur statut de digital native ne les aide pas particulièrement à être efficaces dans leur recherche d’informations ». Ce qui n’empêche pas par ailleurs ces mêmes jeunes d’estimer qu’ils détiennent l’information : « quand ils se rendent dans une structure d’information, les jeunes sont 63 % à souhaiter y rencontrer une personne qui les conseille, et non pas qui les informe ».

Évoquant en conclusion l’évolution des métiers sous l’impact d’internet, Christian Bensi invite notamment à « remettre de l’humain dans internet, par exemple en améliorant la complémentarité : pourquoi pas des systèmes d’assistance click-to-call ? »[ 4 ]Dispositif permettant à l’internaute d’être mis en relation téléphonique avec un conseiller par un simple clic., interroge-t-il.

[(2 questions à Christian Bensi

Votre intervention montre un fort besoin d’accompagnement, voire de formation aux usages numériques. Avez-vous repéré de tels dispositifs ?

Globalement, non. On va éventuellement former les personnes à la dimension technique, au maniement de la souris, mais cela va rarement plus loin. Et pourtant, un important travail de sensibilisation à internet et à ses avantages devrait être fait. Lorsque l’on apprend à des jeunes peu qualifiés à chercher un emploi, on devrait en profiter pour les former aux usages d’internet, mais non, on a toujours l’impression que pour ces publics là, internet n’est pas important.

Que pensez-vous du recours croissant aux outils numériques à des fins d’orientation et de formation ?

Cela dépend du public visé, il y a une multiplicité d’outils qui peuvent correspondre à une multiplicité d’utilisateurs. La difficulté tient pour partie à l’identification des attentes : il n’y a pas deux jeunes pareils et il est très difficile de parvenir à connaître leurs réels besoins. D’où la nécessité de ne pas mettre ses œufs dans le même panier, tous ces outils sont complémentaires… Si MobiPOF [ 5 ]Application pour smartphone lauréate de l’appel à projet Proxima Mobile du portail Orientation & Formation, développée par Centre Inffo parvient à toucher 1 % du public, ce n’est déjà pas si mal !

Pour retrouver Christian Bensi : SiteBlog)]

Notes   [ + ]

1. 1ères rencontres des acteurs de l’orientation – L’accompagnement numérique : quelles perspectives pour l’orientation ?, Paris, 14 et 15 juin 2011
2. Les populations ayant grandi dans un environnement numérique et, donc, nées à partir de la fin des années 1980.
3. Les populations nées avant le développement grand public des TIC, qui doivent fournir un effort d’acculturation aux outils numériques.
4. Dispositif permettant à l’internaute d’être mis en relation téléphonique avec un conseiller par un simple clic.
5. Application pour smartphone lauréate de l’appel à projet Proxima Mobile du portail Orientation & Formation, développée par Centre Inffo

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