La crise, grand accélérateur du digital learning (Fffod)

Le forum des acteurs de la formation digitale a dévoilé mardi 24 novembre son enquête annuelle sur les usages du digital learning. Combiné aux enseignements de l’enquête du Carif-Oref francilien Défi Métiers, les résultats témoignent d’une accélération du déploiement de la formation digitale. Après l’urgence, l’enjeu qualité s’impose.

Par - Le 26 novembre 2020.

Avec une planète quasi instantanément clouée au sol par l’irruption de la pandémie Covid-19, la formation aurait pu, comme tant d’autres activités humaines, s’interrompre. Il n’en a rien été. Rien qu’en France, l’argent public consacré au soutien à la formation a atteint d’inédits sommets : « 1 milliard d’euros pour maintenir l’employabilité des salariés avec le dispositif FNE-Formation, 1,6 milliard d’euros pour former les jeunes notamment les moins qualifiés, 400 millions pour les reconversions professionnelles », auxquels « s’ajoutent 300 millions d’euros pour la modernisation de l’appareil de formation qui s’entend comme une très forte incitation à accélérer la transition digitale des organismes de formation », campe Aurélia Bollé, déléguée générale du Fffod. Sur le terrain, entre accélération d’une transformation annoncée pour les uns et révélation d’une irrésistible mutation pour les autres, la crise sanitaire a unanimement bousculé l’appareil de formation : ils n’étaient pas tous prêts, mais tous étaient frappés…

« La crise a été un révélateur de l’utilité du digital learning, même si le chemin à parcourir vers une offre de formation multimodale de qualité est encore long, il y a eu une véritable prise de conscience » (Aurélia Bollé).

Objectif qualité

Pour le Fffod, tout l’enjeu est désormais de maintenir la dynamique, dans le respect des « canons de la formation à distance », qui supposent a minima « la construction d’un parcours en autoformation, accompagnée d’activités pédagogiques variées qui alterne des temps synchrones et asynchrones. »  Directeur de France Université Numérique et membre du groupe de travail du Fffod, Gilles Bensaïd concède que « l’offre a été globalement digitalisée dans l’urgence avec un succès variable et souvent sans scénarisation spécifique. »

Pour autant, un marché est selon lui bien en voie de constitution, avec le soutien des opérateurs de compétences (Opco) qui ont globalement investi leur « mission de facilitateur. » Il le souligne, deux d’entre-eux ont mis à disposition de leurs adhérents une plateforme LMS en marque blanche et les autres y réfléchissent. Parmi les freins qui subsistent à la constitution du marché, Gilles Bensaïd évoque des financeurs publics et privés parfois peu enclins au distanciel et des organismes de formation confrontés à la suspension de commande par le client malgré une proposition d’alternative en distanciel ou, pour 29 % des prestataires ayant maintenu leur activité de formation, des difficultés à obtenir le paiement des formations. Dans ses préconisations, le Fffod recommande de mettre à disposition un accompagnement technique, financier et stratégique, de formaliser un guide d’achat de la formation à distance et d’activer le potentiel du financement des formations à distance dans le cadre du forfait parcours.

Avenir multimodal

Durant la crise, la formation digitale a majoritairement été perçue comme une opportunité, avec réserves. Loïc Tournedouet, directeur de la communication digitale à l’Afpa, souligne que c’est le modèle de la formation multimodale qui est plébiscité, jamais le 100 % distanciel. L’étude confirme également que la formation digitale ne doit pas s’entendre comme déshumanisée et que l’accompagnement pédagogique est une « clé de réussite, souvent sous-estimée. » Responsable des études Défi Métiers, Béatrice Pardini souligne un investissement lourd à porter, accompagné d’une demande d’adaptation de la formation et de formation des formateurs.

Le oui mais des apprenants

Pour 88 % des stagiaires, essentiellement des demandeurs d’emploi engagés dans des actions de formation financées par la Région Ile-de-France, il s’agissait d’une première expérience de formation à distance. La possibilité de s’organiser plus librement et de gagner temps et argent en évitant les transports est appréciée, mais beaucoup regrettent l’isolement et souhaiteraient pouvoir tout de même se rendre en centre de formation. La question de la fracture numérique est également évoquée, avec de « grosses difficultés à suivre les formations à distance » pour 22 % d’entre-eux.

Loïc Tournedouet insiste en conclusion : « il n’y a plus de débat sur l’intérêt de la distance », mais une conscience accrue des difficultés et des articulations à travailler. Et pour les formateurs, une invitation à revoir leurs pratiques en présentiel.

« Le présentiel, c’est de l’or en barre, il faut l’optimiser ! » (Loïc Tournedouet)

L’enquête annuelle du Forum des acteurs de la formation digitale (Fffod) est pilotée par l’Agence nationale pour la formation professionnelle des adultes (Afpa) et France Université Numérique (Fun).
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