« Il faut poursuivre et amplifier l’Erasmus des apprentis malgré la crise sanitaire » (Sylvie Brunet)

Erasmus des apprentis, présidence française de l’Union européenne en 2022 : entretien avec Sylvie Brunet, députée européenne au sein du groupe Renew, membre de la commission de l’emploi et des affaires sociales.

Par - Le 08 avril 2021.

Le Quotidien de la formation – La France prendra la présidence tournante du Conseil de l’Union européenne le 1er janvier 2022, pour un semestre. En tant que députée européenne, vice-présidente du groupe Renew Europe et membre de la commission de l’emploi et des affaires sociales, qu’en attendez-vous ?

Sylvie Brunet – En tant que députés européens, nous sommes fiers de cette présidence pour notre pays. Les ambitions sont grandes même s’il faut tenir compte de la crise sanitaire. Nous espérons néanmoins faire aboutir deux textes, peut-être trois, durant le mandat français. D’une part, l’instauration d’un salaire minimum européen. D’autre part, la transparence et la lutte contre les discriminations salariales entre hommes et femmes. Enfin, mais cela est plus hypothétique, en termes de timing, l’encadrement des conditions de travail et du statut des travailleurs des plateformes numériques.

QDF – Qu’en est-il de l’Erasmus des apprentis créé en 2014 ?

S. B. – Malheureusement, avec la pandémie, l’ensemble de la mobilité des étudiants et des apprentis est à l’arrêt depuis un an. Les jeunes apprentis ont malencontreusement arrêté de se déplacer. En Europe, notre pays est le fer de lance pour relancer ce dispositif d’échanges dans l’enseignement professionnel. L’objectif est de compter 15 000 apprentis en mobilité en 2022. Malheureusement les apprentis sont, en moyenne, sept fois moins nombreux à partir que les étudiants en formation initiale. Nous souhaitons faciliter les démarches pour ces jeunes, leurs familles et les entreprises et lever des obstacles, que ce soit en termes de protection sociale ou d’assurance chômage. La problématique des apprentis transfrontaliers est un défi supplémentaire à relever.

QDF – Vous avez présidé en 2017-2018 la commission de la concertation sur l’apprentissage qui a inspiré, sur ce volet, la loi  »pour liberté de choisir son avenir professionnel » adoptée en 2018. A l’aune de votre mandat européen et de votre regard sur ce qui se pratique ailleurs, en la matière, sur le Vieux Continent, quel avenir voyez-vous à l’apprentissage ?

S. B. – Forte de mon expérience de 28 ans en tant que DRH de grands groupes, parallèlement à mes mandats politiques, j’ai toujours considéré la formation professionnelle comme étant une brique essentielle pour optimiser les parcours professionnels des salariés et développer leurs compétences. Idem pour l’apprentissage qui, malgré la crise sanitaire, a littéralement explosé ces deux dernières années dans l’Hexagone et permet aux jeunes de se projeter avec davantage de perspectives dans leur avenir professionnel. En tant que député(e) européen(ne) il faut se garder de faire preuve de cette fameuse arrogance à la française — dont nos amis allemands sont également coutumiers — et s’inspirer des bonnes pratiques qui pullulent dans les autres pays. En matière d’apprentissage, l’Allemagne et l’Autriche demeurent des modèles incontournables avec cette litanie de dirigeants, qui ont débuté au bas de l’échelle hiérarchique et qui sont parvenus au sommet grâce à la formation professionnelle. Tout le contraire de l’élitisme à la française ! Les jeunes allemands se dirigent plus naturellement vers les secteurs qui recrutent et qui sont peut-être moins glamours (logistique, digital,..), contrairement à nos jeunes compatriotes.

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