« Notre objectif, c’est l’innovation » (Marie Morel, Île-de-France)

Directrice de la formation professionnelle à la Région Île-de-France, Marie Morel expose au Quotidien de la formation les enjeux de l’appel à projet visant à « soutenir des actions innovantes d’insertion dans l’emploi ».

Par - Le 18 juillet 2019.

Le Quotidien de la formation – L’appel à projets du Pacte régional d’investissement dans les compétences Île-de-France va consacrer 17,5 millions d’euros à des actions innovantes. Quels sont vos objectifs et combien de personnes entendez-vous toucher ?

Marie Morel - Nos objectifs sont ceux figurant dans le Pacte régional d’investissement dans les compétences, conclu le 4 avril dernier entre la présidente et le préfet de région. L’objectif principal de l’appel à projets est de trouver de nouvelles réponses en matière de formation pour s’insérer dans l’emploi. Des expérimentations pour répondre aux besoins de compétences aujourd’hui insatisfaits vont porter sur de nouvelles actions de formation, mais pourront également comprendre de nouvelles formes d’accompagnement et des initiatives qui ne sont pas portées dans le cadre habituel de la formation professionnelle des demandeurs d’emploi. Nous cherchons aussi à promouvoir l’utilisation des technologies innovantes car elles peuvent faciliter la pédagogie et, à terme, alléger les coûts de formation. Il est difficile d’avoir un chiffrage précis du nombre de bénéficiaires, mais on considère que c’est de l’ordre de 2 000 à 2 500 personnes.

La Région Île-de-France lance un appel à projets visant à « soutenir des actions innovantes d’insertion dans l’emploi »

QDF - Est-ce le critère de 70 % de candidats formés embauchés qui déterminera le passage à l’échelle de ce volet expérimental ?

M. M. -  Non, ce qui détermine le caractère expérimental du projet, c’est d’abord le diagnostic : en quoi la situation décrite constitue-t-elle un problème pour la profession, le territoire, le Francilien éloigné de l’emploi ? En quoi les réponses existantes ne fonctionnent pas et pour quelles raisons ? Que faut-il faire évoluer ? En quoi la réponse proposée dans le projet peut permettre de le solutionner et de faire évoluer les dispositifs existants ? Est-elle susceptible d’avoir un effet démultiplicateur ? C’est sur la base du diagnostic posé de la situation, de l’existant et de la solution globale proposée que nous apprécierons les candidatures.

QDF - L’incitation à la constitution de consortiums est-elle un élément nouveau dans ce type d’appel à projets ? Pourquoi est-ce important ?

M. M. –  C’est une volonté forte du Pic et elle est en cohérence avec la dimension du problème à résoudre. La constitution de consortiums doit permettre d’attester ainsi d’un bon maillage sur le territoire et de la mobilisation d’un spectre d’expertises adapté, à même d’offrir une réponse globale sur les difficultés observées de bout en bout de la chaîne. Cela peut être difficilement l’affaire d’un seul acteur, quel qu’il soit. Ainsi, la réponse formation pour les plus fragilisés ne suffit pas ; le sourcing des personnes très éloignées de l’emploi, leur insertion dans l’emploi nécessitent de bien connaître à la fois les publics mais aussi les acteurs de l’insertion. C’est également l’occasion d’expérimenter d’autres voies sur ces domaines.

QDF - Quels sont les besoins non pourvus en Île-de-France en raison d’une « inadaptation de l’offre » ?

M. M. - Nous connaissons en Île-de-France une période un peu paradoxale. Les embauches sont relativement élevées, les entreprises recrutent mais le chômage ne baisse pas significativement. Les secteurs en forte tension de besoin de main-d’œuvre sont également connus : BTP, hôtellerie-restauration, sanitaire et social, services à la personne, sécurité, etc. Ces besoins ne vont probablement pas se tarir à court et moyen termes tant l’Île-de-France porte de nombreux projets d’infrastructures, d’événements sportifs, touristiques, etc. Et les besoins de la population francilienne en services vont également s’accroître. En somme, nous avons de forts besoins et une population que la Région doit aider pour y répondre.

QDF - La seconde orientation de l’appel à projets privilégie les technologies numériques pour répondre aux besoins d’innovation dans les modalités de formation. Pourquoi ?

M. M. - C’est une orientation majeure de la démarche que nous portons. En effet, les technologies numériques doivent permettre de lever bon nombre d’obstacles. Il peut s’agir d’abord de faciliter l’usage des données pour mieux connaître les besoins des entreprises présents ou à venir. Ce peut aussi être l’utilisation de ces technologie dans un but pédagogique, soit pour en maîtriser l’usage, soit pour en faire des outils d’apprentissage dans certains métiers. Enfin, nous ne nous arrêtons pas aux technologies numériques. Notre objectif, c’est l’innovation. Nous attendons donc des propositions, des projets qui auront pour but de trouver des modalités d’insertion professionnelle nouvelles et à fort potentiel.

QDF - Comment justifiez-vous l’appel à l’innovation ?

M. M. - Dès lors que les dispositifs existants dits « classiques » ne permettent pas de répondre entièrement aux besoins des demandeurs d’emploi et des entreprises, ils nous faut absolument repenser nos modalités d’intervention. Nous estimons, de manière réaliste, que nous ne pouvons pas le faire sans les forces vives de la Région. Notre valeur ajoutée est d’impulser et de donner une orientation qui permette de faire émerger les bonnes idées.

QDF - Que représente le Pacte régional d’investissement dans les compétences signé le 4 avril dernier ? Où en est sa mise en œuvre ?

M. M. – Le Pacte est une opportunité de « faire plus ». Nous abondons l’offre régionale à hauteur de 24 000 places en plus des 38 000 prévues normalement. Il nous permet aussi d’avoir une approche complémentaire avec Pôle emploi et de les associer au Pacte pour les actions relevant de leur champ de compétences mais pas seulement. C’est une opportunité pour « faire plus » mais aussi pour « faire mieux », en expérimentant de nouvelles réponses, notamment dans la conjoncture favorable pour l’emploi que nous connaissons. Nous, Région, devons utiliser le plan d’investissement dans les compétences pour répondre aux besoins des entreprises rapidement. Nous devons l’utiliser pour favoriser l’emploi durable en apportant toutes les réponses aux besoins de qualification aujourd’hui insuffisamment ou pas satisfaits.

Documents à consulter

ATTENTION : les projets doivent être déposés sur le site « Mes démarches » avant le 15 septembre prochain.

Centre Inffo vous conseille également