Des alliances pour réussir la réforme de l’apprentissage

En ouvrant le marché de l’apprentissage, la loi « avenir professionnel » crée de nouvelles opportunités pour les CFA, les prestataires de formation et les entreprises. Mais rares sont les acteurs qui pourront jouer en solo. Des stratégies de partenariats commencent à se dessiner.

Par - Le 24 juin 2019.

Les Compagnons du devoir et le réseau des Chambres de métiers de l’artisanat (CMA France), deux acteurs majeurs de l’apprentissage, ont décidé de s’associer avec pour objectif de « travailler en bonne intelligence » pour proposer, si besoin, des démarches ou des offres communes. Cette annonce faite à l’occasion du dixième rendez-vous du cycle « Dessine-moi la réforme ! » organisé par Centre Inffo le 20 juin, montre à quel point la réforme de l’apprentissage est structurante. Dans un marché devenu concurrentiel, les capacités à innover et à s’adapter rapidement à la demande seront déterminantes à l’avenir. Dans ce nouveau contexte, « impossible de se développer sans tenir compte de ce qui se passe dans son environnemen  », estime Jean-Claude Bellanger, secrétaire général des Compagnons du devoir.

Mutualisation de moyens

« Proposer de nouveaux équipements techniques ou ressources pédagogiques représente des investissements importants », rappelle François-Xavier Huard, directeur entreprises, économie et formation de CMA France. D’où la volonté des deux réseaux de nouer, sur le terrain, des « stratégies d’alliance » qui se traduiront par des mutualisations de moyens et de ressources en fonction des opportunités. Plutôt que de créer de toute pièce un nouveau plateau technique pour répondre à une demande, un CFA pourra par exemple s’appuyer localement sur les infrastructures de l’autre réseau.

Jean-Claude Bellanger (Compagnons du devoir), Thierry Teboul (Afdas), Catherine Trocquemé (Centre Inffo) et François Xavier Huard (CMA France)

Synergies entre CFA ou coopération entre acteurs historiques et nouveaux entrants sur le marché. À l’avenir, ces logiques de partenariats devraient se multiplier. La réforme offre aux entreprises la possibilité de créer leur propre CFA. Mais se positionner sur le marché de l’apprentissage ne s’improvise pas.

Création de CFA

Le groupe Nicollin, qui opère dans le secteur de la propreté et du traitement des déchets, s’apprête à ouvrir en octobre sa structure pour préparer des apprentis au BTS des métiers des services à l’environnement. Si l’entreprise a choisi de se lancer en solo, c’est parce qu’aucun acteur existant n’était en mesure de lui proposer une solution à Montpellier. « Créer son CFA s’apparente à un vrai projet d’entreprise. Nous savons que cela va être long, difficile et périlleux », admet Patricia Jarlot, directrice de la formation de l’entreprise. Le groupe Nicollin a d’autres projets à l’étude pour 2020 mais pour les mener à bien, « nous travaillerons en partenariat avec des CFA locaux ou nationaux », indique Patricia Jarlot.

L’Opco comme trait d’union

Accompagner les entreprises, les branches professionnelles ou les prestataires de formation représente pour les CFA de nouvelles opportunités. À condition d’être à l’écoute du marché et de trouver les bonnes synergies. En tant qu’interfaces entre les entreprises et les prestataires de formation, les opérateurs de compétences (Opco) ont un rôle clé à jouer dans ce nouvel environnement.

Outre l’accompagnement qu’ils peuvent proposer en matière d’identification des besoins ou d’ingénierie pédagogique, les nouveaux organismes paritaires deviennent un trait d’union indispensable en matière de développement de l’apprentissage. C’est du moins le rôle qu’entend jouer l’Afdas. « Encourager les acteurs à travailler ensemble, c’est l’une de nos missions de demain », estime Thierry Teboul, son directeur général. L’opérateur de compétences des secteurs de la culture, des médias, des télécommunications, du sport et du tourisme est en train de créer « une communauté de CFA » pour favoriser les échanges et créer, le cas échéant, des synergies. « C’est le moment de réfléchir ensemble à des stratégies communes en visant l’excellence de chacun pour l’excellence de l’ensemble », ajoute Thierry Teboul.

Relations à réinventer

Dans un nouvel environnement qui impose des transformations importantes, les CFA attendent aussi des opérateurs de compétences « une aide à la conduite du changement », souligne François-Xavier Huard. Des offres de services en ce sens commencent à émerger à l’instar de celle annoncée par Agefos-PME. Nouvelles offres de services, partage de bonnes pratiques, coopération sur le terrain, la réforme impose aussi de repenser les relations entre acteurs.


En savoir plus

CFA, Opco, entreprises: en pratique, quel modèle économique pour l’apprentissage ? (Dossier documentaire)

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