Jean Millerat, directeur de l’innovation du Cned

Par - Le 01 juin 2012.

“Je retrouve au Cned des moteurs de passion.”

“Un irréductible technophile, un geek [ 1 ]Terme anglophone qui désigne à l’origine un jeune passionné d’informatique, jusqu’à l’excès… et un audacieux innovateur social.” Ainsi Jean-Marc Roosz, président de l’École 2 Demain, décrit-t-il Jean Millerat, le nouveau directeur de l’innovation du Cned. Plutôt bien vu, si l’on s’en tient à ce que l’intéressé lui-même nous aura livré de son parcours : “D’un côté, j’ai un peu eu une enfance de geek, de l’autre, une implication forte dans le monde associatif et solidaire.” Ajoutez un sens du service public reçu en héritage − “en général, les hommes de ma famille portent l’uniforme et les femmes sont enseignantes” − et vous obtenez une première clé de lecture de la recrue de 37 ans choisie pour succéder à Bernard Cornu, devenu lui directeur de cabinet du directeur général.

Lycéen, étudiant ingénieur, volontaire du service civil, bénévole dans des associations de quartier, créateur d’entreprise ou salarié, Jean Millerat commente chaque étape en insistant sur le “lien” à trouver entre dimension technologique et dimension humaine. Ainsi évoque-t-il ses années de prépa : “Ce que je cherchais surtout, c’était une manière de donner du sens à ce lien et de trouver la bonne orientation professionnelle qui me permettrait de me sentir engagé.” Et d’analyser : “Finalement, le moteur psychologique est de me sentir utile, en faisant ce que je sais bien faire, et en voyant que ce que je fais sert à quelque chose qui ne soit pas de l’ordre du superflu.” Si le sens est le moteur, l’innovation sera le carburant : “Mon domaine essentiel et transversal, c’est l’innovation, c’est-à-dire le process qui va de la recherche appliquée jusqu’à la commercialisation de services, en passant par l’entrepreneuriat.” Se référant volontiers aux travaux d’Edgar Morin sur la complexité, Jean Millerat le souligne, l’innovation n’est pour lui pas seulement “technologique”, mais aussi “sociale, économique et pédagogique”.

Un échantillon de sa capacité à innover ?

La tentative, en 1994, alors qu’il était étudiant à l’École centrale de Lille, de créer “une borne multimédia interactive dans un quartier du Val-Fourré, pour aider à mettre en relation des acteurs locaux à travers l’identification de leurs centres d’intérêt traités par un moteur d’intelligence artificielle”.

Soit rien de moins qu’un véritable réseau social, trois ans avant la création de Facebook ! Un exemple de sa fibre “techno-sociale” ? La création, en 2008, d’une entreprise sociale en mécénat informatique, projet visant à mettre à disposition des associations de solidarité les compétences d’ingénieurs salariés de SSII durant leurs périodes d’inactivité. Également fort de deux postes à responsabilité au sein de grands comptes, Jean Millerat y aura à la fois développé sa capacité à manager − jusqu’à 25 salariés et huit millions d’euros de budget chez Saint-Gobain − et confirmer ses valeurs : responsable chez Motorola de l’équipe française de recherche en intelligence artificielle, il raconte le contraste entre le “grand plaisir technologique” et des “finalités essentiellement financières [qui lui] hérissaient le poil au point de refuser de travailler sur certains sujets, comme le ciblage publicitaire”…

Autant de dimensions qui seront nécessaires pour “construire une stratégie d’innovation qui corresponde vraiment à la culture du Cned”, laquelle combine problématique économique forte et véritable mission de service public. Commentaire du nouveau directeur : “La question est surtout de savoir comment on articule l’ensemble dans une stratégie qui fasse sens pour l’établissement Cned.

La question secondaire est : « Qu’est-ce que je peux apporter dans ce projet collectif ? » Ce que je pressens, c’est que je retrouve au Cned des choses qui sont pour moi des moteurs de passion : le sens du service public, du service à autrui, le souci du partage des connaissances et, en même temps,
une dimension technologique.” L’enjeu pour les apprenants ? “Tirer parti des technologies pour apporter du plus pédagogique et économique”, de manière à leur permettre de “réussir un concours, une reconversion professionnelle ou, tout simplement, leur éducation”. Jean Millerat en est convaincu :

“Le Cned est centré sur ces vrais enjeux humains, pas sûr les enjeux technologiques, ce qui est bien le bon ordre pour voir les choses”, estime-t-il.

Engagé pour diriger l’équipe chargée “d’imaginer les offres du Cned de demain et le positionner comme référent de l’innovation de l’Éducation nationale française dans le domaine de la formation à distance”, Jean Millerat n’aura finalement qu’à tracer son sillon : “Dès le lycée, je savais que s’il y avait quelque chose qui pouvait vraiment
me correspondre et me permettre d’avoir un sens de l’engagement dans ma vie professionnelle, ce serait d’arriver à faire le lien entre la créativité technologique et les problématiques sociales de Monsieur et Madame Tout-le-Monde.”

Y aurait-il meilleur sujet que la formation tout au long de la vie pour pareil cahier des charges ?

Notes   [ + ]

1. Terme anglophone qui désigne à l’origine un jeune passionné d’informatique, jusqu’à l’excès…

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