Olivier Las Vergnas, Le Géo Trouvetou de l’orientation

Par - Le 15 décembre 2013.

Prendre d’abord un astrophysicien. Ajouter
un directeur de recherches doctorales en
sciences de l’éducation. Saupoudrer d’une
touche de romancier. Mélanger avec le
créateur des Cité des métiers. Assaisonner
d’une Cité de la santé. Si le résultat se fige,
c’est mauvais signe. Mais s’il lance des
“Gé-nial !” à tout va, se délecte de chaque
saveur rencontrée, c’est bon signe. Signe
que vous venez de rencontrer Olivier Las
Vergnas, l’homme qui ne peut s’empêcher
d’explorer les passerelles. À tout juste 59
ans, celui qui s’est voué aux Cités des métiers
entretient une relation originale avec le
concept d’orientation : “L’orientation, c’est
l’éducation au choix, moi, j’ai plutôt accumulé
des vies en parallèle : choisir, c’est renoncer,
je ne crois pas avoir renoncé beaucoup…”


À ses convictions ? Il demeure encore et
toujours militant de l’éducation populaire. À
sa passion ? Il reste président de l’Association
française d’astronomie. À l’écriture ? Seul le
temps manque pour un nouveau roman. À sa
carrière ? Les Cités des métiers continuent de
se développer…

Travailler ou étudier, pourquoi
choisir ?

Les vies parallèles, Olivier Las Vergnas
connaît depuis l’école : “Je ne comprenais pas
pourquoi l’on ne nous expliquait pas à quoi
servait apprendre, je m’occupais plus du club
d’astronomie que d’aller en cours…”
Une
manière d’inaugurer un parcours académique
hors norme : du Deug de maths-physique à
la thèse de doctorat en sciences de l’univers
en passant par la direction de recherche
en sciences de l’éducation, il aura tout
accompli en travaillant. Véritable alternant
avant l’heure, il puise en cours du soir la
cohérence dont il craint manquer au travail :
jeune permanent de l’Association nationale
des clubs scientifiques (ANCS) [ 1 ]Devenue Association nationale des sciences
techniques jeunesse, puis Planète Sciences.
au mitan
des années 70, il raconte : “Je prétendais
former les profs à une pédagogie des sciences
fondée sur la recherche, il fallait donc que
je fasse de la recherche et une thèse, sinon
c’était du bluff…”
Du haut de ses 85 ans, le fondateur des clubs
scientifiques, Pierre-Julien
Dubost, se souvient d’un
jeune homme “dynamique,
passionné de la science et
des autres : typiquement le
parcours d’un homme de
projet, qui a toujours essayé
d’avancer, de créer, d’améliorer
et d’apporter quelque
chose”
. Et d’insister : “Il y a
trois types d’hommes : les
fonctionnaires, les mercenaires
et les missionnaires.
C’est un missionnaire.”

Tous scientifiques !

Porteur de quelle révélation ?
Celle-là même qui le conduit
à promouvoir la médiation
scientifique au Palais de
la découverte, qui donnera
naissance à la Nuit des
étoiles et, dans le sillage
de la création de la Cité
des sciences et de l’industrie, aux Cités
des métiers : “Ce que j’ai compris dans les
années 70, c’est qu’il n’y a pas de problème
cognitif à l’intérêt et à la compréhension
des sciences, mais un système social
d’organisation qui fait que certains sont plus
motivés que d’autres. L’idée qu’il y aurait des
« scientifiques » et d’autres qui ne le seraient
pas, c’est une fabrication scolaire.”
Pour
comprendre le lien avec les Cités des métiers,
il faut se rappeler qu’il a créé la première en
1993 à la Villette, dans le cadre du temple
de la vulgarisation scientifique voulu par
Giscard : “En ouvrir les portes à des gens qui
rencontrent des problèmes dans leur vie professionnelle
ou des difficultés d’orientation,
c’était montrer à tous qu’il est intéressant
d’améliorer ses qualifications et d’apprendre
à se servir des technologies”
, explique-t-il.

Le militant de l’éducation populaire

“Un véritable militant de l’éducation
populaire, qui sait écouter, reconnaître et
valoriser”
, commente Michel Tétart, coinventeur
et ancien responsable du réseau
des Ateliers de pédagogie personnalisée.
Revers de la médaille ? “Reconnu en tant
que personne, il n’arrive peut-être pas à
ancrer et stabiliser les choses, même s’il
n’en est pas responsable : le politique l’utilise
comme vitrine mais peine à lui accorder une
reconnaissance concrète, opérationnelle et
utile.”
À défaut de créer des Cités des métiers
à chaque coin de rue, la République l’a tout
de même élevé au rang de chevalier de la
Légion d’honneur. L’occasion pour le ministre
Thierry Repentin de saluer “la rondeur et la
flexibilité toute latine”
du “Géo Trouvetou de
la pédagogie”
. Autre reconnaissance pour
ce bâtisseur de ponts, l’énième vie parallèle
accordée par ses collèges astronomes :
depuis 1998, l’astéroïde 14617 répond
désormais au patronyme de Lasvergnas.
Les pieds sur terre, la tête dans les étoiles,
Prévert aurait signé…

Notes   [ + ]

1. Devenue Association nationale des sciences
techniques jeunesse, puis Planète Sciences.

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