Christian Gahier et Romain Menuet, le senior, le jeune et la transmission

Inffo formation n° 866 – 15-30 novembre 2014 – Nicolas Deguerry

Par - Le 15 novembre 2014.

S’il fallait chercher ailleurs que dans la
validation des acquis de l’expérience
une preuve de la valeur formative du
travail, Christian Gahier et Romain
Menuet formeraient un duo tout à fait
convaincant. L’un et l’autre sans aucun
titre ni diplôme, ils n’en sont pas moins
les acteurs clés d’un modèle qui a vu
leur entreprise récompensée lors de
la dernière édition du trophée Contrat
de génération. Aujourd’hui, tous deux
techniciens de quai et tuteurs au sein
du groupe Guisnel, une entreprise
de transport de plus de 700
salariés,
ils demeurent séparés par une
caractéristique des plus naturelles
:
l’âge. 53
ans et vingt-quatre ans de
maison pour l’un, 24
ans et déjà sept ans
d’ancienneté pour l’autre.

Tous formés, tous gagnants

Autant dire que s’ils incarnent aujourd’hui
l’accord contrat de génération signé par
leur entreprise, c’est aussi à la faveur d’une
certaine antériorité au dispositif créé par la
loi du 1
er
mars 2013. Preuve que le modèle
du tutorat est constitutif de l’ADN du groupe
Guisnel, Christian Gahier évoque sans effort
un processus naturel
:
“On avait déjà des
nouveaux avant d’être tuteur, il fallait bien
montrer notre savoir-faire”
, se souvient-il.
S’il a commencé par apprendre, presque
sans le savoir, son métier de pédagogue
en se contentant de montrer l’exemple, il a
depuis été formé au tutorat dans le cadre
de sessions externes montées par son
employeur, là encore avant l’émergence du
contrat de génération.

Renforcé dans ses compétences par un
parcours
1001 Lettres
de réapprentissage
des savoirs de base, il se sent aujourd’hui
plus qu’à l’aise dans ses habits de tuteur
:
“Transmettre son savoir-faire, c’est une
passion
!”
, assure-t-il. Même satisfaction
teintée de fierté chez le jeune collègue qu’il
a contribué à former. Entré dans le groupe
après avoir perdu son emploi de cuisinier,
Romain Menuet raconte
:
“Je connaissais
le fonctionnement, car mon père était déjà
chauffeur dans l’entreprise, je savais que si
tu étais en difficulté, tu pouvais demander
de l’aide à n’importe qui, tu aurais une
explication…”

Transfert de savoir-faire

Passé de technicien à chef de quai depuis son
embauche, il a bénéficié du même parcours
d’intégration et de formation au tutorat que
son aîné. Ce qu’il en pense
?
“Apprendre à
toute personne qui arrive, c’est valorisant,
pour moi, et aussi pour la personne à qui
j’enseigne mon savoir-faire”
, insiste-t-il.
Un modèle vertueux, donc, renforcé par la
logique de
“tutorat inversé”
que souligne
Christian Gahier
:

à
l’arrivée des ordinateurs
sur la plateforme, il faut bien dire qu’au
début, les anciens ramaient un peu
! Alors
nous, on montrait notre savoir-faire aux
jeunes qui, eux, étaient contents de nous
initier à l’informatique… c’était donnant-
donnant, voilà
!”

Un accord de synthèse

Et le contrat de génération
? Signé en
septembre 2013, Marie Labarre, responsable
du recrutement, ne cache pas qu’il n’a
“pas
été difficile à écrire”
:
“C’était une synthèse de
ce que nous faisions déjà dans l’entreprise via
l’accord senior, l’accord égalité homme-femme
ou l’accord sur la gestion prévisionnelle des
emplois et des compétences.”
Mais si la
valeur ajoutée du nouveau dispositif n’est
pas à rechercher dans l’innovation, Marie
Labarre reconnaît cependant l’intérêt de
la
“formalisation”
:
“Le fait de réaliser un
bilan annuel, comme l’impose le contrat de
génération, nous permet de nous rendre
compte de l’atteinte, ou non, de nos objectifs
chiffrés”
, souligne-t-elle. En l’occurrence, du
renforcement de recrutement de jeunes en CDI
à l’embauche ou au maintien dans l’emploi
de salariés âgés en passant par l’accueil
de stagiaires et le recrutement de jeunes
alternants, tous ont été atteints ou dépassés
dès la première année de l’accord.

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