« Opco 2i sera d’abord et avant tout un fournisseur de services », Alexandre Saubot, président d’Opco 2i.

L’opérateur de compétences inter-industriel, dit Opco 2i, se structure pour mener à bien ses nouvelles missions. Pour le Quotidien de la formation, Alexandre Saubot, son président, fait le point sur les chantiers en cours. À l’avenir, l’organisme paritaire aura, selon lui, un rôle clé à jouer pour aider les employeurs à bâtir des parcours mobilisant le compte personnel de formation (CPF) de leurs salariés.

Par - Le 25 avril 2019.

Le Quotidien de la formation : Où en est la construction d’Opco 2i ?

Alexandre Saubot : Nous avons lancé de grands chantiers. Pour servir les 44 branches de notre périmètre, soit près de 100 000 entreprises employant plus de trois millions de salariés, Opco 2i se constitue autour de trois organismes existants – Opca Défi, Opca 3 + et Opcaim – avec des apports d’autres opérateurs. Nous sommes en train d’organiser la fusion et la transformation de ces structures. Opco 2i est maintenant sur les rails avec pour objectif d’être pleinement opérationnel au plus tard en janvier 2020. Le deuxième enjeu est de faire fonctionner le système au cours de cette année de transition en nous appuyant sur les délégations accordées aux structures existantes. Car, pendant les travaux, les ventes continuent ! Si je puis dire.

QDF : En quoi le rôle d’Opco 2i sera différent de celui des Opca d’hier ?

A. S : Les Opca accompagnaient les entreprises mais ils étaient surtout des financeurs. Opco 2i, demain, sera d’abord et avant tout un fournisseur de services. Parmi nos missions, il y a, bien sûr, l’alternance et le développement des compétences dans les entreprises de moins de 50 salariés. Mais nous aurons aussi un rôle central à jouer pour aider les employeurs à mobiliser le compte personnel de formation (CPF) de leurs salariés. Même si nous ne finançons plus ce dispositif à partir de 2020, nous devons être en capacité de conseiller les entreprises et les branches dans leurs projets de co-contruction. Nous pouvons, par exemple, avec l’accord de nos mandantes que sont les branches, travailler sur des accords types d’abondement. »

QDF : Comment allez-vous structurer et financer cette offre de service  ?

A. S : L’offre de services sera bâtie en articulation avec ce que décident les branches, l’opérateur de compétences étant leur bras armé pour la mise en œuvre. Les ressources pour financer ces prestations sont de trois types. Outre la gestion de services pour les entreprises qui décideraient de versements volontaires, un financement sur les frais de gestion peut être envisagé en fonction des possibilités prévues dans la convention d’objectifs et de moyens qui sera signée avec l’État. Nous pouvons aussi intervenir pour le compte d’une branche au titre des contributions conventionnelles. Notre priorité c’est de construire une offre de service avec une ligne de conduite simple : rendre le service attendu au moindre coût. Parce que quel que soit l’argent investi, il sera toujours mieux utilisé pour former des salariés que pour faire fonctionner une structure.

QDF : Quelle conséquence peut avoir la limitation de la mutualisation aux entreprises de moins de 50 salariés ?

A. S : Mettre en place de nouvelles contributions conventionnelles peut être une solution mais cela signifie augmenter les charges des employeurs. Dans le nouveau système, les entreprises de 50 à 300 salariés ont intérêt à considérer leurs achats de formation dans des schémas de cofinancement. Cela passe par des embauches en alternance ou des initiatives individuelles ou collectives de mobilisation du CPF de leurs salariés. Nous devons donc être en mesure de proposer des outils favorisant ce cofinancement dans l’intérêt des deux parties : employeurs et salariés.

QDF : Comment allez-vous aborder les missions d’appui aux branches en matière de gestion prévisionnelle des emplois et des compétences (GPEC) et de certifications professionnelles ?

A. S : Dans le domaine de la certification professionnelle, ce qui compte c’est le savoir-faire. Qu’une partie ou l’ensemble des branches décident de nous déléguer cette mission, nous devons disposer des compétences en interne. Pour la GPEC, la mutualisation des outils sur l’ensemble du périmètre d’Opco 2i est primordiale. Dans cette optique, nous allons bâtir un observatoire unique en capitalisant sur les bonnes pratiques déjà en vigueur.

QDF : Le système de la formation est désormais régulé par France compétences. Quelles conséquences pour les Opco ?

A. S : Le rôle de régulation de France compétences n’est pas synonyme pour moi de surveillance accrue.  L’État ayant remis la main sur le flux des contributions, la marge de manœuvre des opérateurs de compétences au niveau financier se réduit. Hormis sur les frais de gestion, les besoins en surveillance sont moindres. La principale nouveauté c’est que dans ce système centralisé, la priorité est donnée à l’alternance, au CPF et à la formation des demandeurs d’emploi. France compétences a la possibilité de faire évoluer l’allocation des ressources entre les différents dispositifs. Ce qui est important c’est que les ajustements se fassent sans réduire les capacités des entreprises à former leurs salariés. Il ne faudrait pas, par exemple, que les contributions augmentent sous prétexte que l’alternance se développe alors que les ressources allouées au CPF ne sont pas utilisées. Dans le même temps, la réforme offre plus de libertés aux branches et aux entreprises dans le champ de l’alternance et de la certification professionnelle. Saisissons-nous de ces libertés et si les équilibres financiers sont à revoir, faisons le savoir.

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