« Les formations en situation de travail apportent plus de souplesse à l’action de formation » (Catherine Fabre, rapporteure du projet de loi Avenir professionnel à l’Assemblée, Université d’hiver de la formation professionnelle)

Par - Le 08 février 2019.

« Les formations en situation de travail facilitent l’accès effectif à la formation, en particulier dans les entreprises connaissant des difficultés à faire partir leurs salariés en formation  », selon Catherine Fabre. Rapporteure à l’Assemblée nationale du projet de loi relatif à la liberté de choisir son avenir professionnel, la députée de Gironde (La République en marche) a ouvert le plateau consacré à la thématique « Apprendre en situation de travail à l’heure des transformations numériques », lors du dernier jour de l’Université d’hiver de la formation professionnelle à Biarritz, vendredi 1er février.

Article 4

L’article 4 de la loi du 5 septembre 2018 redéfinit l’action de formation. Elle apporte plus de souplesse à cette dernière, définie comme un processus pédagogique devant suivre un objectif professionnel, large et ouvert. « La formation en situation de travail permet de sortir d’un carcan séparationniste, avec d’un côté le travail, et de l’autre, le temps de formation  », souligne Catherine Fabre.

Carcan

Ce carcan est d’autant plus dommageable qu’on n’apprend jamais mieux qu’en situation de travail. L’article 4 sort la formation d’un point de vue très administré et l’amène vers quelque chose de plus libre, hybride. Des parcours de formation en groupe, des sessions à distance…. « L’ensemble de la loi va dans le sens de l’ouverture et de l’innovation dans la formation  », ajoute la parlementaire.

Méfiance

Conseiller confédéral CGT en charge de la formation professionnelle, Djamal Teskouk rappelle le contexte de méfiance entourant la notion de formation en situation de travail, côté syndicats. « Sous le précédent gouvernement, les syndicalistes et les salariés étaient très méfiants vis-à-vis de cette idée que la formation constituerait une simple mise en situation de travail. Le mouvement ouvrier s’est longtemps concentré sur la pénibilité mais peu sur le contenu du travail. Les salariés expriment une frustration, un “mal travail”. Ils utilisent peu ce qu’ils pourraient faire, il y a un malaise dans la société », a-t-il analysé. La CGT est engagée dans une nouvelle réflexion sur le travail, comme facteur d’émancipation. En fixant comme objectif majeur la construction d’une sécurité sociale professionnelle, condition d’une nouvelle efficacité économique.

Travail formateur

« Pour sortir de cette méfiance, nous nous sommes dit : “Le travail est formateur”. Parmi les organisations syndicales, nous soutenons fortement la validation des acquis de l’expérience. La VAE est la reconnaissance que le travail est formateur  », a encore souligné Djamal Teskouk.

Globalement, le travail n’est pas toujours formateur. Il peut même être « désapprenant et en décalage par rapport aux exigences de compétences », a observé Djamal Teskouk. Pour que le travail permette un apprentissage, il convient, selon lui, « de prévenir en amont les conditions de l’organisation en impliquant toute la chaîne hiérarchique ».

Engagement conscient

Pour le conseiller CGT, toute situation de travail ne peut se transformer en situation d’acquisition des compétences : « Cela nécessite une volonté de former, et de la part du salarié, un engagement conscient de la différence par rapport à l’acte de produire. Il faut que les choses soient décrites en amont.  » Décrire les objectifs, les séquences, implique des moyens alloués, ajoute-t-il. Et nécessite une « réflexion sur une ingénierie à mettre en place ».

Emploi à vie

Directrice de la Grande école du numérique, un réseau d’écoles formant au numérique sans prérequis, Samia Ghozlane fait le constat de la fin de l’emploi à vie. Comment répondre aux besoins des personnes faiblement qualifiées, malheureuses dans leur emploi et dépassées dans leur travail ?

Bien appris

Son credo ? « Apprendre par le faire et par ses pairs, à partir des problématiques et des questions que se posent les entreprises », a décrypté Samia Ghozlane. Apprendre par projet, aussi, en mettant l’accent sur le « bien appris », plutôt que sur les lacunes de l’apprenant. « En France, prévaut une méthode sanctionnante. Dans le numérique, au contraire, on évalue ce qui est bien appris, et non ce qui est mal appris. Le numérique permet de repenser l’apprentissage », a résumé la directrice de la Grande école du numérique.

Responsabilisation

Francis Dumasdelage, administrateur de la Fédération de la formation professionnelle et président de la FFP Nouvelle-Aquitaine, plébiscite la formation en situation de travail. « L’Afest [footenote]Action de formation en situation de travail.[/footnote] responsabilise l’ensemble des parties prenantes. L’entreprise va devoir se responsabiliser, et ne plus incriminer l’organisme de formation quand les objectifs pédagogiques n’ont pas été atteints. L’entreprise va devenir à la fois l’objectif et le lieu », a-t-il exposé.

Décentrage

Côté formateur, le métier est bouleversé. Cette fois, l’apprenant se retrouve au centre de sa salle, et non plus le formateur. « Même l’alternance est juxtapositive et non inclusive. Un apprenant arrive à soutenir au maximum quatre fois dix minutes d’attention lors d’une journée de formation. Pour qu’il regarde son smartphone durant la session, il va zapper. L’apprenant va aussi devoir se responsabiliser  », a martelé le responsable de la FFP.

Référent

Citant le pédagogue Philippe Carré, chantre de l’autoformation, il rappelle « qu’on apprend toujours seul mais jamais sans les autres ». L’entreprise doit également devenir apprenante. Et de plaider pour la désignation d’un référent Afest dans chaque société. « Le regard des tuteurs a changé, chacun est valorisé. Le formateur est devenu un architecte  », s’enthousiasme Francis Dumasdelage.

Quand formation en situation de travail rime avec innovation…

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