L'intelligence artificielle, opportunité de long terme (Afdet-Cnam)
En s'intéressant aux conditions de développement de la culture scientifique et technique pour répondre aux besoins des entreprises, le colloque de l'Afdet (Association française pour le développement de l'enseignement technique) organisé mardi 2 décembre en partenariat avec le Cnam pouvait difficilement faire l'impasse sur l'intelligence artificielle.
Par Nicolas Deguerry - Le 05 décembre 2025.
Si les retombées de l'intelligence artificielle ne sont pas encore à hauteur des attentes de l'économie réelle, peu se risquent à s'en détourner. Pour l'Afdet et ses invités, elle est même à placer au cœur des stratégies de formation à développer pour répondre aux besoins des acteurs de la réindustrialisation.
Mais, loin d'une promotion sans réserve du recours à la science des algorithmes, c'est avec une certaine distance critique que Philippe Dole, le président de l'association, s'est emparé du sujet.
D'abord, un consensus : la transformation numérique et l'intelligence artificielle ajoutent une nouvelle couche de complexité. Ensuite, une interrogation : la révolution technologique en cours tient-elle ses promesses ? D'un côté, l'IA est perçue comme un levier de productivité majeur, capable de réorganiser en profondeur de multiples fonctions. De l'autre, son impact réel se fait encore attendre. Citant une étude du MIT, Philippe Dole rappelle que « 90 % des projets d'IA déployés dans les entreprises n'ont à ce jour apporté ni les gains de productivité espérés, ni de réels retours sur investissement. »
Mais, à rebours d'une conclusion hâtive, le président de l'Afdet s'appuie aussitôt sur la loi d'Amara pour mettre en garde contre une vision à court terme : « nous surestimons l'effet d'une technologie à court terme et en sous-estimons son effet à long terme. » D'où, cette exhortation : la France, qui s'est hissée au troisième rang mondial en recherche et formation en IA, doit impérativement adapter son système de formation pour préparer les profils capables de piloter ces changements.
Préparer l'avenir
Pour Robert Plana, responsable de l'innovation technologique chez Assystem, nul doute que l'intelligence artificielle « est une opportunité incroyable pour l'ingénierie. » Selon lui, cette technologie permet de retrouver « l'analyse fonctionnelle, […] base de l'ingénierie souvent un petit peu oubliée. » Partout, les applications concrètes se multiplient. Dans le nucléaire, où « un rapport de fin de fabrication d'un gros composant peut aller jusqu'à 20 000 pages, l'IA devient précieuse pour la gestion documentaire », affirme Saoussen Thiery, déléguée Compétences à l'Université des métiers du nucléaire. « L'IA, ça n'empêche pas de réfléchir, ça ingère toute la connaissance humaine qui existe et c'est capable de nous la restituer au bon moment et dans le bon contexte », renchérit Bruno Clément-Ziza, directeur général adjoint de l'Afep, association française des entreprises privées.
Pour que les entreprises puissent bénéficier de l'IA, il faut donc former des profils capables d'en comprendre les fondements scientifiques, les usages industriels et les enjeux éthiques, d'où la nécessité d'une solide culture technologique et scientifique diffusée largement dans les formations. L'urgence de l'intégration est soulignée par David Derré, directeur emploi formation de l'UIMM : « c'est maintenant qu'il faut s'y préparer, c'est maintenant qu'il faut intégrer l'IA dans tous les référentiels », conclut-il.
- Afdet - Association française pour le développement de l'enseignement technique : afdetfrance.org/
- Sur le même sujet, voir le dossier consacré au séminaire Afdet – Île-de-France "Quelle politique pour satisfaire les besoins en qualifications de la filière énergie ?" des 20 et 21 juin 2025, publié dans le n° 17 de la revue Avenirs professionnels :
afdetfrance.org/l-afdet-publie-le-n-17-de-la-revue-avenirs-professionnels-_r_9_a_436.html

